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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01312

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01312

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01312
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantPERRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation.

Par un jugement n° 2106819 du 29 mars 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 17 novembre 2021 et enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, la préfète de la Gironde demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2106819 du 29 mars 2022 du tribunal administratif de Bordeaux ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Bordeaux ;

3°) de mettre à la charge de M. B le versement de la somme de 1 200 euros à en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La préfète de la Gironde soutient que l'arrêté du 17 novembre 2021 ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que M. B ne démontre pas l'ancienneté ni la stabilité de sa relation avec son épouse, alors que leur mariage est postérieur à l'arrêté attaqué, que l'intéressé a fait l'objet de trois mesures d'éloignement, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils mineur résidant sur le territoire, qu'il a travaillé en France pendant cinq mois de manière irrégulière, en l'absence de titre de séjour et d'autorisation de travail, et qu'il ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine, la Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, M. B, représenté par Me Perrin, conclut au rejet de la requête et à défaut à l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le moyen invoqué par la préfète de la Gironde n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 29 novembre 1987, déclare être entré régulièrement en France le 20 octobre 2011. L'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 27 janvier 2012. Il a par la suite fait l'objet, le 11 juillet 2014, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Le recours formé contre cet arrêté par M. B a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 16 octobre 2014, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 15 juillet 2015. M. B a fait l'objet d'un nouvel arrêté du 26 juillet 2017 portant obligation de quitter le territoire et le recours formé contre cet arrêté a de nouveau été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 28 novembre 2017. M. B a sollicité le 24 août 2020 son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. La préfète de la Gironde relève appel du jugement n° 2106819 du 29 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 17 novembre 2021 et lui a enjoint à délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur le bien-fondé du motif d'annulation retenu par le tribunal :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré sur le territoire français en 2011, a épousé une ressortissante tunisienne le 13 juillet 2013, union de laquelle est né un enfant le 1er septembre 2014. Si le couple s'est séparé, il ressort du jugement de divorce du 1er avril 2019 que M. B exerce l'autorité parentale conjointement avec son ex-épouse, et que si la résidence habituelle de l'enfant est fixée chez la mère, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 10 août 2023, M. B dispose d'un droit de visite et d'hébergement les week-ends des semaines paires du vendredi 18 heures au dimanche 18 heures ainsi que la première moitié des vacances scolaires les années impaires et la seconde moitié les années paires. Le jugement oblige également M. B à verser à la mère de son enfant une pension mensuelle de 100 euros. Il ressort également des pièces produites que M. B respecte les termes du jugement de divorce, notamment en versant la pension mensuelle de manière régulière et en exerçant son droit de visite et d'hébergement. Par ailleurs, les diverses factures et les témoignages produits par M. B, qui constituent des éléments que le juge peut prendre en compte pour apprécier ses liens avec son fils, révèlent que l'intéressé contribue à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. Au surplus, contrairement à ce que soutient la préfète de la Gironde, M. B établit entretenir une relation amoureuse avec une ressortissante française, qu'il a d'ailleurs épousée le 4 décembre 2021, soit très peu de temps après l'arrêté attaqué. Enfin, M. B justifie avoir déclaré ses revenus au cours des dix années précédant l'édiction de l'arrêté litigieux et avoir été imposable au titre de certaines années. Dans ces conditions, nonobstant les circonstances que M. B a séjourné irrégulièrement sur le territoire français, qu'il s'est soustrait aux trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, et qu'il a fait l'objet d'un signalement pour usage de faux documents administratifs, l'arrêté en litige a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il est intervenu. Par suite, c'est à bon droit que le tribunal administratif de Bordeaux a estimé qu'en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de la Gironde a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que la préfète de la Gironde n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 17 novembre 2021 et lui a enjoint de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à l'Etat d'une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la préfète de la Gironde est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente de chambre,

Mme Bénédicte Martin, présidente assesseure,

Mme Pauline Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

Pauline D La présidente,

Evelyne Balzamo, Le greffier,

Christophe Pelletier La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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