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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01278

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01278

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01278
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A B a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Par une ordonnance n° 2200663 du 21 avril 2022, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande pour tardiveté.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai et 26 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Pather, demande à la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance n° 2200663 de la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau du 21 avril 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 7 mars 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui restituer son titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité de l'ordonnance :

- la première juge a, à tort, considéré que sa requête de première instance était tardive dès lors qu'il a adressé sa demande au préfet des Pyrénées-Atlantiques ainsi qu'au tribunal administratif et qu'il appartenait au greffe de la maison d'arrêt de Pau, saisi le 17 mars 2022 dans le délai de recours contentieux en application des articles R. 776-19 et R. 776-31 du code de justice administrative, de la transmettre sans délai au président du tribunal administratif ;

- l'absence d'information au ressortissant étranger détenu de sa possibilité de demander l'assistance d'un interprète ou d'un conseil rend inopposable les délais de recours ;

- les voies et délais de recours mentionnés sur la décision attaquée ne précisent pas que l'introduction d'un recours gracieux ne suspend pas le délai de recours contentieux et étaient ainsi de nature à l'induire en erreur ;

En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la violation du principe selon lequel toute personne a le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision qui lui est défavorable et de la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 432-5 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 432-4 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article L. 432-5 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'aucune décision lui retirant la protection subsidiaire ne lui a été notifiée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la durée de sa présence en France, de son intégration professionnelle et de l'absence de lien avec son pays d'origine ;

- elle emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle dès lors qu'elle le contraindra à violer les obligations fixées par le juge d'application des peines dans le cadre de sa libération sous contrainte et méconnaît le principe de séparation des pouvoirs ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 5° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de la violation du principe selon lequel toute personne a le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une décision qui lui est défavorable ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle emporte des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée et le principe de séparation des pouvoirs ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- eu égard aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, ainsi qu'un mémoire et un mémoire rectificatif, enregistrés le 3 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la requête de première instance de M. A B était tardive et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er mai 1986, a déclaré être entré sur le territoire au cours de l'année 2015 et a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " valable du 16 juillet 2018 au 16 juillet 2019 puis, en cette même qualité, d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 16 juillet 2019 au 15 juillet 2023. Estimant que l'intéressé a cessé de remplir les conditions fixées pour la délivrance de cette carte de séjour et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, par un arrêté du 7 mars 2022, a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle dont il était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à sa sortie de la maison d'arrêt de Pau, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A B relève appel de l'ordonnance du 21 avril 2022 par lequel la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau a rejeté, pour tardiveté, sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". Aux termes de l'article L. 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Enfin, aux termes de l'article L. 614-15 du même code : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 776-2 du même code : " / () / II.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément.". Enfin, aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " / () / II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".

4. L'administration n'est, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions que les délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais de recours administratifs préalables obligatoires. Si elle peut y ajouter la mention des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs, c'est à la condition toutefois qu'il n'en résulte pas des ambiguïtés de nature à induire en erreur les intéressés dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours contentieux effectif.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 7 mars 2022 a été notifié en main propre à M. A B, alors incarcéré à la maison d'arrêt de Pau, le 17 mars 2022 et que l'intéressé à, le même jour, déposé un recours gracieux auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. La requête de M. A B a, quant à elle, été déposée devant le tribunal administratif de Pau le 24 mars 2022, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, en application de l'article R. 776-5 du code de justice administrative, n'est pas susceptible d'être prorogé par l'exercice d'un recours administratif. Toutefois, en présentant, dans l'arrêté, le recours administratif comme la première possibilité de recours, sans préciser qu'il ne suspend ni ne prolonge le délai du recours contentieux, contrairement aux règles générales habituelles en matière de combinaison des recours administratifs et des recours contentieux, la notification de cet arrêté comporte une ambiguïté de nature à induire son destinataire en erreur sur les effets du recours gracieux sur le cours du délai de recours contentieux, et à faire ainsi obstacle à l'exercice de son droit à un recours contentieux effectif. Compte tenu de cette ambiguïté, la notification de l'arrêté n'a pu faire courir à l'encontre de M. A B le délai du recours contentieux et ce dernier est donc fondé à soutenir que la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau ne pouvait rejeter sa demande comme tardive. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête relatifs à la régularité de l'ordonnance attaquée, il y a lieu, pour la cour, d'annuler cette ordonnance et, dans les circonstances de l'espèce, de se prononcer immédiatement, par la voie de l'évocation, sur la demande de M. A B devant le tribunal.

Sur la légalité de l'arrêté du 7 mars 2022 :

En ce qui concerne la décision portant retrait d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, l'arrêté contesté, après avoir visé notamment les articles L. 432-4 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne, d'une part, que, le bénéfice de la protection subsidiaire ayant été retiré à M. A B par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 18 mars 2021, il ne remplit plus des conditions lui permettant de prétendre au maintien de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", d'autre part, qu'eu égard à ses antécédents judicaires récents, qui sont exposés dans l'arrêté, sa présence sur le territoire français représente une menace réelle, actuelle et grave pour la sécurité publique. Contrairement à ce qui est soutenu, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'était pas tenu de viser les dispositions réglementaires des articles R. 432-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui explicitent les motifs de retrait de titre séjour visés aux articles L. 432-4 et L. 432-5 du même code. Dans ces conditions, la décision susvisée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fondent et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A B. La circonstance que le préfet n'a pas fait mention de sa libération sous contrainte sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 28 mars 2022 qui, au demeurant, a été prononcée postérieurement à la date de l'arrêté contesté, le 15 mars 2022, par une ordonnance du juge de l'application des peines, n'est pas de nature à révéler un tel défaut d'examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 3 mars 2022 remise en main propre, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a informé M. A B de son intention de procéder au retrait de son titre de séjour et de la possibilité de présenter des observations écrites ainsi qu'à sa demande, des observations orales. Par ailleurs, l'intéressé a été auditionné le 7 février 2022 par un officier de police judiciaire et a pu, à cette occasion, faire valoir ses observations sur ses conditions d'entrée en France et sa situation administrative et professionnelle, sur ses liens familiaux en France et au Soudan ainsi que sur la perspective de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Le requérant ne se prévaut d'aucun autre élément pertinent qu'il aurait été privé de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision portant retrait de son titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté du 7 mars 2022 aurait été pris en violation du principe du contradictoire et du droit du requérant d'être entendu tel que protégé par le droit de l'Union européenne doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article R. 432-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré dans les cas suivants : / () / 6° L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

11. La décision portant retrait du titre de séjour dont M. A B était titulaire a été prise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques pour un premier motif tiré de la menace que le comportement de l'intéressé constitue pour l'ordre public. Le préfet a notamment relevé que, le 29 novembre 2018, la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Pau l'a condamné à une peine deux ans d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, de violence avec usage ou menace d'une arme en récidive et de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours, aggravée par les trois circonstances qu'il a agi avec usage ou menace d'une arme, en état d'ivresse et à l'encontre de sa concubine. En outre, M. A B a été condamné le 15 décembre 2020 à une peine de huit mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Pau pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet et pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Eu égard à la nature et à la gravité de tels faits, qui présentent un caractère répété, ainsi qu'à leur caractère récent à la date de la décision contestée, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions rappelées ci-dessus ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant qu'ils témoignaient d'un comportement de nature à menacer l'ordre public. A cet égard, la circonstance que, pour favoriser sa réinsertion, le requérant a bénéficié d'une libération sous contrainte sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique à compter du 28 mars 2022 n'est pas, contrairement à ce qui est soutenu, de nature à atténuer la gravité des faits pour lesquels il a été pénalement condamné.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. () ". Aux termes de l'article R. 432-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 424-9 du même code : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. () ". Aux termes de l'article L. 424-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin au bénéfice de la protection subsidiaire par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce bénéfice, la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 et L. 424-11 est retirée. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

13. La décision portant retrait du titre de séjour dont M. A B était titulaire a été prise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques pour un second motif tiré de ce qu'il a cessé de remplir les conditions exigées pour la délivrance de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ". Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 18 mars 2021, l'OFPRA a retiré au requérant le bénéfice de la protection subsidiaire, sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 712-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur. Le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", versé au dossier par le préfet et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, indique que cette décision a été notifiée le 29 mars 2021 à la dernière adresse connue de l'intéressé, qui ne produit, pour sa part, aucun élément de nature à établir qu'une telle notification n'aurait pas eu lieu et, notamment qu'il aurait informé l'office, conformément aux dispositions de l'article R. 561-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un éventuel changement d'adresse, dont il n'établit ni la réalité ni la date exacte, dans un délai de trois mois suivant ce changement. Si le requérant soutient qu'il a contesté la décision de l'OFPRA devant la CNDA le 22 juillet 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, la décision de l'OFPRA, qui, ainsi qu'il a été dit, a été notifié à l'intéressé le 29 mars 2021 et qui comporte les voies et délais de recours, ne serait pas devenue définitive, conformément à la condition prévue par les dispositions précitées de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit qu'à cette date, le requérant avait cessé de remplir les conditions exigées pour la délivrance de sa carte de séjour pluriannuelle. Par suite, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Atlantiques aurait entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. M. A B soutient qu'il réside en France depuis l'année 2015, qu'il a obtenu un titre professionnel de peintre en bâtiment et qu'il est connu de l'administration fiscale. Toutefois, alors que le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier qu'il aurait exercé une quelconque activité professionnelle sur le territoire, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de son audition du 7 février 2022 que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et où résident sa mère et sa fratrie. Le requérant ne justifie pas davantage du développement d'un réseau dense de relations sociales en France. Dans ces conditions, en dépit de la durée non contestée de sa présence sur le territoire, compte tenu des conditions du séjour en France de M. A B et eu égard à la menace pour l'ordre public que constitue sa présence, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui retirant son titre de séjour a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En dernier lieu, si M. A B soutient que le retrait de son titre de séjour a pour conséquence de le contraindre à méconnaître l'obligation imposée par le juge de l'application des peines de rembourser les sommes dues au trésor public et d'exercer une activité professionnelle, dès lors qu'il ne pourra pas exercer une telle activité sans être bénéficiaire d'un titre de séjour, et a pour effet de mettre un terme à son projet de réinsertion, ces circonstance ne sont pas de nature à établir que le préfet aurait entaché sa décision de retrait, au regard des motifs pour lesquels elle a été prise, d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ni qu'il aurait porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant retrait d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception, par M. A B, de son illégalité ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / ".

19. La décision susvisée comporte la référence aux dispositions qui la fondent, citées au point précédent. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques y fait également mention de ce que le requérant, qui a fait l'objet d'un retrait de titre de séjour, peut ainsi faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. L'arrêté mentionne enfin que M. A B ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, tel que précisés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit, en application du même code. Par suite, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, dès lors, suffisamment motivée.

20. En troisième lieu, il est constant que, par l'arrêté contesté, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle dont M. A B était titulaire depuis le 16 juillet 2019. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français serait subordonnée au caractère définitif du retrait de titre de séjour pris antérieurement à cette décision. Le préfet pouvait, en conséquence, conformément aux dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, édicter le même jour et par le même arrêté, à l'encontre du requérant, une mesure d'éloignement, alors même que la décision portant retrait de son titre de séjour n'était pas encore devenue définitive. De même, est sans incidence la circonstance qu'à cette date, M. A B était matériellement encore en possession de sa carte de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9, 11, 15 et 16, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée a été prise en violation de son droit d'être entendu tel que protégé par le droit de l'Union européenne, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, qu'elle porte atteinte au principe de la séparation des pouvoirs et que le préfet ne pouvait estimer, sans entacher sa décision d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public.

22. En dernier lieu, si M. A B soutient qu'en édictant une mesure d'éloignement à son encontre, le préfet a porté atteinte à l'autorité de la chose jugée, dès lors qu'il empêche l'exécution d'une peine prononcée par l'autorité judiciaire, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

23. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

24. En premier lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception, par M. A B, de son illégalité ne peut qu'être écarté.

25. En deuxième lieu, la décision susvisée vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le comportement de M. A B représente une menace pour l'ordre public et qu'il a explicitement déclaré ne pas vouloir quitter le territoire français lors de son audition du 7 février 2022. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté du 7 mars 2022 que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé à une appréciation globale de la situation de M. A B et ne s'est pas estimé tenu par ces seules circonstances. Dans ces conditions, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

26. En dernier lieu, lors de son audition du 7 février 2022, l'intéressé a déclaré à l'officier de police judiciaire qu'il ne se soumettrait pas à une éventuelle mesure d'éloignement. Il entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du même code pouvant être regardé comme établi, le préfet des Pyrénées-Atlantiques pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. A cet égard, la circonstance qu'à la date de l'arrêté contesté, l'intéressé disposait d'un justificatif d'identité et d'une adresse effective et permanente ne suffit pas à établir qu'en l'espèce, le risque de fuite ne serait pas avéré. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été exposé au point 11 que le comportement de du requérant constitue une menace pour l'ordre public, au sens et pour l'application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation que le préfet lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

27. En premier lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception, par M. A B, de son illégalité ne peut qu'être écarté.

28. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

29. Le requérant soutient qu'il craint les traitements discriminants, inhumains et dégradants dont il ferait l'objet en cas de retour dans son pays d'origine, au regard des violences subies par les populations civiles dans la région du Darfour, ainsi que de son isolement dans ce pays. Toutefois, en se bornant à verser à l'instance deux articles de presse datés du mois d'avril 2022 et le rapport du secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies du 17 mai 2022 sur la situation au Soudan, au demeurant postérieurs à la date de l'arrêté contesté, il ne produit aucun élément permettant de tenir pour établis la réalité et le caractère personnel des risques allégués ni, ainsi que le fait valoir le préfet des Pyrénées-Atlantiques, la région dont il est précisément originaire au Soudan, qui connaît une situation sécuritaire distincte selon les zones de conflit. La circonstance que M. A B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en 2016, alors, au demeurant, que l'OFPRA a retiré cette décision le 18 mars 2021, ne suffit pas à établir l'existence de tels risques. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Pyrénées-Atlantiques a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

30. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

31. En premier lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception, par M. A B, de leur illégalité ne peut qu'être écarté.

32. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées des articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

33. La décision susvisée, qui précise dans quel cas se trouve M. A B pour justifier une interdiction de retour sur le territoire français, vise les dispositions de l'article L. 612-6 du même code ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que le requérant est défavorablement connu des service de police depuis l'année 2016, que l'examen de sa situation ne permet pas d'établir l'existence de circonstances humanitaires et qu'eu égard à ses conditions d'existence et de séjour en France, rappelées au sein de l'arrêté du 7 mars 2022, la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Contrairement à ce qui est soutenu, cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

34. En dernier lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle que rappelée au point 15 et dès lors, ainsi qu'il a été exposé au point 11, que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France en lui interdisant de revenir sur le territoire pendant une durée de trois ans.

35. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a procédé au retrait de la carte de séjour pluriannuelle dont il était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à sa sortie de la maison d'arrêt de Pau, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Il en va de même, par voie de conséquence, du surplus de ses conclusions de première instance.

36. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil de M. A B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'ordonnance n° 2200663 du 21 avril 2022 de la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Pau est annulée.

Article 2 : La demande présentée par M. A B devant le tribunal administratif de Pau et le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.

Article 3: Le présent arrêt sera notifié à M. D A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

Michaël C La présidente,

Evelyne Balzamo

Le greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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