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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00767

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00767

mardi 4 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00767
TypeDécision
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantLASSORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme G I a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi.

Mme E A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi.

Par des jugements n° 2106861 et 2106867 du 10 février 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I) Dans l'instance enregistrée sous le n° 22BX00767, par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme I, représentée par Me Lassort, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux du 10 février 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 de la préfète de la Gironde ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision de refus de titre de séjour contestée a été prise par une autorité incompétente car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature de la préfète ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit liée à la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle n'a pas été informée ni mise à même de pouvoir présenter une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile et notamment en qualité d'étranger malade ;

- en s'abstenant d'examiner si sa situation justifiait l'octroi d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade alors que la décision litigieuse énonce parmi les motifs qu'elle ne remplit aucune des autres conditions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour pouvoir être admise au séjour à un autre titre, la préfète a commis une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle bénéficie en France d'un suivi psychologique régulier comme l'attestent les certificats médicaux produits ;

- la préfète n'a pas tenu compte des éléments médicaux alors qu'elle ne pouvait ignorer les séquelles physiques et psychologiques dont elle souffre, et aurait dû consulter le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ; elle justifie de ses efforts d'insertion dans la société française; ses enfants sont scolarisés et travaillent avec sérieux et assiduité ; elle a dû fuir son pays du fait des violences exercées par son ancien mari sur elle-même et sur ses enfants ; elle n'a plus d'attaches en Tunisie ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale eu égard aux raisons qui l'ont contrainte à fuir son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'elle ne pourra désormais construire une vie personnelle et familiale normale que sur le territoire français ; elle justifie du soutien de parents d'élèves et des associations qui lui apportent aide et assistance ainsi que du soutien d'un député et du président du conseil général de la Gironde ;

- la préfète a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de renvoi contestée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée du vice d'incompétence car le signataire ne justifie pas d'une délégation de signature de la préfète ;

- la préfète s'est estimée à tort liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile et a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que par l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle a fui la Tunisie en raison des violences conjugales dont elle était la victime, ainsi que ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête de Mme I, en s'en remettant expressément à son mémoire de première instance.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme I ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2022 à 12 heures.

Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2022.

II) Dans l'instance enregistrée sous le n° 22BX00774, par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme A, représentée par Me Lassort, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux du 10 février 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 de la préfète de la Gironde ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision de refus de titre de séjour contestée a été prise par une autorité incompétente car la signataire ne justifie pas d'une délégation de signature de la préfète ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa famille fait des efforts d'insertion dans la société française comme en témoigne le courrier du président du conseil général de la Gironde ; elle-même est scolarisée ainsi que ses frères et sœurs ; ils travaillent avec sérieux et assiduité ; elle a dû fuir son pays du fait des violences exercées par son père sur sa mère ; elle n'a plus d'attaches en Tunisie ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de renvoi contestée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée du vice d'incompétence car la signataire ne justifie pas d'une délégation de signature de la préfète ;

- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que par l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où elle a fui la Tunisie en raison des violences conjugales dont sa mère était victime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête de Mme A.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juillet 2022 à 12 heures.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F H,

- et les observations de Me Lassort, représentant Mme I et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G I, ressortissante tunisienne née le 31 décembre 1974, a déclaré être entrée en France le 5 septembre 2020 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 22 octobre 2018 au 21 octobre 2020, accompagnée de ses quatre enfants, E, âgée de 18 ans, Aya, âgée de 13 ans, et C et D, jumeaux âgés de 5 ans. Le 4 novembre 2020, Mme I et sa fille aînée, Mme E A, ont déposé des demandes d'asile, qui ont été rejetées le 26 avril 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis le 2 novembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par des arrêtés du 24 novembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de leur délivrer des titres de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Mme I et Mme A relèvent appel des jugements du 10 février 2022 par lesquels le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés. Il y a lieu de joindre ces requêtes, qui ont fait l'objet d'une instruction commune, pour y statuer par un seul arrêt.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle des 7 avril et 2 juin 2022, postérieures à l'introduction des requêtes, Mme I et Mme A ont été admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leurs conclusions tendant à ce que soit prononcée leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a ainsi plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Les requérantes font valoir qu'elles ont été contraintes de fuir la Tunisie avec les trois autres enfants de B I afin d'échapper aux violences conjugales et intrafamiliales exercées par l'ancien époux de Mme I et père de Mme A. Il ressort des pièces du dossier que les intervenants sociaux du centre d'accueil de demandeurs d'asile de Bègles, au sein duquel la famille a été hébergée à partir de novembre 2020, ont signalé à l'OFPRA puis à la CNDA la " grande vulnérabilité de la famille ". L'évaluation sociale établie en novembre 2011 indique que " la situation de la famille s'inscrit dans un contexte de violences conjugales et intrafamiliales graves " et précise que Mme I, qui a bénéficié d'une prise en charge spécifique par une assistante sociale d'aide aux victimes, a déposé une main courante en janvier 2021 mais a renoncé à solliciter l'octroi d'une ordonnance de protection par crainte que son ancien époux, qui l'avait harcelée téléphoniquement après son départ de la Tunisie, localise sa famille. Mme I a également bénéficié de l'accompagnement, à partir d'octobre 2020, du centre d'information sur les droits des femmes et des familles et de l'association " La maison d'Ella ", spécialisés dans la prise en charge des victimes de violences conjugales. Il ressort en outre des éléments médicaux versés au dossier que Mme I est prise en charge depuis novembre 2020 par l'équipe mobile de psychiatrie et précarité du centre hospitalier Charles Perrens (Bordeaux) pour un syndrome post-traumatique. Le certificat médical très circonstancié établi le 17 septembre 2021 par la psychiatre qui assure le suivi de Mme I attribue ce syndrome aux violences conjugales physiques, sexuelles et verbales subies, indique que Mme I présente toujours une hypervigilance et une hyperréactivité aux bruits et précise que cette dernière est préoccupée par le retentissement des violences subies sur ses enfants, notamment ses fils cadets, C et D, qui souffrent d'énurésie et de cauchemars violents. Par des certificats médicaux établis le 8 septembre 2011, le médecin scolaire a préconisé une prise en charge psychologique d'Aziz et D, alors scolarisés en classe de CP et présentant des troubles de la concentration et de l'attention, à raison des violences dont ils ont été témoins et victimes. Enfin, Mme I fait valoir que son ancien époux l'a harcelée téléphoniquement et produit des captures d'écran de son téléphone portable dont il ressort qu'elle a effectivement reçu, d'octobre à décembre 2020, de très nombreux appels téléphoniques, auxquels elle n'a jamais répondu, et messages vocaux et écrits, émanant tous du même appelant. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des éléments apportés, il doit être tenu pour établi que Mme I et Mme A ont quitté la Tunisie dans un contexte de violences conjugales et intrafamiliales.

5. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A, scolarisée depuis la rentrée scolaire 2020 au lycée Michel de Montaigne (Bordeaux), s'est investie avec sérieux dans sa scolarité, ainsi qu'en témoignent ses bulletins scolaires et les bonnes notes obtenues en juin 2021 aux épreuves anticipées du baccalauréat ainsi que l'attestation élogieuse établie par le directeur du lycée, qui souligne notamment sa pugnacité. A la date des arrêtés, elle était en classe de terminale et préparait l'examen du baccalauréat. Il ressort aussi des pièces qu'Aya, scolarisée en classe de 3ème à la date des arrêtés, s'est aussi particulièrement bien impliquée dans sa scolarité. De nombreuses pièces émanant des équipes éducatives et des parents d'élèves du collège et de l'école de solarisation d'Aya, C et D soulignent enfin la forte implication de Mme I dans le suivi de la scolarité de ses enfants et la qualité de l'insertion de la famille.

6. Eu égard aux conditions ci-dessus décrites dans lesquelles Mme I et Mme A ont quitté la Tunisie, aux efforts d'insertion déployés depuis l'arrivée de la famille en France et aux suivis médicaux mis en place au bénéfice de Mme I et de ses fils, la préfète de la Gironde a, dans les circonstances très particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer des titres de séjour à Mme I et Mme A. Les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, contenues dans les arrêtés querellés, sont par voie de conséquence privées de base légale.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que Mme I et Mme A sont fondées à soutenir que c'est à tort que, par les jugements attaqués, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

9. Eu égard aux motifs des annulations prononcées, l'exécution du présent arrêt implique d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer des titres de séjour à Mme I et Mme A, sous réserve d'un changement substantiel dans leurs situations de droit ou de fait. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 500 euros au bénéfice du conseil de Mme I et Mme A, sous réserve que ce mandataire renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme I et Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les jugements n° 2106861 et 2106867 du 10 février 2022 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux, ensemble les arrêtés du 24 novembre 2021 de la préfète de la Gironde, sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer des titres de séjour à Mme I et Mme A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 4 : L'Etat versera à Me Lassort la somme globale de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme I et Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G I, à Mme E A, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,

Mme Agnès Bourjol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

Agnès HLa présidente,

Marie-Pierre BEUVE DUPUY

La greffière,

Sylvie HAYET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

2, 22BX00774

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