mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01511 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. K J a demandé au tribunal administratif de la Guyane d'annuler, d'une part, l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2001095 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de la Guyane a annulé l'arrêté du 28 juillet 2020, enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. J un titre de séjour et mis à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2022, le préfet de la Guyane demande à la cour d'annuler ce jugement du tribunal administratif de la Guyane du 7 avril 2022.
Il soutient que :
- c'est à tort que le tribunal a retenu que la décision refusant un titre de séjour méconnaissait les stipulations des articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : cette décision n'a ni pour objet ni pour effet de remettre en cause l'unité de la cellule familiale ; l'intéressé ne démontre pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants ; la scolarisation de l'aîné ne fait pas obstacle à ce qu'il suive son père, et au demeurant sa mère également en situation irrégulière, en Haïti ; en l'absence de revenus et de travail, aucune preuve d'insertion n'est apportée ;
- les autres moyens invoqués devant le tribunal n'étaient pas davantage fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme I a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. J, ressortissant haïtien, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 20 août 2015. Le 23 mars 2019, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 juillet 2020, le préfet de la Guyane a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 2001095 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de la Guyane a annulé l'arrêté du 28 juillet 2020, enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. J un titre de séjour et mis à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le préfet de la Guyane relève appel de ce jugement.
Sur le motif d'annulation retenu par le tribunal :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. ". Aux termes de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ". Aux termes de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ".
3. Pour annuler la décision du préfet, le tribunal s'est fondé exclusivement sur la scolarisation du fils aîné de M. J, qui a effectué cinq années en maternelle et primaire. Toutefois, contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, l'arrivée de l'enfant Fedes en France à l'âge de trois ans ne lui donnait pas nécessairement vocation à s'y maintenir avec des parents en situation irrégulière. La circonstance que l'enfant n'a connu que le système scolaire français ne suffit pas, dans les circonstances de l'espèce, à faire obstacle à ce qu'il rejoigne son pays d'origine avec ses parents, tous deux de nationalité haïtienne et en situation irrégulière. Par suite, le préfet de la Guyane est fondé à soutenir que le tribunal administratif ne pouvait retenir une méconnaissance des stipulations précitées au regard de l'intérêt supérieur de cet enfant.
4. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. J devant le tribunal administratif de la Guyane.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Par un arrêté du 31 décembre 2019 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 2 janvier 2020, le préfet de la Guyane a donné délégation à M. E F, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, à l'effet de signer les actes en matière d'accueil au séjour des étrangers, d'instruction des titres de séjour, d'éloignement et de contentieux. Par ce même arrêté, M. F a été autorisé, sur ce point, à subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. Par un arrêté du 19 février 2020, publié le 21 février 2020 au recueil des actes administratifs de la préfecture de Guyane, M. F a donné délégation à M. A H, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer en cas d'absence ou d'empêchement de M. C G, directeur général adjoint de la sécurité, de la réglementation et des contrôles et directeur de l'immigration et de la citoyenneté, les décisions en matière d'éloignement et de contentieux. Ce même arrêté donne compétence à M. B D, chef du bureau et de l'accueil séjour et asile pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C G, les décisions en matière d'accueil au séjour des étrangers et en matière d'asile. Il suit de là que M. H n'était pas compétent pour signer la décision du 3 août 2020 par laquelle il a refusé de délivrer un titre de séjour à M. J.
6. En raison des effets qui s'attachent à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision de refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, qui ont été prises en application de l'acte annulé, doivent être annulées par voie de conséquence.
7. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Guyane n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guyane a annulé son arrêté du 28 juillet 2020.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête du préfet de la Guyane est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. K J. Copie en sera adressée au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Catherine Girault, présidente,
Mme Anne Meyer, présidente-assesseure,
M. Olivier Cotte, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2022.
La présidente-assesseure,
Anne MeyerLa présidente, rapporteure,
Catherine I
La greffière,
Virginie Guillout
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°22BX01511
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