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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01364

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01364

lundi 5 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01364
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Limoges d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile.

Par un jugement no 2200449 du 14 avril 2022 notifié à l'administration le lendemain, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2022, M. A, représenté par Me Dounies, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Limoges du 14 avril 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 de la préfète de la Gironde ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé de demande d'asile dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai, ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision, à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen approfondi de sa situation alors qu'il a dû quitter son pays en raison de la guerre civile qui y sévit ;

- l'article 5 du règlement Dublin a été méconnu dès lors que l'entretien qu'il prévoit a été mené par une personne dont la qualification n'est pas établie par la préfète, et lui a en outre été traduit en anglais par un interprète par téléphone, alors qu'il est francophone ; enfin si l'arrêté en litige mentionne que ses empreintes ont été relevées le 11 novembre 2021, il est arrivé sur le territoire espagnol le 11 octobre 2021 et n'a pas sollicité l'asile en Espagne ;

- la préfète a par ailleurs méconnu les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment en raison des risques de contracter le virus de la covid-19 ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en ne mettant pas en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et n'établit pas en l'espèce que la demande de prise en charge présentée aux autorités espagnoles aurait comporté tous les éléments dont elles devaient disposer pour apprécier sa situation.

Par un mémoire enregistré le 6 octobre 2022, la préfète de la Gironde indique que le transfert de M. B vers l'Espagne a été réalisé le 9 juin 2022.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2022/008153 en date du 16 juin 2022, a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. A, ressortissant centrafricain né en 1992, est entré irrégulièrement en France en janvier 2022 via l'Espagne et a sollicité l'asile le 25 janvier 2022. Après avoir constaté que ses empreintes digitales avaient été relevées en Espagne le 11 novembre 2021 et obtenu le 28 février 2022 l'accord explicite des autorités espagnoles pour la prise en charge de la demande d'asile de M. A, la préfète de la Gironde, par un arrêté du 17 mars 2022, a décidé de transférer l'intéressé en Espagne en vue de l'examen de sa demande d'asile par les autorités de ce pays. M. A, qui résidait dans le département de la Creuse à la date de cet arrêté, fait appel du jugement du 14 avril 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision du 17 mars 2022.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire :

3. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 16 juin 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, ont perdu leur objet.

Sur les autres conclusions :

4. En premier lieu, si M. A produit en appel notamment des nouvelles pièces médicales, soit un rendez-vous de consultation pour le 15 juin 2022 ainsi qu'une ordonnance établie par un médecin hospitalier, très peu circonstanciée, il ne se prévaut toutefois pas plus en appel qu'en première instance de sa situation médicale, hormis le risque d'être contaminé par le virus de la covid-19. Ces éléments n'apparaissent pas de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui a écarté les moyens tirés d'une part, de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et d'autre part de l'erreur d'appréciation de la préfète au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n ° 604/2013 du 26 juin 2013 en relevant à juste titre, après avoir rappelé que la mise en œuvre de ces dispositions ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile, que M. A n'assortit pas ces moyens de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier la portée et le bien-fondé. En tout de cause, il n'établit ni même n'allègue qu'un transfert en Espagne l'exposerait à un risque supérieur à celui qu'il encourrait en France en raison de la pandémie de covid-19. Dès lors, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

5. En second lieu, M. A reprend, dans des termes similaires et sans critique du jugement ni pièce nouvelle, les autres moyens invoqués en première instance susvisés. Ainsi, l'intéressé n'apporte aucun élément nouveau susceptible de remettre en cause l'appréciation du premier juge qui y a suffisamment et pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces autres moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Limoges.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions de M. A aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A. Une copie sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 5 décembre 2022.

Luc DEREPAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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