mardi 21 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01325 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VICTORIA;SCP BOIVIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
L'association France Nature Environnement et l'association Guyane Nature Environnement ont demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2020 par lequel le préfet de la Guyane a délivré une autorisation environnementale en vue de l'exploitation par EDF-PEI d'une centrale électrique au lieu-dit Larivot à Matoury.
Par un jugement n° 2100237 du 28 avril 2022, le tribunal administratif de la Guyane a annulé l'arrêté du préfet de la Guyane en date du 22 octobre 2020.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
I- Par une requête, enregistrée le 10 mai 2022 et un mémoire enregistré le 16 juin 2022, la société EDF-PEI, représentée par la SCP Boivin et associés, demande à la cour :
1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement n° 2100237 du 28 avril 2022, en ce que le tribunal administratif de la Guyane a annulé l'arrêté du préfet de la Guyane du 22 octobre 2020 lui délivrant une autorisation environnementale pour l'exploitation de la centrale de production d'électricité du Larivot à Matoury, en tant que celui-ci délivre la dérogation prévue à l'article L 411-2 du code de l'environnement ;
2°) de mettre à la charge des associations France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande de sursis à exécution de ce jugement remplit les conditions tant de l'article R 811-15 que celles de l'article R 811-17 du code de justice administrative ;
- l'annulation de l'autorisation environnementale entraine des conséquences difficilement réparables pour l'intérêt général dès lors qu'elle affecte la sécurité de l'approvisionnement électrique de la Guyane qui nécessite une production thermique d'électricité en complément des centrales de production d'énergie intermittentes ou soumises à aléas ; l'anticipation du remplacement de la centrale actuelle par l'Etat et EDF remonte à 2006, date à laquelle les recherches d'un site ont débuté ; la centrale de Dégrad des Cannes devra être mise à l'arrêt au plus tard le 31 décembre 2023 et la nouvelle centrale du Larivot lui succédera en permettant de satisfaire l'augmentation de la demande d'électricité, de garantir le respect des performances environnementales, et d'assurer la sécurité d'approvisionnement ; les travaux de construction nécessitent trois années de construction et auraient dû être réalisés au cours des années 2021 à 2023 impérativement afin d'éviter une rupture d'approvisionnement énergétique en Guyane, le seul apport des énergies renouvelables n'étant pas suffisant ; aucun projet alternatif ne peut voir le jour d'ici décembre 2023, aucun autre terrain n'est disponible et aucun autre acteur économique n'est prêt à porter un projet équivalent ; l'interruption du chantier de construction est susceptible d'entrainer un décalage du planning de réalisation d'au moins 2 ou 3 ans ; l'annulation de l'autorisation environnementale entraine des conséquences irréversibles pour l'équilibre économique du projet de centrale, en raison de la poursuite de la suspension du chantier entrainant des surcoûts pouvant dépasser 20 % du budget total qui est de 500 millions d'euros ; sa situation financière s'est dégradée ces derniers mois et la situation internationale actuelle a entrainé un enchérissement du coût des matières premières ; la situation des entreprises ayant investi dans des matériels et des recrutements depuis la signature du contrat de construction fin 2020 se dégrade ; il existe une urgence économique et sociale en raison de la forte croissance de la population et de ses attentes ainsi que de celles des acteurs économiques locaux ;
- le jugement est irrégulier dès lors que l'article R 711-3 du code de justice administrative relatif à la communication du sens des conclusions du rapporteur public n'a pas été respecté, le rapporteur public s'étant borné à renseigner le sens synthétique de ses conclusions sans préciser les moyens ou causes retenus ni mettre les parties en mesure de connaitre le dispositif qu'il entendait proposer à la formation de jugement ; le tribunal a méconnu les règles relatives à la communication d'une note en délibéré qui contient une circonstance de droit ou de fait nouvelles dès lors qu'elle a produit l'arrêté préfectoral complémentaire du 30 mars 2022 actant définitivement la conversion de la centrale à la biomasse liquide, ce qui a conduit le tribunal à statuer sur un projet de centrale fonctionnant au fuel ;
- c'est à tort que le tribunal a considéré, au regard des dispositions de l'article L 411-2 du code de l'environnement, que la condition tenant à l'absence d'autre solution satisfaisante n'était pas suffisamment démontrée au regard des autres implantations possibles du projet de centrale dans les zones du site " Parc Avenir " à Remire-Montjoly compte tenu des contraintes techniques et de délais qui justifient la localisation sur la presqu'île de Cayenne et de l'obligation faite par la PPE de regrouper sur un même site une centrale thermique et un parc photovoltaïque ; les différentes alternatives foncières possibles pour l'implantation de l'installation ont été étudiées dans le dossier de demande d'autorisation environnementale et dans les réponses aux personnes publiques et aux observations formulées pendant l'enquête publique ; les 3 sites possibles ont fait l'objet d'une analyse multi-critères des contraintes afin de vérifier s'ils constituaient de véritables alternatives au site du Larivot ; le site de la centrale actuelle de Dégrad des Cannes ne pouvait être retenu compte tenu de la proximité d'un site Séveso, de son occupation par la centrale actuelle nécessitant sa démolition avant la construction ce qui n'aurait pas permis d'assurer la continuité de l'approvisionnement électrique et aurait conduit à un arrêt de l'exploitation ; le site de Parc Avenir présentait une incertitude sur la maitrise foncière des terrains, est situé en zone inondable, nécessite d'importants remblaiements et ne constitue pas une solution plus favorable que Larivot au plan écologique ; c'est à tort que le tribunal a retenu le fait que le site du Parc Avenir permettrait d'éviter de construire une canalisation dès lors que seuls les sites sont à comparer, le tracé de la canalisation n'induisant aucune demande de dérogation au titre des espèces protégées ; le site du Larivot est situé près des lignes à haute tension, permet de concevoir une centrale peu visible, n'est pas concerné par les aléas inondations du PPRI de l'île de Cayenne, permet la mise en œuvre de mesure de compensation environnementale et l'implantation du projet dans une zone déjà impactée par l'homme hors de la zone de mangrove ; ce terrain est situé dans le périmètre de l'OIN instaurée en Guyane et dans les zones du PLU et du SAR permettant l'implantation d'activités industrielles ; après l'enquête publique l'emprise du projet a été réduite de 5,5 hectares afin de préserver les groupements d'arrière mangrove et une part importante de la forêt dégradée de terre ferme; le tribunal n'a pas pris en compte les mesures de compensation de sanctuarisation et gestion de la mangrove et du marais Larivot et de sanctuarisation de la parcelle AB 80 de 72 ha en vue de la préservation du corridor écologique entre la mangrove Leblond et la réserve naturelle du Grand Matoury ce qui porte les surfaces de compensation à 150 ha; le CNPN et l'autorité environnementale n'ont pas critiqué le choix de ce site et l'analyse des solutions alternatives ; le tribunal a commis une erreur de droit en se replaçant au moment du choix du terrain pour déterminer s'il existait d'autre solutions alternatives satisfaisantes et non au moment où il se prononçait alors qu'à cette date les autres sites ne constituaient pas des solutions alternatives satisfaisantes ; la partie du site du Larivot nécessaire à la construction des installations a déjà été défrichée et la plate-forme remblayée ; le juge des référés du conseil d'Etat n'a pas retenu ce moyen ;
- ainsi que l'a jugé le tribunal, puis le Conseil d'Etat dans sa décision levant la suspension de l'arrêté d'autorisation environnementale, la condition tenant à l'existence d'une raison impérative d'intérêt public majeur est remplie compte tenu notamment de l'importance de ce projet pour l'approvisionnement énergétique de la Guyane, projet porté par les pouvoirs publics, qui permettra une meilleure protection de l'environnement et contribuera au développement économique de la Guyane ;
- le projet respecte la condition tenant au maintien dans un état de conservation favorable des populations des espèces concernées par la dérogation dans leur aire de répartition naturelle ainsi qu'il ressort du dossier de demande et de l'autorisation environnementale qui encadre précisément les dérogations accordées par des mesures précises ;
- les autres moyens invoqués par les demandeurs en première instance ne sont pas de nature à entrainer l'annulation de l'autorisation environnementale ; le Conseil d'Etat dans sa décision du 10 février 2022 a écarté l'ensemble des moyens soulevés en première instance par les associations requérantes s'agissant de l'insuffisance de l'étude d'impact et elle a justifié de sa suffisance dans son mémoire de première instance ; le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la loi littoral n'est pas opérant à l'encontre d'une autorisation environnementale conformément au principe d'indépendance des législations régissant les relations entre le droit de l'urbanisme et le droit des installations classées, appliqué par le Conseil d'Etat en dernier lieu dans sa décision du 10 février 2022 ; c'est à l'occasion de l'examen du permis de construire que la conformité du projet aux dispositions de la loi Littoral doit être apprécié ; ce moyen est également inopérant du fait de la modification des limites transversales de la mer sur la rivière Cayenne et le fleuve Mahury intervenue le 4 avril 2022, la commune de Matoury n'étant désormais plus une commune littorale au sens de l'article L 321-2 du code de l'environnement ; le site retenu est déjà situé dans un secteur occupé par une urbanisation diffuse ; le projet de centrale du Larivot doit être regardé comme étant prévu par le chapitre particulier du SAR valant SMVM ; elle renvoie à ses écritures de première instance en ce qui concerne la compatibilité du projet avec la loi Littoral ; s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L 411 1et L 411-2 du code de l'environnement, elle a justifié dans ses écritures de première instance de l'absence d'erreur manifeste d'appréciation du préfet à ne pas édicter de dérogation pour les espèces de mammifères et d'oiseaux protégés visées par les associations ; les dispositions de l'article L 411-2 4° du code de l'environnement n'ont pas été méconnues, le projet n'étant pas de nature à nuire au maintien dans un état de conservation favorable du Toucan Toco à l'échelle locale ainsi qu'elle en a justifié en première instance ; le projet ne méconnait pas l'article L 181-3 du code de l'environnement ainsi qu'elle en a justifié en première instance, l'arrêté d'autorisation assurant la prévention des dangers ou inconvénients liés au projet de centrale.
Par mémoire enregistré le 23 mai 2022, la ministre de la transition écologique demande à la cour de faire droit à la demande de sursis à exécution présentée par EDF PEI.
Elle fait valoir que :
- en estimant que la condition d'octroi de la dérogation tenant à l'absence de solution alternative satisfaisante n'était pas remplie, le tribunal a entaché son jugement d'erreur d'appréciation ; contrairement à ce que le tribunal a estimé, le projet d'associer une centrale photovoltaïque à la future centrale thermique résulte directement des dispositions de l'article 7 du décret du 30 mars 2017 ; l'étude des lieux d'implantation devait donc nécessairement tenir compte de la présence d'un parc photovoltaïque et EDF PEI ne s'est pas imposée de contraintes excédant les objectifs de sécurisation de l'approvisionnement en électricité ; contrairement à ce qu'a jugé le tribunal, l'examen de la condition d'absence de solution alternative satisfaisante énoncée à l'article L 411-2 du code de l'environnement doit uniquement porter sur l'existence d'alternatives satisfaisantes à l'octroi d'une dérogation aux interdictions énoncées à l'article L 411-1 du même code pour permettre la réalisation du projet, au regard de la jurisprudence de la CJUE et du conseil d'Etat ; les considérations prises en compte par le tribunal tenant aux risques d'inondation des sites du Parc Avenir et du Larivot, aux conditions de maitrise foncière du terrain se rapportent à la faisabilité du projet et non aux atteintes susceptibles d'être portées aux espèces protégées ; le tribunal a commis une erreur de droit en prenant en compte la longueur de la canalisation nécessaire pour l'approvisionnement de la centrale jusqu'au site du Larivot qui est étrangère au choix du site d'implantation pour lequel la dérogation a été accordée dès lors que cette canalisation ne fait pas partie de l'emprise du projet de centrale et fait l'objet d'une autorisation distincte ; en estimant que la société EDF PEI avait la possibilité de se porter acquéreur des terrains du site " Parc Avenir " dans des délais compatibles avec l'exigence de mise en service de la centrale d'ici la fin 2023, le tribunal a commis une erreur d'appréciation au vu des pièces produites par la note en délibéré de la collectivité territoriale de la Guyane ; en prenant en compte dans son jugement les indications figurant dans les cartes des " territoires à risque d'inondation " (TRI) qui n'ont pas été intégrées dans les PPRI de Remire-Montjoly et de Matoury, le tribunal a entaché son jugement d'une erreur de droit ; il a également commis une erreur d'appréciation dès lors que l'implantation sur le site de " Parc Avenir " nécessiterait d'importants travaux d'arasement augmentant le risque d'inondation par submersion marine du site ; contrairement à l'analyse du tribunal, les emplacements envisagés du " Parc Avenir " pour l'implantation du projet ne présentent pas une sensibilité écologique moindre que le site du Larivot ; à la date du jugement du tribunal, la partie du site du Larivot nécessaire à la construction des installations avait été entièrement mise à nu et défrichée et le tribunal ne pouvait donc plus valablement comparer lesdits travaux avec les travaux d'arasement à réaliser sur le site du " Parc Avenir " ; pour apprécier les atteintes portées aux espèces protégées du fait de l'implantation du projet sur le site du Larivot, le tribunal a omis de tenir compte des mesures envisagées pour limiter ces atteintes tenant à l'implantation de la centrale à l'extérieur des zones de mangrove, à la réduction de 5 ha de la taille de la centrale photovoltaïque, à la sanctuarisation de la mangrove et du marais du Larivot ou d'une parcelle de 72 ha située à proximité immédiate de la centrale et a donc nécessairement porté une appréciation erronée ; le tribunal ne s'est pas formellement prononcé sur le point de savoir si le site du " Parc Avenir " pouvait constituer une solution alternative satisfaisante au sens de l'article L 411-2 du code de l'environnement en se bornant à relever que le choix du " Parc Avenir " ne pouvait être " disqualifié " ;
- l'exécution du jugement risque d'entrainer des conséquences difficilement réparables dès lors qu'il fait obstacle à l'exploitation de la centrale thermique en remplacement de celle de Dégrad des Cannes dont l'exploitation doit être arrêtée à la fin de l'année 2023 au plus tard et risque d'entrainer des problèmes d'approvisionnement d'électricité et un possible blackout du littoral guyanais en l'absence d'autre projet suffisamment avancé pour assurer la sécurité d'approvisionnement.
Par mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, l'association France Nature Environnement (FNE) et l'association Guyane Nature Environnement (GNE), représentées par Me Victoria, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros à verser à chacune d'elles soit mise à la charge de la société EDF PEI et de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- EDF-PEI ne démontre pas l'existence de conséquences difficilement réparables, les considérations économiques et financières invoquées n'étant pas assorties de précisions suffisantes , outre l'absence de pièces justificatives ; l'argument tiré de ce que la centrale du Larivot doit être mise en service avant fin 2023 pour remplacer l'ancienne centrale de Dégrad des Cannes défaillante ne tient pas dès lors que l'Etat et EDF PEI sont responsables de cette situation d'urgence due à leur inaction depuis 2007 et des délais d'étude et d'autorisation, les travaux n'ayant débuté qu'en mars 2021, ce qui rendait le délai du 31 décembre 2023 impossible à tenir ; il n'existe pas de risque de black-out et des alternatives sérieuses à la construction de la centrale thermique du Larivot existent sans risque pour l'environnement ;
- le sursis à exécution d'un jugement ne peut être obtenu pour un simple motif d'irrégularité du jugement qui ne conduit pas à inverser la solution au fond retenue par les premiers juges ; les pièces dont se prévaut EDF PEI pour soutenir que le tribunal aurait dû rouvrir l'instruction sont sans lien avec le moyen d'annulation retenu par le tribunal ;
- le moyen d'annulation retenu par le tribunal tiré de la violation de l'article L 411-2 4° du code de l'environnement faute de justification suffisante de l'absence de solution alternative est fondé dès lors que le dossier de demande de dérogation ne consacre aucun développement aux alternatives envisagées au site de Larivot mais seulement dans un document succinct de la demande d'autorisation environnementale précisant que les autres sites ont été écartés pour des raisons politiques ou administratives mais non environnementales ; le site du Larivot est le pire choix environnemental compte tenu de la destruction de 20 ha de mangrove, du remblaiement des milieux par des tonnes de remblais et de la construction d'un oléoduc de 14 km pour alimenter la centrale en hydrocarbures nécessitant des expropriations ; cet oléoduc doit être pris en compte dès lors qu'il constitue un même projet avec la centrale ; le choix de l'actuelle centrale de Dégrad des Cannes est plus logique dès lors qu'il s'agit d'une zone dédiée à ce type d'activité, identifiée au SAR et au SMVM, zone industrielle classée en partie Seveso, éloignées des habitations, des sites de pêche, des infrastructures d'eau potable, incluse dans le grand port maritime et pétrolier de Guyane permettant d'éviter l'oléoduc ; il ne présente aucun enjeu pour les espèces protégées ; l'étude d'impact ne justifie pas la prétendue interdiction de construire l'installation sur le site de l'actuelle centrale résultant du règlement du PPRT ; le risque technologique invoqué ne justifie pas l'absence de solution alternative satisfaisante, le site étant déjà occupé par une activité industrielle occupant des salariés ; l'unité police de l'eau de la DEAL et la commission d'enquête ont jugé insuffisamment étayé l'étude des solutions alternatives ; l'urgence invoquée par EDF PEI pour réaliser la nouvelle centrale peut seulement justifier l'existence d'une raison impérative d'intérêt public majeur mais pas l'absence d'alternative satisfaisante qui doit être déterminée essentiellement en fonction de l'atteinte aux espèces protégées ; le site du Parc Avenir constitue une alternative envisageable dès lors que la CCI propriétaire de l'emprise a admis en août 2020 que l'ensemble des conditions juridiques et matérielles étaient réunies sur ce site situé à seulement 1 km du terminal pétrolier du grand port et libre de toute occupation ; l'administration ne peut écarter une alternative pour des raisons d'échéancier de réalisation, de coût ou de difficulté de mise en œuvre ; au regard du risque d'inondation, le site de Parc Avenir est moins défavorable au vu des cartographies des TRI dont l'application est préconisée par le préfet de la Guyane dans l'attente de l'approbation des PPR révisés ; le site de Parc Avenir présente un risque d'impact sur les espèces protégées beaucoup plus faible compte tenu de sa situation, de l'altération du site déjà défriché et de sa proximité avec la zone industrielle de Dégrad des Cannes permettant d'éviter la construction d'un oléoduc de 14 km ;
- il existe d'autres moyens susceptibles de justifier la confirmation de l'annulation de la décision dès lors que :
o l'étude d'impact est insuffisante s'agissant des incidences du projet au niveau climatique, sur les sols et sous-sols, sur les eaux superficielles, sur les risques naturels, sur la faune, la flore, les milieux naturels, les continuités écologiques ;
o l'autorisation environnementale a été délivrée en méconnaissance des dispositions de la loi Littoral directement opposables aux autorisations environnementales ; Matoury est une commune littorale et elles ont contesté l'arrêté du 4 avril 2022 modifiant la limite transversale de la mer sur la rivière de Cayenne ; le projet situé sur un espace proche du rivage méconnait l'article L 121-23 du code de l'urbanisme, l'ouverture d'installation classée étant interdite sur les espaces naturels remarquables du littoral tel le site constitué de zones naturelles, notamment des mangroves, forêts marécageuses et zones humides, identifiées par le SMVM et abritant les habitats de plus de 114 espèces d'oiseaux protégés et des espèces sensibles et couvert par une ZNIEFF ; il forme un ensemble cohérent avec un ENRL n°10 déjà identifié au SAR de Guyane assurant la continuité entre les espaces naturels littoraux de la rive droite de la rivière Cayenne ;
o l'autorisation environnementale méconnait l'article L 411-1 et L 411-2 du code de l'environnement en n'incluant pas certaines espèces protégées dans la dérogation figurant à l'article 10.1.1 de l'arrêté ;
o cette autorisation méconnait l'article L 411-2 4° du même code, le pétitionnaire ne justifiant pas de l'absence d'atteinte à l'état de conservation du Toucan Toco espèce protégée très rare et en danger ;
o l'autorisation environnementale ne pouvait être accordée compte tenu de l'atteinte significative du projet aux intérêts protégés par l'article L 211-1 et l'article L 181-3 I du code de l'environnement et compte tenu de l'absence de prise en compte des critères mentionnés à l'article L 311-5 du code de l'énergie lequel renvoie à l'article L 100-4 du code de l'énergie en ce qui concerne les objectifs de réduction des émissions de GES opposables aux autorisations environnementales ; l'autorisation ne permet pas d'assurer suffisamment la prévention du risque d'inondation, le projet étant situé sur un territoire à risque important d'inondation pluviale et de submersion marine (TRI) selon arrêté préfectoral du 21 novembre 2013 dont la cartographie est plus récente que le PPRI de 2001 et dont l'application est préconisée par l'Etat ; le projet ne satisfait pas aux prescriptions des articles R 562-11-6 et R 562-11-7 du code de l'environnement ; le projet constitue un obstacle à l'écoulement des eaux en zone de débordement ; le préfet aurait dû appliquer le principe de précaution voire de prévention ;
o le projet porte une atteinte significative aux autres intérêts protégés par les articles L 211-1, L 511-1 et L 181-3 II 8° du code de l'environnement en risquant d'entrainer en totalité un accroissement des émissions de CO2 par rapport à la situation de référence compte tenu du dimensionnement de la centrale et du scénario de fonctionnement y compris en cas de conversion éventuelle aux bioliquides qui ne pourront être d'origine guyanaise compte tenu des contraintes environnementales et agricoles ; la conversion de la centrale aux bioliquides contrariera la réalisation de l'objectif d'autonomie énergétique de la Guyane ; en générant un volume d'émission de GES très important et un accroissement significatif de ces émissions, il méconnait le principe de prévention sans que l'impact environnemental ne soit suffisamment encadré ; il a des impacts significatifs sur les habitats, la faune et la flore sans compensation utile ; il ne contient aucune prescription visant à éviter, réduire ou compenser les risques de destruction des milieux naturels.
Vu :
- la requête au fond n° 22BX01324 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'énergie ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2017-457 du 30 mars 2017 relatif à la programmation pluriannuelle de l'énergie de la Guyane ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de :
- Me Floury, pour la société EDF-PEI, qui reprend l'argumentation développée dans ses écritures ;
- M. A, sous-directeur des affaires juridiques de l'environnement, de l'urbanisme et de l'habitat pour la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, qui reprend les termes de ses écritures ;
- Me Victoria pour les associations FNE et Guyane Nature Environnement qui reprend les termes de ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que l'article 7 du décret du 30 mars 2017 relatif à la programmation pluriannuelle de l'énergie de la Guyane a prévu le remplacement de la centrale thermique de Dégrad des Cannes par une nouvelle centrale thermique, dont le principe de l'installation sur le territoire de la commune de Matoury, au lieu-dit Le Larivot, a été arrêté par une délibération de la collectivité territoriale de Guyane du 10 février 2017 et dont l'exploitation par la société EDF Production Insulaire (PI) a été autorisée par un arrêté du ministre en charge de l'énergie le 13 juin 2017. Par un arrêté du 19 octobre 2020 portant déclaration de projet, le préfet de la Guyane a déclaré le projet d'intérêt général et mis en compatibilité le plan local d'urbanisme de la commune de Matoury et, par un arrêté du 22 octobre 2020, le préfet a délivré une autorisation environnementale pour l'exploitation de cette centrale. Ce dernier arrêté a été annulé par jugement du 28 avril 2022 du tribunal administratif de la Guyane. Par la présente requête, la société EDF-PEI demande dans la présente instance, qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement.
2. Aux termes de l'article R. 811-14 du code de justice administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif ". Aux termes de l'article R. 811-15 du code de justice administrative : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement " d'une part, et aux termes de l'article R 811-17 du même code d'autre part : "Dans les autres cas, le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l'exécution de la décision de première instance attaquée risque d'entrainer des conséquences difficilement réparables et si les moyens énoncés dans la requête paraissent sérieux en l'état de l'instruction ". Il est loisible à la partie qui s'y croit fondée de présenter au juge d'appel des conclusions à fin de sursis à exécution d'un jugement ayant annulé une décision administrative en invoquant les dispositions générales de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, y compris dans le cas où de telles conclusions pourraient être fondées sur les dispositions particulières de l'article R. 811-15 de ce code.
3. En premier lieu, compte tenu des effets du jugement du tribunal administratif de la Guyane du 28 avril 2022 annulant l'autorisation environnementale du 22 octobre 2020, qui a conduit à l'interruption du chantier de construction de la centrale de production d'électricité d'EDF-PEI au Larivot à Matoury, d'une part, et, d'autre part, des risques importants existant pour la sécurité de l'approvisionnement électrique de la Guyane en cas de retard de mise en service de la nouvelle centrale, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'ancienne centrale dite de Dégrad des Cannes ne pourra fonctionner au-delà du 31 décembre 2023, la condition tenant aux conséquences difficilement réparables liées à l'exécution du jugement doit être regardée comme remplie.
4. En second lieu, en l'état de l'instruction, les moyens soulevés par la société EDF-PEI, tels que détaillés dans les visas, tirés d'une part, de l'irrégularité du jugement compte tenu de la méconnaissance des règles relatives à la communication du sens des conclusions du rapporteur public et de l'absence de communication de la note en délibéré du 4 avril 2022 faisant état d'une circonstance de droit nouvelle susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, tenant à l'intervention d'un arrêté préfectoral complémentaire du 30 mars 2022 actant définitivement la conversion de la centrale du Larivot à la biomasse liquide, et, d'autre part, de ce que contrairement à ce qu'a estimé le tribunal administratif par une appréciation erronée, le préfet n'a pas méconnu l'article L 411-2 4° du code de l'environnement en délivrant l'autorisation en litige dès lors qu'il n'existait pas de solutions alternatives satisfaisantes au site du Larivot pour l'implantation du projet de centrale électrique, permettant de limiter les atteintes portées à des espèces protégées, paraissent sérieux et de nature à justifier qu'il soit sursis à l'exécution du jugement.
5. Il résulte de ce qui précède que la société EDF-PEI est fondée à demander qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du tribunal administratif de la Guyane du 28 avril 2022.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il est sursis à l'exécution du jugement du tribunal administratif de la Guyane du 28 avril 2022 jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 22BX01324 formée par EDF-PEI contre ce jugement.
Article 2 : Les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société EDF-PEI, aux associations France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement, à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la collectivité territoriale de Guyane.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Guyane.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2022.
Le greffier La présidente de la 4ème chambre
Christophe Pelletier Evelyne B
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026