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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00216

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00216

mercredi 11 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00216
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantGONTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2006734 du 17 décembre 2021, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 10 mars 2022, M. A, représenté par Me Gontier, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulouse du 17 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elles est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort qu'il n'a assuré que de courtes missions d'intérim et que son employeur n'avait déposé aucune demande d'autorisation de travail alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ;

- elle a été prise sans respect du principe du contradictoire et de son droit d'être entendu au sens du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle dès lors qu'il justifie d'une expérience professionnelle réelle non prise en compte par le préfet.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et son droit d'être entendu a été méconnu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 22 août 1981, de nationalité algérienne, est entré en France le 10 avril 2019 sous couvert d'un visa court séjour. A la suite de son mariage, le 26 juin 2018, il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " valable jusqu'au 16 mai 2020. Il a sollicité le 27 mars 2020 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans sur le fondement de l'article 7 bis)-a de l'accord franco-algérien. Il a complété sa demande en sollicitant le 30 septembre 2020 un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 7-b de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 1er décembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté ces demandes de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée () ". En l'espèce, la décision en litige vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le I de l'article L. 511-1 de ce code. Elle précise en particulier que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif que s'il a bénéficié d'un certificat de résidence d'un an valable jusqu'au 16 mai 2020 en tant que conjoint de français, il ne remplit plus la condition de vie commune effective lui permettant d'en obtenir le renouvellement sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien et ne remplit pas non plus les conditions posées par l'article 7-b de cet accord pour bénéficier d'un titre de séjour " salarié ". En énonçant ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé sa décision.

3. En deuxième lieu, si M. A fait valoir qu'il a travaillé sous couvert de son certificat de résidence " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler depuis 2019 en tant qu'intérimaire, sans qu'il soit ainsi nécessaire à son employeur de solliciter une autorisation de travail, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en indiquant dans l'arrêté contesté que s'agissant de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, l'intéressé se prévaut de " courtes missions d'intérim pour divers postes de manœuvres et de maçons " et " qu'il ne détient pas un contrat visé par les services compétents ainsi que l'exige l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ", le préfet de la Haute-Garonne aurait commis des erreurs de fait.

4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation circonstanciée de la décision en litige que le préfet de la Haute-Garonne a examiné sa situation personnelle y compris au regard de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié.

5. En quatrième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 512-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En cinquième lieu, à l'appui de son moyen tiré du non-respect de son droit d'être entendu, le requérant ne se prévaut, devant la cour, d'aucun élément de droit ou de fait nouveau par rapport à son argumentation devant le tribunal. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges.

7. En dernier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a travaillé comme manœuvre ou maçon dans le bâtiment auprès d'agences d'intérim, à partir de juillet 2019, a suivi une formation linguistique en octobre 2019 ainsi qu'une formation professionnelle à la conduite de chariot automoteur. Il dispose par ailleurs d'une promesse d'embauche depuis le 9 novembre 2020 comme aide-pâtissier dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée. Cependant, compte tenu de l'expérience professionnelle de moins de deux ans dans le domaine du bâtiment dont bénéficie l'intéressé à la date de l'arrêté en litige et de sa promesse d'embauche dans un secteur distinct pour lequel il ne justifie pas d'une expérience professionnelle, en prenant l'arrêté contesté, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en avril 2019, pour y rejoindre son épouse, de nationalité française, avec laquelle il était marié depuis juin 2018. Toutefois, ainsi que l'a jugé le tribunal, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie avec son épouse est rompue depuis août 2020 et que M. A, qui ne fait pas valoir d'autres liens familiaux ou personnels en France, à l'exception d'une cousine, n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision de refus de délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. () ".

11. Il résulte des dispositions précitées du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire de trente jours qui révèlerait un défaut d'examen de la situation de M. A doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de ce que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de respect du principe du contradictoire, méconnait le droit d'être entendu et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13. La décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée en droit et en fait par le visa des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par la mention portée dans ses motifs que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par l'indication que l'intéressé est de nationalité algérienne, et celle qu'il pourra être reconduit d'office à la frontière du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays où il établirait être légalement admissible. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande. Sa requête doit, par suite, être rejetée en ce compris ses conclusions présentées à fin d'injonction, d'astreinte et de versement d'une somme en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Karine Butéri, présidente,

M. Olivier Cotte, premier conseiller,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2022.

La rapporteure,

Caroline D

La présidente,

Karine ButériLa greffière,

Catherine Jussy La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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