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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00687

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00687

mardi 11 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00687
TypeDécision
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantJOUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et la société Bhohn Aquitaine ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les décisions du 29 septembre 2020 par lesquelles la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à M. B une autorisation de travail ainsi qu'un titre de séjour en qualité de salarié, ensemble le rejet de leur recours gracieux du 24 novembre 2020.

Par un jugement n° 2101836 du 1er décembre 2021, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ces demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 28 févier 2022, M. B et la société Bhohn Aquitaine, représentés par Me Jouteau, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 1er décembre 2021;

2°) d'annuler les décisions du 29 septembre 2020 par lesquelles la préfète de la Gironde a refusé de délivrer une autorisation de travail à M. B ainsi qu'un titre de séjour en qualité de salarié ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat et au bénéfice de leur conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les décisions litigieuses ont méconnu le 5° de l'article L 313-4-1 et l'article L 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article R. 5221-20-1 du code du travail ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête et entend s'en rapporter à ses écritures de première instance.

Par une ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 19 décembre 1977, est titulaire d'une carte de séjour portant la mention " résident longue durée UE " délivré par les autorités italiennes. Il a déclaré être entré en France le 30 novembre 2019. Le 10 janvier 2020, il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié. Le 23 janvier suivant, la société Bhohn Aquitaine a présenté auprès de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Nouvelle-Aquitaine une demande d'autorisation de travail le concernant. A la suite à l'avis défavorable émis par la DIRECCTE, la préfète de la Gironde a, par deux décisions datées du 29 septembre 2020, rejeté la demande d'autorisation de travail présentée par la société Bhohn Aquitaine et la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par un courrier du 24 novembre 2020, réceptionné par les services de la préfecture le 30 novembre suivant, M. B et son employeur ont exercé un recours gracieux auprès de la préfète de la Gironde, qui a été rejeté par une décision du 15 février 2021 en ce qui concerne le refus d'autorisation de travail, et implicitement en ce qui concerne le refus de séjour. M. B et la société Bhohn Aquitaine relèvent appel du jugement du 1er décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des décisions du 29 septembre 2020.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : / () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10. Aux termes de l'article L. 313-10 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". L'article R. 5221-20 du même code, dans sa version applicable au litige, précise que : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail () ".

3. En premier lieu, les appelants ne peuvent pas utilement se prévaloir des dispositions du 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail dans leur version issue du décret n°2021-360 du 31 mars 2021 pour contester la légalité d'une décision du 29 septembre 2020 née antérieurement à l'entrée en vigueur de ces dispositions.

4. En deuxième lieu, la société Bhohn a souhaité recruter M. B sur un emploi de projeteur de gouttelettes, qui se rattache à la fiche ROME F 1611 (réalisation et restauration de façades). D'une part, il est constant que cet emploi ne figure pas sur la liste des métiers caractérisés par des difficultés de recrutement en Gironde figurant en annexe de l'arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse. En outre, si les appelants font valoir que la circonstance que Pôle Emploi ait recensé 112 demandeurs d'emploi pour 18 offres d'emploi pour cette fiche ROME ne permet pas, à elle seule, de considérer que le métier de projeteur de gouttelettes ne serait pas sous tension, cette même circonstance ne permet pas davantage de considérer que ce métier était, au contraire, sous tension ou que la préfète aurait commis une erreur de fait en prenant en compte cet élément d'appréciation.

5. D'autre part, les appelants font également valoir que la société Bhohn a déposé une première offre d'emploi auprès de Pôle Emploi le 18 janvier 2018 puis une seconde offre le 20 mai 2020. Toutefois, il ressort de leurs propres écritures que la première de ces offres, publiée deux ans avant sa demande d'autorisation de travail présentée au bénéfice de M. B, a permis à cette société de recruter le nombre de candidats qu'elle souhaitait et que ceux-ci étaient déjà présents sur le marché du travail tandis que la seconde de ces offres n'a été déposée que plusieurs mois après le dépôt de leurs demandes de titre de séjour et d'autorisation de travail. Ainsi l'existence de ces offres d'emploi ne permet pas de considérer que la société Bhohn justifie avoir accompli des recherches auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail avant de solliciter une autorisation de travail au bénéfice de M. B.

6. Dans ces conditions, les appelants ne sont pas fondés à soutenir que la décision par laquelle la préfète a refusé de délivrer une telle autorisation aurait méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail. En outre, ils n'établissent pas qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par voie de conséquence, ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que la décision refusant le séjour à M. B en qualité de salarié aurait méconnu les dispositions également précitées du 5° de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles l'article L. 313-10 du même code.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les appelants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des décisions litigieuses du 29 septembre 2020. Par suite leur requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B et de la société Bhohn Aquitaine est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à la société Bhohn Aquitaine et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

Manuel C

Le président,

Didier Artus

Le greffier

Anthony Fernandez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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