mardi 31 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00096 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | MEAUDE |
Vu la procédure suivante :
Procédure antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 3 août 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2004449 du 13 octobre 2021, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, M. C, représenté par Me Meaude, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 13 octobre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté préfectoral contesté ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", valable un an, dans les 15 jours suivant la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte du même montant et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ; en effet, l'arrêté indique qu'il aurait résidé 14 mois en Algérie entre le 19 février 2016 et le 2 octobre 2017 alors qu'il avait produit de nombreux documents permettant d'établir au contraire sa résidence régulière en France ; l'arrêté ne prend pas non plus en compte les motifs pour lesquels il est revenu en Algérie, liés à la procédure de son divorce ; l'arrêté mentionne également à tort que la demande d'autorisation de travail n'a pas été régulièrement déposée alors qu'il a bien donné suite sur ce point à la demande de pièces qui lui avait été adressée par le préfet ; de même, l'arrêté est fondé sur le non-respect des conditions de rémunération exigées alors que l'imprimé qu'il a fourni en 2018 indique une rémunération respectant les conditions fixées à l'époque ; en application du jugement du 3 octobre 2018, le préfet devait examiner sa demande dans un délai d'un mois ; il ne peut opposer des évolutions intervenues près de deux ans après, alors qu'il a pris sa décision bien après le délai fixé ; le préfet aurait dû s'enquérir de l'ajustement de la rémunération prévue ;
- contrairement à ce que considère le préfet, il n'est pas entré irrégulièrement en France le 6 octobre 2010 ; il est entré le 7 décembre 2010 muni d'un visa Schengen valable du 7 octobre 2010 au 6 janvier 2011 ; la décision est donc entachée d'une erreur de fait ; elle est également entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en tout état de cause, une entrée irrégulière ne lui est plus opposable ; il a en effet été antérieurement titulaire de certificats de résidence algériens ;
- le préfet a refusé de l'admettre au séjour en qualité de salarié en appréciant sa situation au regard de l'article 7 b de l'accord franco-algérien alors que ces stipulations n'étaient pas le fondement de sa demande et que le formulaire Cerfa n'avait été sollicité que pour envisager une éventuelle admission exceptionnelle au séjour ; les motifs de refus opposés par le préfet ne lui étaient donc pas opposables ; de plus, contrairement à ce qu'indique le préfet, il dispose bien d'une expérience dans le métier de vendeur et le non-respect des conditions de rémunération résulte de la défaillance de l'administration ; le préfet ne peut non plus lui reprocher d'être hébergé chez sa sœur et de n'exercer aucune activité professionnelle dès lors que durant les deux années de réexamen de sa situation, il s'est trouvé en situation de précarité ; la décision est donc entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ; il ne s'est pas absenté de France pendant 14 mois contrairement à ce que le préfet a affirmé ; de plus, en application de l'article 8 de l'accord franco-algérien, la péremption du certificat de résidence est subordonnée à l'absence du territoire français durant plus de 3 ans consécutifs ;
- le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour ;
- le refus de séjour méconnaît l'article 6-1 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- ce refus méconnaît l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors qu'il remplit les conditions prévues par ces stipulations pour bénéficier d'un certificat de résidence valable dix ans ;
- la mesure d'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée et repose sur des éléments erronés ce qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;
- cette mesure est entachée de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 15 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux du 9 décembre 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D A,
- et les observations de Me Meaude, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 17 mars 1972, est entré dans l'espace Schengen le 7 décembre 2010 sous couvert d'un visa Schengen valable du 7 octobre 2010 au 6 janvier 2011. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2011 puis le 26 avril 2012 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 2 juillet 2012, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour et a obtenu à compter du 6 juillet 2012 un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelé jusqu'au 5 juillet 2017. Le 12 juin 2017, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de cet accord. Par jugement du 3 octobre 2018, le tribunal administratif de Toulouse a annulé l'arrêté du 17 janvier 2018 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, au motif que le préfet n'avait examiné le droit au séjour de M. C qu'au regard de l'article 7 bis de l'accord et non au regard du renouvellement de son certificat de résidence, et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. C dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement. Par arrêté du 3 août 2020, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C fait appel du jugement du 13 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 3 août 2020.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. L'arrêté contesté du 3 août 2020 expose précisément les motifs de droit et de fait pour lesquels le préfet de la Haute-Garonne a estimé devoir rejeter la demande de titre de séjour de M. C sur les trois fondements des articles 6-5°, 7 b et 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Quand bien même certains des motifs exposés seraient erronés en fait, ils permettent à l'intéressé de connaître les raisons pour lesquelles le préfet a rejeté sa demande et, le cas échéant, de les contester. L'arrêté est ainsi suffisamment motivé.
3. L'arrêté contesté expose notamment que M. C a résidé 14 mois en Algérie entre le 19 février 2016 et le 2 octobre 2017, que la demande d'autorisation de travail le concernant n'a pas été régulièrement déposée et que la rémunération proposée ne remplit pas les conditions de montant minimal. Si M. C soutient que ces affirmations sont erronées, que le préfet n'a pas pris en compte les raisons pour lesquelles il a fait des séjours ponctuels en Algérie et qu'il aurait dû faire actualiser la proposition de son employeur, déposée deux ans auparavant, les motifs ainsi retenus par l'administration résultent non d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé mais d'une appréciation portée par le préfet sur cette situation dont la pertinence doit être examinée au regard d'éventuelles erreurs de fait ou de droit ou au regard de la méconnaissance éventuelle des textes applicables.
4. L'arrêté préfectoral du 3 août 2020 mentionne que M. C déclare être entré en France le 6 octobre 2010 sans en apporter la preuve et de façon irrégulière, dépourvu des documents et visas exigés. M. C produit la copie de son passeport et d'un visa Schengen valable du 7 octobre 2010 au 6 janvier 2011, revêtu d'un tampon indiquant qu'il est entré sur le territoire de l'espace Schengen, en Espagne, le 7 décembre 2010. Il n'établit cependant pas avoir souscrit, lors de son entrée en France, la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen qui est une condition de la régularité de l'entrée en France d'un étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer sur son territoire. Ainsi, la mention dans l'arrêté contesté de son entrée irrégulière en France n'est pas erronée. Quant à la date de son entrée en France, l'arrêté n'indique pas la date du 6 octobre 2010 comme étant celle de l'entrée en France de M. C mais comme étant celle à laquelle il a affirmé être entré en France. L'arrêté n'est pas davantage entaché d'erreur de fait sur ce point. Par ailleurs, si une entrée irrégulière en France ne pouvait légalement être opposée à M. C qui a bénéficié de certificats de résidence entre 2012 et 2017, il ressort des termes de l'arrêté préfectoral contesté que les indications relatives à l'entrée en France de M. C sont exposées à l'occasion du rappel général des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé et n'ont pas constitué en elles-mêmes un motif du refus de séjour ou de l'éloignement opposés à l'intéressé, le préfet ayant également précisé que M. C avait bénéficié d'un certificat de résidence entre 2012 et 2017. Ainsi, en portant ces indications dans l'arrêté, le préfet n'a entaché ses décisions ni d'erreur de fait ni d'erreur de droit.
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme l'a indiqué le préfet de la Haute-Garonne dans son arrêté du 3 août 2020, M. C aurait quitté la France durant 14 mois entre le mois de février 2016 et le mois d'octobre 2017, le requérant ayant produit tant en première instance qu'en appel de nombreux justificatifs, et notamment des relevés de comptes bancaires, des documents médicaux et un bulletin de paie attestant de ce qu'il a effectué des achats et retraits d'argent en France aux mois de février, mars, juillet, août et septembre 2016 et aux mois de janvier, février, avril et juillet 2017, de ce qu'il a eu des consultations médicales en France au mois d'août 2017 et de ce qu'il a travaillé en France au mois d'août 2017. Par suite, le motif tenant au séjour de M. C en Algérie pendant 14 mois entre le 19 février 2016 et le 2 octobre 2017 est entaché d'erreur de fait. Le requérant reconnaît par ailleurs s'être fréquemment rendu en Algérie, notamment durant cette période afin de suivre la procédure qui a abouti à son divorce, prononcé le 4 juin 2017 mais, comme il le soutient, ces séjours ne sauraient traduire, par eux-mêmes, une absence de liens personnels et familiaux avec la France.
7. Toutefois, pour refuser à M. C le renouvellement de son titre de séjour, le préfet a également relevé que l'intéressé n'avait pas constitué en France des liens personnels plus importants que ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que si M. C, durant son séjour en France, a déclaré, au mois d'octobre 2012, une activité de vente ambulante en auto-entreprise et a exercé des emplois en qualité de salarié, il ne justifie pas de la réalité de son activité d'auto-entrepreneur qu'il a officiellement cessée au mois d'octobre 2015 et ne justifie d'une activité salariée que pour un mois en 2012, cinq mois en 2013, deux mois en 2014 et un mois en 2015, 2016 et 2017, ce qui ne traduit pas une intégration professionnelle particulière. Quant à sa situation personnelle, M. C est divorcé et sans enfant et s'il se prévaut de la présence en France d'une sœur, titulaire d'une carte de résident, il n'est pas dépourvu de toute attache personnelle et familiale en Algérie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 38 ans, où vivent ses parents et plusieurs de ses frères et sœurs et où il reconnaît se rendre régulièrement. Ainsi, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien en estimant que les liens personnels et familiaux de M. C en France n'étaient pas tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif qui suffit à fonder cette décision.
8. Dans les circonstances exposées au point précédent, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de renouveler le certificat de résidence de M. C sur le fondement du 5° précité de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
9. Aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".
10. M. C soutient sans être contredit qu'il n'a pas sollicité un certificat de résidence sur le fondement de ces stipulations, mais a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un formulaire de demande d'autorisation de travail établi par son employeur uniquement dans le but d'obtenir une admission exceptionnelle au séjour dans le cadre du pouvoir discrétionnaire de l'administration. En s'estimant saisi d'une demande sur le fondement de ces stipulations, le préfet a donc entaché sa décision d'une erreur de fait.
11. Toutefois, le préfet, qui a indiqué dans son arrêté que rien ne justifiait de déroger aux règles de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien dans le cadre du pouvoir discrétionnaire du préfet, a également examiné la demande de M. C à ce titre et l'erreur de fait commise par le préfet et mentionné au point 10 ci-dessus n'a pas eu d'incidence sur la décision prise.
12. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision contestée, prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
13. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande, M. C se prévalait d'une perspective d'embauche sur un emploi de vendeur. Toutefois, si l'intéressé a exercé des emplois dans la vente et s'il n'a pas été en mesure de travailler durant le réexamen de sa demande après le jugement du 3 octobre 2018, son autorisation provisoire de séjour ne l'autorisant pas à travailler, il ne justifie depuis son entrée en France en 2010 d'aucune intégration professionnelle notable, ni d'aucune expérience significative dans le domaine de la vente. Par ailleurs, l'emploi qui lui a été proposé ne nécessite aucune technicité particulière et l'entreprise qui se proposait de l'employer s'est rendue coupable de dissimulation d'emploi. Dans ces circonstances, et alors même que le préfet ne pouvait légalement opposer à l'intéressé l'absence de dépôt régulier d'une demande d'autorisation de travail ni le fait que les conditions de rémunération n'auraient pas répondu aux exigences de l'article L. 5221-20 du code du travail, la situation de l'intéressé ne présentait aucune particularité qui aurait justifié une admission exceptionnelle au séjour. Il résulte de l'instruction que le préfet, s'il s'était fondé sur ce seul motif qui n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation et qui suffit à fonder la décision, aurait pris la même décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence à M. C en tant que salarié.
14. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France () ".
15. M. C ne soutient pas remplir les conditions fixées aux alinéas a) à g) de ces stipulations mais se prévaut d'une résidence régulière ininterrompue de cinq ans. M. C, qui a été titulaire d'un certificat de résidence algérien du mois de juillet 2012 au mois de juillet 2017 justifie d'une situation régulière en France pendant au moins cinq ans. Sa résidence en France peut être regardée comme avérée pour l'année 2012, au titre de laquelle il produit des documents attestant de l'actualisation de sa situation par Pôle emploi aux mois de mars, juillet et octobre, ainsi qu'un bulletin de salaire concernant le mois de décembre, pour l'année 2013, au titre de laquelle il produit de nombreux bulletins de salaires, pour l'année 2016, au titre de laquelle il produit des documents relatifs à des consultations médicales en janvier et février et des relevés de comptes bancaires établissant des achats et des retraits d'argent en France en février, mars, juillet, août et septembre, et pour le premier semestre de l'année 2017, au titre duquel il produit des relevés de compte bancaire faisant apparaître des opérations réalisées en France en janvier, février, avril et juillet, un document relatif à une consultation médicale en août et un bulletin de paie concernant le mois d'août. Tel n'est en revanche pas le cas de l'année 2014, au titre de laquelle il ne produit que des bulletins de salaire concernant les mois de juin et juillet, un relevé de compte ne faisant apparaître des opérations effectuées en France qu'au mois de novembre, des courriers relatifs à une carte de transport et à une demande de logement social, une attestation d'assurance automobile, un avis d'imposition de ses revenus de l'année 2013 et une attestation d'élection de domicile, ni de l'année 2015, au titre de laquelle il ne produit qu'un bulletin de salaire concernant le mois de décembre, des courriers relatifs aux prestations du revenu de solidarité active, à une demande de logement social, à l'ouverture d'un compte bancaire et à l'assurance d'un véhicule et une attestation d'élection de domicile ni, enfin, de la période postérieure à août 2017, au titre de laquelle il ne produit que les courriers de Pôle emploi et d'une banque, des attestations d'élection de domicile, des attestations d'assurance d'un véhicule, deux documents relatifs à la réparation d'un véhicule et des avis de situation relatifs à l'impôt sur le revenu ne faisant apparaître aucun revenu. Ainsi, le préfet qui a fondé sa décision sur les nombreuses interruptions du séjour de M. C, confirmées par les mentions de son passeport, n'a pas méconnu les stipulations précitées en estimant que l'intéressé ne justifiait pas d'une résidence ininterrompue de cinq ans en France.
16. L'article 6-1 de l'accord franco-algérien stipule : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 15 ci-dessus que M. C ne justifie pas résider en France depuis plus de dix ans et ne remplit donc pas les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées.
18. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision contestée et applicable aux ressortissants algériens : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 () ". Le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions mentionnées à ces articles ou aux stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C ne remplit pas les conditions pour bénéficier du renouvellement de son titre de séjour ou de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations dont il se prévaut. Dès lors, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus de délivrance et de renouvellement de titre de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
20. Il résulte de ce qui été dit précédemment que le refus de séjour opposé à M. C n'est pas entaché des illégalités alléguées. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle est fondée doit être écarté.
21. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III () ".
22. En application des dispositions précitées, l'obligation de quitter le territoire français décidée à l'encontre du requérant sur le fondement du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour, laquelle est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit précédemment.
23. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 ci-dessus, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.
24. Compte tenu des circonstances exposées au point 7 du présent arrêt, la mesure d'éloignement décidée à l'encontre du requérant ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été décidée et n'est dès lors pas entachée de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Elisabeth Jayat, présidente,
Mme Nathalie Gay, première conseillère,
Mme Laury Michel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2022.
La première assesseure,
Nathalie GayLa présidente rapporteure,
Elisabeth A
La greffière,
Virginie Santana
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026