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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01179

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01179

mardi 25 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01179
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSCP BREILLAT DIEUMEGARD MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D F et M. A E ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés du 13 octobre 2021 par lesquels la préfète de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par des jugements n° 2102893 et 2102894 du 24 mars 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté les requêtes.

Procédure devant la cour :

I) Sous le n° 22BX01179, par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, Mme F, représentée par Me Masson, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2102894 du 24 mars 2022 du tribunal administratif de Poitiers ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- il ressort de la motivation de cette décision que la préfète s'est crue liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII et n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son fils, B, né le 11 mars 2017, présente une atteinte cérébrale d'origine génétique entrainant de multiples pathologies ; son état de santé nécessite un suivi pluridisciplinaire et impliquera, au cours de sa croissance, la réalisation d'interventions chirurgicales qui ne pourraient être effectuées en Géorgie, en particulier une implantation cochléaire, intervention complexe qui ne saurait être confondue avec l'intervention bégnine d'implantation rétro-cochléaire ; un défaut de soins engagerait son pronostic vital, en particulier, mais non pas exclusivement, s'agissant de sa maladie cardiaque et de son épilepsie sévère ; les soins que requiert le traitement de ses pathologies ne pas disponibles dans son pays d'origine, où il n'a d'ailleurs pas reçu des soins adéquats, qu'il s'agisse d'un traitement de son épilepsie ou d'une rééducation kinésithépeutique, ni bénéficié des appareillages indispensables à son état ; la prise en charge dont il a bénéficié en France a permis une évolution positive de son état de santé ; son handicap nécessite un apprentissage spécifique de la langue des signes, un accueil dans un établissement pour personnes polyhandicapées et des accompagnements adaptés à son handicap, lesquels ne seraient pas pris en charge en Géorgie ; toute rupture des soins mis en place compromettrait son développement ; elle ne serait pas en mesure, en cas de retour en Géorgie, de payer les traitements en cause, de sorte que son fils n'aurait pas effectivement accès aux soins que requiert son handicap ; il ne serait pas éligible au programme de prise en charge mis en place par le ministère de la santé en Géorgie ; la liste des médicaments disponibles en Géorgie datée de 2007 ne permet pas de connaître la disponibilité du traitement médicamenteux nécessité par l'état de son fils à la date de l'arrêté ; ce traitement médicamenteux s'inscrit dans le cadre d'une crise en charge complexe pluridisciplinaire ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la situation médicale de son fils ; elle a travaillé comme auxiliaire de vie dès l'obtention de son titre de séjour et bénéficié, tout comme son époux, d'un contrat de travail à durée indéterminée ; cette insertion professionnelle leur a permis d'obtenir un logement personnel ;

- cette décision repose sur une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français, fondée sur un refus de séjour illégal, est privée de base légale ;

- cette mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés et sollicite, à titre subsidiaire, une expertise médicale.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

II) Sous le n° 22BX01180, par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, M. A G, représenté par Me Masson, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2102893 du 24 mars 2022 du tribunal administratif de Poitiers ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- il ressort de la motivation de cette décision que la préfète s'est crue liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII et n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son fils, B, né le 11 mars 2017, présente une atteinte cérébrale d'origine génétique entrainant de multiples pathologies ; son état de santé nécessite un suivi pluridisciplinaire et impliquera, au cours de sa croissance, la réalisation d'interventions chirurgicales qui ne pourraient être effectuées en Géorgie, en particulier une implantation cochléaire, intervention complexe qui ne saurait être confondue avec l'intervention bégnine d'implantation rétro-cochléaire ; un défaut de soins engagerait son pronostic vital , en particulier, mais non pas exclusivement, s'agissant de sa maladie cardiaque et de son épilepsie sévère ; les soins que requiert le traitement de ses pathologies ne pas disponibles dans son pays d'origine, où il n'a d'ailleurs pas reçu des soins adéquats, qu'il s'agisse d'un traitement de son épilepsie ou d'une rééducation kinésithépeutique, ni bénéficié des appareillages indispensables à son état ; la prise en charge dont il a bénéficié en France a permis une évolution positive de son état de santé ; son handicap nécessite un apprentissage spécifique de la langue des signes, un accueil dans un établissement pour personnes polyhandicapées et des accompagnements adaptés à son handicap, lesquels ne seraient pas pris en charge en Géorgie ; toute rupture des soins mis en place compromettrait son développement ; il ne serait pas en mesure, en cas de retour en Géorgie, de payer les traitements en cause, de sorte que son fils n'aurait pas effectivement accès aux soins que requiert son handicap ; il ne serait pas éligible au programme de prise en charge mis en place par le ministère de la santé en Géorgie ; la liste des médicaments disponibles en Géorgie datée de 2007 ne permet pas de connaître la disponibilité du traitement médicamenteux nécessité par l'état de son fils à la date de l'arrêté ; ce traitement médicamenteux s'inscrit dans le cadre d'une crise en charge complexe pluridisciplinaire ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de la situation médicale de son fils ;

- cette décision repose sur une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français, fondée sur un refus de séjour illégal, est privée de base légale ;

- cette mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés et sollicite, à titre subsidiaire, une expertise médicale.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme H C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G et Mme F, ressortissants géorgiens, sont entrés en France en juillet 2018 selon leurs déclarations et ont présenté des demandes d'asile, définitivement rejetées par décisions de la cour nationale du droit d'asile du 11 juillet 2019. Le 12 septembre 2019, ils ont sollicité la délivrance de titres de séjour en qualité de parents d'enfant malade. Par des jugements, devenus définitifs, du 23 juin 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a annulé les arrêtés du 26 février 2020 leur refusant la délivrance des titres de séjour sollicités et leur faisant obligation de quitter le territoire français et a enjoint à la préfète de la Vienne de leur délivrer le titre de séjour prévu par les dispositions alors applicables de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de la Vienne, après leur avoir délivré plusieurs autorisations provisoires de séjour, a, par des arrêtés du 13 octobre 2021, refusé de leur accorder le renouvellement de ces titres et assorti ces refus d'obligations de quitter le territoire français en fixant le pays de renvoi. Par des ordonnances du 9 décembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu l'exécution des décisions de refus de séjour du 13 octobre 2021. Par des jugements du 24 mars 2022, dont M. G et Mme F relèvent appel, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du 13 octobre 2021. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. G et Mme F pour y statuer par un seul arrêt.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". L'article L. 425-10 du même code dispose : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

3. Il ressort des nombreux éléments médicaux versés au dossier que le fils des requérants, prénommé B, né le 11 mars 2017 en Géorgie, souffre de multiples pathologies en lien avec une anomalie génétique et les séquelles d'une anaxo-ischémie périnatale. L'enfant, âgé de 4 ans et demi à la date des arrêtés, présente une dysplasie broncho-pulmonaire compliquée d'une hypertension pulmonaire, responsables de difficultés respiratoires, une malformation cardiaque consistant en une hypertrophie ventriculaire droite, une surdité de perception bilatérale profonde en lien avec une malformation cochléaire, des capacités visuelles très restreintes sur les plans oculomoteur et sensoriel, un retard psychomoteur majeur avec hypotonie, un syndrome dysmorphique, des troubles de la motilité et de la déglutition, une dysplasie des hanches et des pieds et une épilepsie sévère ayant nécessité plusieurs hospitalisations en urgence lors de crises comitiales prolongées. Depuis son arrivée en France durant l'été 2018, il bénéficie d'une prise en charge pluridisciplinaire, coordonnée entre les centres hospitaliers universitaires (CHU) de Tours et Poitiers, comprenant des suivis réguliers en médecine génétique, pneumopédiatrie, cardiopédiatrie, chirurgie pédiatrique, médecine génétique, médecine fonctionnelle, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie et orthophonie. Sa pathologie cardiaque nécessite un traitement médicamenteux à base de Propanolol(r) (bêtabloquant), dont la posologie est adaptée en fonction des résultats des échographies cardiaques, et à défaut duquel son pronostic vital serait engagé. Son épilepsie sévère a justifié la mise en place d'un traitement médicamenteux par Dépakine(r) (vapraote de sodium) et nécessité, malgré ce traitement, des soins en urgence en service de réanimation pédiatrique lors de crises comitiales prolongées compromettant son pronostic vital. S'agissant de son double handicap auditif et visuel, B bénéficie d'un suivi spécialisé par le Centre national de ressources handicaps rares et de l'intervention, depuis plus de deux ans à la date des arrêtés, d'un orthophoniste expert accompagnant l'enfant et ses parents dans l'apprentissage de la langue des signes selon une méthode spécifique par perception tactile et kinésique, qui a permis la mise en place progressive d'une communication. B bénéficie par ailleurs, à raison de deux séances par semaine depuis août 2018, d'un suivi par un kinésithérapeute, et ce praticien indique que " l'incroyable motivation et détermination " de l'enfant lui ont permis d'acquérir la position assise et la position debout avec appui ainsi que de se déplacer. Le polyhandicap de B nécessite aussi des appareillages tels qu'un siège-coque, un fauteuil roulant et des attelles orthopédiques. Enfin, atteint d'un taux de handicap supérieur à 80 %, il est pris en charge 5 jours par semaine au sein d'un centre d'accueil pour enfants polyhandicapés.

4. Par un avis du 31 août 2021, sur lequel la préfète de la Vienne s'est appuyée pour refuser le renouvellement des titres de séjour dont les requérants étaient titulaires en qualité de parents d'enfant malade, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort cependant des éléments médicaux produits que l'état de santé de B nécessite, au regard de sa complexité, une prise en charge médicale et paramédicale complète, et plusieurs certificats, en particulier ceux établis par un médecin généraliste et un praticien du service médico-chirurgical de pédiatrie du CHU de Poitiers, affirment que cette prise en charge serait impossible en Géorgie. Si le préfet de la Vienne fait valoir, en se fondant sur une liste des médicaments essentiels en Géorgie au demeurant ancienne, que le traitement médicamenteux prescrit à B est disponible en Géorgie, il n'apporte aucun élément s'agissant de la prise en charge en urgence des crises comitiales prolongées, dont le défaut pourrait entrainer le décès de l'enfant. Les requérants produisent un extrait d'un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés indiquant qu'en Géorgie, seuls les soins d'urgence et les consultations chez un médecin généraliste sont intégralement pris en charge, tous les autres services de santé nécessitant le paiement d'une quote-part dont le " haut niveau " représente, d'après l'OMS, un " fardeau financier " pour les patients. Il ressort d'ailleurs du courriel d'un médecin inspecteur de santé publique du 15 septembre 2021, produit par le préfet, que les soins de médecine de réadaptation et de kinésithérapie ne sont pas pris en charge en Géorgie. Cette limitation de la prise en charge des soins est également relevée par un rapport du 11 décembre 2014 du comité des droits de l'enfant de l'ONU, produit par le préfet. Ce dernier, s'appuyant sur ce dernier rapport, soutient que des programmes de prise en charge des enfants handicapés ont été mis en place en Géorgie. Toutefois, interrogé par les requérants sur les dispositifs existants, le ministère de la santé géorgien a indiqué, par courrier du 22 avril 2020, qu'il existait un programme de prise en charge de mineurs présentant certaines pathologies neurologiques réservé à des enfants sélectionnés sur la base de critères, notamment un âge inférieur à trois ans à la date de la demande. Il ressort ainsi de ce courrier que B n'est pas éligible à un tel programme. Le courrier précité du ministère de la santé géorgien souligne quant à lui une pénurie de spécialistes entrainant l'interruption des prises en charge d'enfants handicapés ; or, il ressort des attestations établies par la directrice du centre d'accueil pour enfants polyhandicapés prenant en charge B et par le centre national de ressources handicap rare qu'une interruption de la prise en charge de l'enfant compromettrait gravement son développement et majorerait son handicap. Dans ces conditions, il est établi que B ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état dans son pays d'origine. Les refus de séjour reposent dès lors sur une inexacte application des dispositions précitées. Compte tenu de cette illégalité, les décisions d'obligations de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont privées de base légale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes ni d'ordonner une expertise médicale, que M. G et Mme F sont fondés à soutenir que c'est à tort que, par les jugements attaqués, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.

6. L'exécution du présent arrêt implique que le préfet de la Vienne délivre à M. G et Mme F le titre de séjour sollicité. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 2 000 euros au bénéfice du conseil de M. G et Mme F, sous réserve que ce mandataire renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Les jugements n° 2102893 et 2102894 du 24 mars 2022 du tribunal administratif de Poitiers et les arrêtés de la préfète de la Vienne du 13 octobre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à M. G et Mme F le titre de séjour prévu à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera à Me Masson la somme globale de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D F, à M. A G, au préfet de la Vienne et au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Didier Artus, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

Marie-Pierre Beuve C

Le président,

Didier Artus

La greffière,

Sylvie Hayet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

2, 22BX01180

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