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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00998

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00998

lundi 11 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00998
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, la société IEL Exploitation 14, représentée par Me Gandet, demande au juge des référés de la cour :

- de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer une autorisation unique relative à l'implantation d'une installation de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent composée de 4 aérogénérateurs dénommés " parc éolien de Mouhet " sur le territoire de la commune de Mouhet ;

- subsidiairement d'ordonner au préfet de l'Indre de délivrer provisoirement l'autorisation unique sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou plus subsidiairement, de lui ordonner de procéder au réexamen de sa demande d'autorisation unique dans un délai de six mois à compter de l'arrêt à intervenir, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

- de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle subit un impact financier important du fait des frais exposés pour le développement du projet s'élevant à 304 024,56 euros, la demande d'autorisation ayant été déposée en décembre 2016 ; la première décision de refus l'a empêchée de bénéficier des conditions du complément de rémunération de l'arrêté tarifaire du 13 décembre 2016 abrogé par l'arrêté du 6 mai 2017 qui réduit le tarif d'achat d'électricité et en raison du nouveau refus en litige elle n'a pu conclure de nouveau contrat sur le fondement de ce nouvel arrêté et bénéficier du tarif associé ; cet arrêté de 2017 risque d'être modifié prochainement, en limitant l'accès au complément de rémunération à des projets présentant des critères auquel son projet ne répond pas ce qui risque de la contraindre à soumettre son projet à appel d'offres et de remettre en cause la faisabilité du projet ; à supposer qu'elle remporte l'appel d'offres elle subira une perte de chiffre d'affaires et un manque à gagner importants et devra réaliser un apport en fonds propres supplémentaires ce qui lui serait préjudiciable ; le risque pesant sur la faisabilité du projet est anormal au vu du caractère répété et indu des refus opposés ainsi que l'a jugé le tribunal administratif de Limoges notamment en ce qui concerne le caractère acceptable de l'impact paysager du projet ; le motif lié à un prétendu impact inacceptable est manifestement erroné du fait de la mesure de bridage proposée qui permet de réduire le risque de mortalité accidentelle des chiroptères ; le nouveau refus du préfet porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache au développement des énergies renouvelables notamment dans la zone d'implantation du projet ; que le SRADDET de la région Centre Val de Loire adopté en 2020 prévoit d'atteindre 100 % de la consommation d'énergies couvertes par la production d'énergies renouvelables en 2050 mais que cet objectif accuse un retard notamment dans la zone 14 d'implantation du projet identifiée comme favorable au développement éolien par ce schéma ; le risque d'atteinte grave à sa situation est donc manifestement caractérisé.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que la signature de l'acte n'est pas accompagnée de la qualité du signataire ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée définitivement par le tribunal administratif de Limoges le 1e octobre 2020 censurant le premier refus en ce qui concerne l'impact paysager du projet ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le projet qui n'a pas été modifié dans sa consistance ni dans son implantation, ne portant pas atteinte au paysage ni aux lieux environnants compte tenu de la visibilité réduite avec le bourge du Mouhet et son église ; le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur le motif selon lequel les impacts paysagers empêcheraient l'extension du parc naturel régional de la Brenne à Parnac et Mouhet dès lors qu'il ne démontre pas l'existence d'un tel projet et qu'un tel projet ne peut justifier un refus, un parc éolien pouvant être implanté à proximité immédiate d'un parc naturel ; le préfet commet une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne les impacts sur le chiroptères du fait de la distance avec des lisières boisées dès lors qu'une mesure de bridage est proposée permettant un taux de protection des contacts supérieur à 95 %, que les mesures ERC permettent de ramener le risque d'impact à un niveau acceptable résiduel " négligeable " en phase chantier et " faible à modéré " en phase d'exploitation et qu'une mesure de suivi est prévue ; elle a proposé des mesures de bridage allant au-delà des préconisations de l'administration en se fondant sur le suivi de mortalité d'un parc éolien voisin ;

- la suspension du refus ne peut avoir d'effet réellement utile que si elle est accompagnée de la délivrance de l'autorisation provisoire qui lui permettra de déposer sa demande de contrat de complément de rémunération de l'électricité de de pouvoir bénéficier du " guichet ouvert ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête au fond n°22BX00760.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La société IEL Exploitation 14 demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'arrêté du 7 janvier 2022 par lequel le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer une autorisation unique en vue de l'implantation d'un parc de 4 éoliennes sur le territoire de la commune de Mouhet.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Au soutien de ses conclusions, la société requérante fait valoir que la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il existe un intérêt public à suspendre l'exécution du refus d'autorisation préfectorale au regard de l'objectif national de développement de la production d'énergie électrique à partir d'une énergie renouvelable, que le préfet s'oppose à son projet depuis 2018 malgré le jugement rendu en sa faveur en 2020, que la suspension de la décision critiquée n'est pas susceptible de porter une atteinte grave à un intérêt public ou à celui de tiers, et enfin que ce refus préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts propres notamment économiques ainsi qu'à l'intérêt public.

5. Toutefois, si comme le soutient la société, son projet est de nature à participer à la réalisation des objectifs européens, nationaux et régionaux de développement des énergies renouvelables, notamment éolienne, l'intérêt public qui s'attache au respect de ces objectifs ne peut être regardé, compte tenu des caractéristiques de ce projet qui ne concerne que quatre aérogénérateurs de 3 MW de puissance unitaire maximale, comme caractérisant l'existence d'une situation d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, le refus d'autorisation soit suspendu.

6. Par ailleurs, si le rejet de la demande d'autorisation comporte pour la société requérante des conséquences dommageables en raison du retard qu'il implique pour la réalisation de son projet, en particulier en ce qui concerne sa rentabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier que les effets de ce rejet soient de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. En effet, si la société fait état de l'impact financier défavorable de la décision sur son chiffre d'affaires ainsi que de risques d'évolution défavorable de la réglementation tarifaire de l'éolien, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que le refus contesté serait de nature à affecter gravement sa situation économique et financière, en mettant éventuellement en péril sa survie.

7. Dans ces conditions, le dossier ne fait pas ressortir l'urgence qui s'attache à ce que soit suspendue, dans l'attente de la décision prochaine à intervenir sur la requête qu'elle a formée à son encontre, l'exécution de l'arrêté préfectoral du 7 janvier 2022. Il y a lieu, dès lors, de rejeter, par une ordonnance prise sur le fondement de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, la requête de la société IEL Exploitation 14 en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société IEL Exploitation 14 est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société IEL Exploitation 14.

Fait à Bordeaux, le 11 avril 2022.

La juge des référés,

Evelyne Balzamo

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et solidaire en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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