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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00825

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00825

mardi 20 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00825
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantFIDAL SAINT DENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler la décision du 29 mai 2019 par laquelle le directeur du commissariat d'outre-mer des forces armées dans la zone sud de l'océan indien et du groupement de soutien de la base de défense La Réunion-Mayotte a décidé, d'une part, de réduire le montant de son indemnité différentielle à compter du mois de juin 2019 et, d'autre part, qu'il sera procédé à la récupération de la somme de 12 357,79 euros qu'il a perçue à ce titre pour la période comprise entre juin 2017 et mai 2019.

Par un jugement n° 1901391 du 11 janvier 2022, le tribunal administratif de la Réunion a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2022 complétée d'un mémoire enregistré le 11 septembre 2023, M. B A demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de La Réunion ;

2°) d'annuler la décision du 29 mai 2019 par laquelle le directeur du commissariat d'outre-mer des forces armées dans la zone sud de l'océan indien et du groupement de soutien de la base de défense La Réunion-Mayotte a décidé, d'une part, de réduire le montant de son indemnité différentielle à compter du mois de juin 2019 et, d'autre part, qu'il sera procédé à la récupération de la somme de 12 357,79 euros qu'il a perçue à ce titre pour la période comprise entre juin 2017 et mai 2019, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ;

3°) d'enjoindre au ministre des armées de recalculer ses traitements depuis le mois de janvier 2014 et de lui verser les sommes dues ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la référence à la date de nomination est un repère temporel permettant de dire qu'elle est, à un instant précis, le salaire minimum de référence à prendre en compte ; c'est l'interprétation retenue par la réponse ministérielle publié au Journal Officiel du 21 février 2000, page 1140 ; le tribunal ne pouvait ajouter à ce critère un élément géographique ; or la rémunération n'est jamais déterminée par le lieu de nomination ; aucun lien objectif et rationnel ne peut être établi entre le lieu de nomination et le calcul de la rémunération ;

- la circulaire du 13 octobre 1981 relative à l'indemnité différentielle prévoit bien l'application de la surrémunération à cette indemnité ;

- l'application des modalités de traitement retenues par le ministère des armées et confirmées par le tribunal conduisent à instaurer une discrimination entre deux fonctionnaires dans une situation identique ; le tribunal a donc commis une erreur de droit dans l'interprétation de l'article 1er du décret du 23 novembre 1962 ;

- l'illégalité de la décision implique nécessairement un recalcul de l'indemnité différentielle à compter de janvier 2014, sur la base du salaire maximum d'un ouvrier affecté à La Réunion et bénéficiant à ce titre d'une majoration représentant un total de 63 % de la rémunération métropolitaine et d'une prime de rendement de 32 % ;

- contrairement à ce que soutient le ministre des armées, l'indemnité différentielle n'est ni constante ni forfaitaire, elle évolue en fonction de ses éléments de calcul, tandis que l'indemnité compensatrice permet de compenser un différentiel de rémunération et a vocation à diminuer lorsque l'agent progresse dans sa carrière.

Par un mémoire enregistré le 8 septembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 22 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 janvier 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 ;

- le décret n° 81-111 du 28 janvier 1981 ;

- le décret n° 89-749 du 18 octobre 1989 ;

- le décret n° 89-753 du 18 octobre 1989 ;

- le décret n° 2016-1995 du 30 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Laurent Pouget ;

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Jacquier, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ouvrier d'Etat à compter du 14 janvier 1977 puis technicien d'études et de fabrication du ministère de la défense depuis le 1er août 1984, a été intégré le 1er novembre 1989 dans le corps des techniciens supérieurs d'études et de fabrication de ce ministère. Il a été affecté à la Réunion le 26 juillet 1992. Par un courrier du 29 mai 2019, le directeur du commissariat d'outre-mer des forces armées dans la zone sud de l'océan indien l'a informé de la suppression de la majoration liée à une affectation outre-mer pour le calcul de l'indemnité différentielle prévue par le décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 et lui a demandé de restituer les sommes indument perçues à ce titre depuis le mois de juin 2017. M. B A relève appel du jugement du 11 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de la Réunion a rejeté sa demande d'annulation de cette décision et de la décision rejetant son recours hiérarchique.

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 23 novembre 1962 relatif à l'octroi d'une indemnité différentielle à certains techniciens d'études et de fabrications : " Les techniciens d'études et de fabrications relevant du ministère des armées provenant du personnel ouvrier ou du personnel contractuel régi par le décret du 3 octobre 1949 perçoivent, le cas échéant, une indemnité différentielle ; cette indemnité est égale à la différence entre, d'une part, le salaire maximum de la profession ouvrière à laquelle appartenaient les anciens ouvriers ou le salaire réellement perçu par les anciens contractuels à la date de leur nomination et, d'autre part, la rémunération qui leur est allouée en qualité de fonctionnaire. Cette indemnité n'est pas cumulable avec l'indemnité forfaitaire dégressive accordée aux techniciens d'études et de fabrications en application du décret n° 56-1296 du 17 décembre 1956 susvisé. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 18 octobre 1989 portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains techniciens supérieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense : " Les techniciens supérieurs d'études et de fabrications provenant du personnel ouvrier sous statut du ministère de la défense, qui recevaient dans leur ancienne situation une rémunération globale supérieure à celle qui résulte de leur classement dans l'un des corps de techniciens supérieurs d'études et de fabrications, perçoivent une indemnité compensatrice dans les conditions fixées par le présent décret. ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Les dispositions du décret n° 62-1389 du 23 novembre 1962 demeurent applicables : 1° Aux techniciens supérieurs d'études et de fabrications nommés au titre de l'article 15 du décret susvisé qui bénéficiaient de ces dispositions antérieurement à leur nomination dans un corps de techniciens supérieurs d'études et de fabrications ; 2° Aux techniciens supérieurs d'études et de fabrications qui, antérieurement à leur nomination, avaient été admis dans les écoles techniques normales de la délégation générale pour l'armement à la suite des concours d'accès à ces écoles organisés au titre des années 1987 et 1988. "

3. Il résulte de ces dispositions que l'indemnité différentielle à laquelle peuvent prétendre les techniciens d'études et de fabrications provenant du personnel ouvrier doit être calculée sur les émoluments correspondant au salaire le plus élevé pouvant être perçu, à la date de leur nomination, dans la profession qu'ils ont exercée en dernier lieu avant d'être promus fonctionnaires.

4. D'une part, M. B A ayant, ainsi qu'il a été dit, été nommé technicien d'études et de fabrication du ministère de la défense le 1er août 1984, sans être affecté outre-mer, il est constant que ne lui étaient pas applicables à la date de son intégration dans la fonction publique les dispositions de l'article 2 du décret susvisé du 28 janvier 1981 fixant le régime de rémunération des personnels à statut ouvrier mutés dans les départements et services des anciens combattants en territoire étranger, ni celles de l'article 3 du décret du 30 décembre 2016 relatif à la rémunération des personnels ouvriers, prévoyant une majoration du salaire des personnels à statut ouvrier mutés dans un département d'outre-mer.

5. D'autre part, M. B A ne saurait utilement se prévaloir ni d'une réponse ministérielle du 21 février 2000 ni des circulaires du 13 octobre 1981 relatives à l'indemnité différentielle, dépourvues de valeur réglementaire et qui prévoient elles-mêmes, en tout état de cause, que le montant de l'indemnité différentielle est fixée à la date d'effet de la nomination en qualité de technicien d'études et de fabrication.

6. Enfin, le principe d'égalité entre agents publics ne saurait être invoqué à l'appui d'une demande tendant à l'octroi d'un avantage illégal. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B A ne démontre pas avoir droit à l'indemnité différentielle prévue par le décret du 30 décembre 2016, il ne peut utilement soutenir que d'autres agents placés dans une situation identique à la sienne, ce qui n'est au demeurant pas démontré, bénéficieraient de cette indemnité.

7. Dans ces conditions, ainsi que l'a jugé le tribunal, c'est sans commettre d'erreur de droit que le directeur du commissariat d'outre-mer des forces armées dans la zone sud de l'océan indien a constaté que M. B A avait bénéficié par erreur, depuis son affectation à la Réunion en 1992, d'une indemnité différentielle affectée de la majoration prévue par l'article 2 du décret du 28 janvier 1981 puis par l'article 3 du décret 2016, et en a tiré les conséquences en lui demandant de restituer les sommes indument perçues.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mai 2019 du directeur du commissariat d'outre-mer des forces armées dans la zone sud de l'océan indien, ni celle de la décision de rejet de son recours hiérarchique. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laurent Pouget, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La présidente-assesseure,

Marie-Pierre Beuve Dupuy

Le président-rapporteur,

Laurent Pouget La greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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