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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01000

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01000

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01000
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantGOUDOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

D'une part, la société Martinique catering a demandé au tribunal administratif de la Martinique d'annuler la décision du 16 novembre 2018 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé de lui accorder l'autorisation de licencier M. D C ainsi que la décision du 3 octobre 2019 par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique exercé à l'encontre de cette décision.

Par un jugement n° 1900397 du 25 juin 2020, le tribunal administratif de la Martinique a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 16 novembre 2018 et la décision de la ministre du travail du 3 octobre 2019 et a ordonné le réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C.

D'autre part, la société Martinique catering a demandé au tribunal administratif de la Martinique d'annuler la décision du 18 septembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a de nouveau refusé de lui accorder l'autorisation de licencier M. C.

Par un jugement n° 2000553 du 3 février 2022, le tribunal administratif de la Martinique a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 18 septembre 2020 et a ordonné le réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 20BX02839 le 26 août 2020 et le 8 avril 2022, M. C, représenté par Me Celenice, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1900397 du 25 juin 2020 du tribunal administratif de la Martinique ;

2°) de mettre à la charge de la société Martinique catering une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en cas de grève, seule la faute lourde peut conduire au licenciement du salarié et elle est caractérisée en principe par l'intention de nuire du salarié vis-à-vis de l'employeur ou de l'entreprise, elle suppose la participation personnelle du salarié aux faits illicites qui lui sont reprochés ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie : d'abord, la preuve du caractère illicite de la grève et de l'entrave à la liberté du travail n'est pas rapportée par l'employeur qui supporte la charge de la preuve ; la licéité de la grève et l'existence d'une entrave ne relèvent pas du juge administratif ; les premiers juges n'ont pas recherché si le piquet de grève présent devant le tourniquet l'avait été de façon durable et ont estimé à tort qu'il se tenait sur la seule voie d'accès à l'entreprise qui en comporte cependant cinq au total ; en outre, il a respecté le délai de préavis prévu par les dispositions du code des transports ; ensuite, il n'a pas commis les faits d'agression et de séquestration qui lui sont reprochés pour lesquels, outre qu'il n'a pas été pénalement poursuivi, il a droit à la présomption d'innocence inscrite dans plusieurs textes de droit international et de droit interne ; enfin, il n'a participé à aucun fait de destruction volontaire de biens ;

- le licenciement dont il a fait l'objet présente un lien avec son mandat syndical et révèle une attitude discriminatoire et un harcèlement moral de l'employeur à son égard.

Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2020, la société Martinique catering, représentée par Me Goudot, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint à l'inspecteur du travail d'autoriser le licenciement de M. C sous astreinte de 800 euros par jour de retard, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut à l'annulation du jugement n° 1900397 du 25 juin 2020 du tribunal administratif de la Martinique et au rejet de la demande présentée par la société Martinique catering devant cette juridiction de première instance.

Elle s'en remet aux écritures présentées devant le tribunal administratif.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 22BX01000 le 2 avril 2022, M. C, représenté par Me Celenice, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2000553 du 3 février 2022 du tribunal administratif de la Martinique ;

2°) de mettre à la charge de la société Martinique catering une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en cas de grève, seule la faute lourde peut conduire au licenciement du salarié et elle est caractérisée en principe par l'intention de nuire du salarié vis-à-vis de l'employeur ou de l'entreprise, elle suppose la participation personnelle du salarié aux faits illicites qui lui sont reprochés ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie : premièrement, la preuve du caractère illicite de la grève et de l'entrave à la liberté du travail n'est pas rapportée par l'employeur qui supporte la charge de la preuve ; la licéité de la grève et l'existence d'une entrave ne relèvent pas du juge administratif ; les faits d'entrave ne sont pas caractérisés dès lors qu'il existait d'autres voies d'accès à l'entreprise ; deuxièmement, il n'a pas commis les faits d'agression et de séquestration qui lui sont reprochés pour lesquels, outre qu'il n'a pas été pénalement poursuivi, il a droit à la présomption d'innocence inscrite dans plusieurs textes de droit international et de droit interne ;

- le licenciement dont il a fait l'objet présente un lien avec son mandat syndical et révèle une attitude discriminatoire et un harcèlement moral de l'employeur à son égard.

Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut à l'annulation du jugement n° 2000553 du 3 février 2022 du tribunal administratif de la Martinique et au rejet de la demande présentée par la société Martinique catering devant cette juridiction de première instance.

Il s'en remet aux écritures présentées devant le tribunal administratif.

Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2022, la société Martinique catering conclut à la confirmation du jugement attaqué, à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mai 2022, à ce qu'il soit enjoint à cette dernière de réexaminer sa demande d'autorisation de licenciement et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 7 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la cour est susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions incidentes de la société Martinique catering tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mai 2022, lesquelles soulèvent un litige distinct de l'appel principal et qui ont été présentées postérieurement à l'expiration du délai d'appel.

Par un mémoire, enregistré le 11 décembre 2022, la société Martinique catering a présenté ses observations sur ce courrier.

Elle fait valoir qu'elle n'a pas eu l'intention d'introduire un appel incident tendant à la contestation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mai 2022 et que cette mention figurant dans son mémoire en défense procède d'une erreur.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des transports ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B A,

- les conclusions de Mme Florence Madelaigue, rapporteure publique,

- et les observations de Me Goudot représentant la société Martinique catering.

Considérant ce qui suit :

1. La société Martinique catering exerce principalement une activité de confection et de livraison de plateaux repas aux compagnies aériennes desservant l'aéroport international de la Martinique " Aimé Césaire " situé au Lamentin. Par un courrier en date du 10 septembre 2018, sa directrice régionale a demandé à l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier, pour motif disciplinaire, M. D C, magasinier, par ailleurs titulaire des mandats de membre titulaire du comité d'entreprise depuis le 17 octobre 2017 et de conseiller du salarié depuis le 20 octobre 2017, pour n'avoir pas respecté les formalités déclaratives individuelles prévues par l'article L. 1114-3 du code des transports et avoir commis des faits d'entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation ainsi que des faits de séquestration et de dégradations volontaires à l'occasion d'un mouvement de grève les 26 et 27 juin puis les 12 et 13 juillet 2018. Par une décision en date du 16 novembre 2018, l'inspecteur du travail a refusé d'accorder l'autorisation sollicitée. Saisie le 18 janvier 2019 par la société Martinique catering, la ministre du travail a, par une décision explicite du 3 octobre 2019, rejeté le recours hiérarchique ainsi exercé à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail qu'elle a confirmée. Par un jugement n° 1900397 du 25 juin 2020, le tribunal administratif de la Martinique a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 16 novembre 2018 ainsi que la décision de la ministre du travail du 3 octobre 2019 et a enjoint à l'inspecteur du travail de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement de M. C. Après y avoir procédé, l'inspecteur du travail a, par une décision du 18 septembre 2020, de nouveau refusé d'autoriser le licenciement de M. C. Par un jugement n° 2000553 du 3 février 2022, le tribunal administratif de la Martinique a annulé cette dernière décision de l'inspecteur du travail et lui a enjoint de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C. Par les requêtes n° 20BX02839 et n° 22BX01000, M. C relève appel des jugements du 25 juin 2020 et du 3 février 2022.

2. Les requêtes mentionnées au point précédent concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.

3. Les salariés légalement investis de fonctions représentatives qui bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail, notamment, dans le cas de faits survenus à l'occasion d'une grève, des dispositions de l'article L. 2511-1 du code du travail aux termes duquel : " l'exercice du droit de grève ne peut justifier la rupture du contrat de travail, sauf faute lourde imputable au salarié " et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail que, lorsqu'un doute subsiste au terme de l'instruction diligentée par le juge de l'excès de pouvoir sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié protégé, ce doute profite au salarié.

Sur la requête n° 20BX02839 :

En ce qui concerne le moyen retenu par le tribunal administratif :

4. La société Martinique catering a sollicité l'autorisation de licencier M. C pour motif disciplinaire, en invoquant plusieurs fautes commises par l'intéressé à l'occasion d'un mouvement de grève les 26 et 27 juin puis les 12 et 13 juillet 2018, à savoir, premièrement, qu'il n'avait pas respecté le délai d'information de l'employeur prévu par l'article L.1114-3 du code des transports pour les salariés participant à une grève et reprenant leur service à l'issue, deuxièmement, qu'il avait porté atteinte à la liberté du travail des salariés non-grévistes, en participant au blocage de l'accès au site, ainsi qu'à la liberté du commerce et de l'industrie, en désorganisant l'activité de l'entreprise dont l'image a été dégradée dans un contexte économique tendu, troisièmement, qu'il avait participé à des faits de séquestration de deux salariées et, quatrièmement, qu'il avait commis des dégradations volontaires de biens matériels nécessaires à l'activité de l'entreprise victime de lourds préjudices financiers.

5. L'inspecteur du travail, dont la décision a été confirmée par la ministre du travail, a refusé d'autoriser le licenciement de M. C pour motif disciplinaire en se fondant sur la circonstance qu'il n'était pas établi que les prescriptions de l'article L. 1114-3 du code du travail n'avaient pas été respectées par M. C, dont la participation personnelle aux faits de blocage, d'entrave à la liberté du travail ou de circulation, de séquestration et de dégradations volontaires de biens n'était pas davantage établie par l'employeur avec un degré suffisant de certitude et, pour certains de ces faits, qu'ils n'étaient même pas caractérisés. Il a également relevé que le caractère manifeste et anormal de la désorganisation de l'entreprise n'était pas démontré.

6. Pour annuler la décision de l'inspecteur du travail du 16 novembre 2018 et la décision de la ministre du travail du 3 octobre 2019 prise sur recours hiérarchique, le tribunal administratif a accueilli le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont ces décisions étaient entachées, au seul motif que la matérialité des faits d'entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation étaient établis.

7. S'agissant de ce grief tiré du blocage illicite de l'établissement dont est résulté une entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation, il ressort des pièces versées au dossier par l'employeur, notamment des constats d'huissier établis les 26 juin et 12 juillet 2018 et des attestations de salariés produites, ainsi que des déclarations de M. C lui-même lors de la réunion du comité d'entreprise du 27 août 2018, que l'intéressé a tenu, avec trois autres salariés grévistes, un piquet de grève devant le tourniquet d'accès principal à l'entreprise afin d'empêcher les salariés non-grévistes de rejoindre leur poste de travail. Le blocage de l'accès au site est néanmoins contesté par M. C qui soutient que les salariés non-grévistes conservaient la possibilité de pénétrer dans les locaux de l'entreprise par l'une ou l'autre des quatre autres voies d'accès existantes, en particulier par celle située à proximité des pistes de l'aéroport d'ailleurs empruntée par les intérimaires et l'huissier de justice sans titre de circulation spécifique. Il ressort toutefois des pièces versées au dossier par la société Martinique catering, notamment de l'arrêté préfectoral du 5 septembre 2016 relatif aux mesures de sûreté applicables sur l'aérodrome Martinique " Aimé Césaire ", que l'accès situé à proximité des pistes, destiné à l'avitaillement des avions, se trouve dans une zone de sureté à accès réglementé nécessitant la détention d'un titre de circulation spécifique dont les salariés de la société Martinique catering ne sont pas tous dotés. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. C, les salariés très majoritairement non-grévistes, dont ceux affectés à la préparation des plateaux-repas pour lesquels le tourniquet principal constitue la seule voie d'accès possible à l'entreprise, ont effectivement été empêchés de rejoindre leur poste de travail en raison du piquet de grève auquel a participé l'intéressé. Si M. C fait valoir que l'accès situé à proximité des pistes de l'aéroport a été emprunté par les intérimaires et l'huissier de justice alors qu'ils ne détenaient pas un titre de circulation spécifique, ces allégations ne sont corroborées par aucune pièce du dossier s'agissant des intérimaires et sont contredites par lesdites pièces s'agissant de l'huissier, ce dernier ayant dû, pour utiliser cet accès, se munir d'une autorisation délivrée par les autorités de l'aéroport. Il ne ressort par ailleurs d'aucune des attestations produites par M. C que des salariés non titulaires d'un titre de circulation spécifique auraient été en mesure de rejoindre leur poste de travail en empruntant la voie d'accès située à proximité des pistes alors que le mouvement de grève était en cours. La matérialité des faits d'entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation, qu'il appartient au juge administratif de qualifier, ainsi que l'imputabilité de ces faits à M. C sont donc établis.

8. Par ailleurs, M. C, qui se borne à exposer l'état du droit en matière de licenciement pour des faits survenus à l'occasion d'une grève, ne conteste ni la gravité des faits reprochés ni leur caractère fautif. Ces aspects n'ont d'ailleurs pas été examinés par le tribunal administratif dont le jugement n'est pas critiqué sur ce point.

9. Enfin, M. C ne peut utilement invoquer une violation du principe de présomption d'innocence à l'encontre des décisions de refus d'autorisation de licenciement qui résultent d'une procédure administrative distincte de la procédure pénale.

10. Eu égard à ce qui précède, notamment à la matérialité des faits et à leur imputabilité à M. C, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Martinique a annulé les décisions de l'inspecteur du travail du 16 novembre 2018 et de la ministre du travail du 3 octobre 2019 pour erreur d'appréciation et a ordonné le réexamen de la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Martinique catering.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. La société Martinique catering demande à la cour qu'il soit enjoint à l'inspecteur du travail d'autoriser le licenciement de M. C sous astreinte de 800 euros par jour de retard.

12. La confirmation, par le présent arrêt, du jugement attaqué, qui a notamment enjoint à l'inspecteur du travail de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C, ce qu'il a au surplus fait par la décision du 18 septembre 2020, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la société Martinique catering ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur la requête n° 22BX01000 :

13. A la suite du jugement n° 1900397 du 25 juin 2020 par lequel le tribunal administratif de la Martinique a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 16 novembre 2018 ainsi que la décision de la ministre du travail du 3 octobre 2019 et a ordonné le réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C, l'inspecteur du travail a, par une décision du 18 septembre 2020, de nouveau refusé d'autoriser le licenciement de ce salarié au double motif que les faits d'entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation n'étaient pas établis et qu'il subsistait un doute quant à la participation personnelle de M. C aux faits de séquestration.

En ce qui concerne le moyen retenu par le tribunal administratif :

14. Pour annuler la décision de l'inspecteur du travail du 18 septembre 2020, le tribunal administratif a accueilli le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont cette décision était entachée au motif que la matérialité des faits mentionnés au point précédent était établie et qu'ils étaient imputables à M. C.

15. D'une part, il résulte de ce qui a été exposé au point 8 que la matérialité des faits d'entrave à la liberté du travail et à la liberté de circulation, qu'il appartient au juge administratif de qualifier, ainsi que l'imputabilité de ces faits à M. C sont établis.

16. D'autre part, s'agissant des faits de séquestration, il ressort des pièces du dossier produites par l'employeur, notamment d'un constat d'huissier établi le 12 juillet 2018, que deux salariées non-grévistes qui avaient pu rejoindre leur poste de travail avec leur titre de circulation ont été enfermées entre 15h30 et 18h40 dans leur bureau de la régulation devant la porte duquel avaient été positionnés des chariots et une palette de bouteilles d'eau qui en obstruaient l'ouverture. Tandis que M. C produit des attestations de salariés, dont aucune ne permet de conclure à l'absence de blocage le 12 juillet 2018, il est relevé par l'huissier de justice qui s'est transporté sur les lieux ce jour-là que " les accès sont bloqués, et les salariées sont maintenues en otage " et " contraintes d'attendre que les accès soient libérés et que le chariot soit retiré pour sortir de ce bureau ". Ces constats sont corroborés par les déclarations de ces deux salariées qui désignent sans équivoque M. C comme étant l'auteur des faits que ce dernier conteste essentiellement en réfutant le terme de séquestration qui lui parait " exagéré ". Il résulte des témoignages circonstanciés des victimes, ainsi que du dépôt de plainte de l'une d'entre elles contre M. C pour des faits de séquestration, que ce dernier a menacé de les enfermer si elles ne quittaient pas leur bureau puis a lui-même, avec l'aide d'un collègue, positionné un chariot et une palette de bouteilles d'eau devant la porte du bureau où elles se trouvaient, les empêchant ainsi de sortir jusqu'à l'intervention des forces de l'ordre. La circonstance que M. C n'ait fait l'objet d'aucune poursuite pénale pour ces faits ne peut suffire à remettre en cause sa participation. Dans ces conditions, ainsi que l'a estimé à juste titre le tribunal administratif, en retenant que les témoignages des victimes, pourtant très circonstanciés et identifiant formellement M. C, laissaient subsister un doute quant à la réelle implication de l'intéressé dans les faits de séquestration, l'inspecteur du travail a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

17. Par ailleurs, M. C, qui se borne à exposer l'état du droit en matière de licenciement pour des faits survenus à l'occasion d'une grève, ne conteste ni la gravité des faits reprochés ni leur caractère fautif. Ces aspects n'ont d'ailleurs pas été examinés par le tribunal administratif dont le jugement n'est pas critiqué sur ce point.

18. Enfin, M. C ne peut utilement invoquer une violation du principe de présomption d'innocence à l'encontre des décisions de refus d'autorisation de licenciement qui résultent d'une procédure administrative distincte de la procédure pénale.

19. Eu égard à ce qui précède, notamment à la matérialité des faits et à leur imputabilité à M. C, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Martinique a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 18 septembre 2020 et a ordonné le réexamen de la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Martinique catering.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

20. La société Martinique catering demande à la cour qu'il soit enjoint à l'inspecteur du travail de procéder au réexamen de sa demande d'autorisation de licenciement de M. C. La confirmation, par le présent arrêt, du jugement attaqué, qui a notamment enjoint à l'inspecteur du travail de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C, ce qu'il a au surplus fait par la décision du 10 mai 2022, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la société Martinique catering ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions incidentes de la société Martinique catering :

21. En réponse au moyen relevé d'office par la cour, tiré de l'irrecevabilité des conclusions incidentes de la société Martinique catering tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 10 mai 2022, la société Martinique catering a indiqué qu'elle n'avait pas eu l'intention de présenter de telles conclusions dont l'insertion dans son mémoire en défense procédait d'une erreur. Il n'y a par conséquent pas lieu pour la cour de les examiner.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Martinique catering, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme que demande la société Martinique catering en application des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes n° 20BX02839 et n° 22BX01000 de M. C sont rejetées.

Article 2 : L'ensemble des conclusions présentées par la société Martinique catering, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D C, à la société Martinique catering et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Florence Demurger, présidente,

Mme Karine Butéri, présidente-assesseure,

M. Anthony Duplan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

Karine A

La présidente,

Florence Demurger

La greffière,

Catherine Jussy

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 20BX02839, 22BX01000

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