mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX01862 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | DE FROMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Mayotte d'annuler la décision du 1er septembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation formée contre le titre de perception émis à son encontre pour le recouvrement de la somme de 30 000 euros au titre de la contribution spéciale et forfaitaire, et de condamner l'Etat à réduire le montant de la contribution à minima à 2000 fois le taux minimum horaire garanti ou à réexaminer sa situation afin de lui accorder des délais de paiement.
Par un jugement n° 2001260 du 29 avril 2022, le tribunal administratif de Mayotte a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. B, représenté par la SELARL IM Avocats, agissant par Me Mattoir, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Mayotte du 29 avril 2022 précité ;
2°) d'annuler la décision du 1er septembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation formée contre le titre de perception émis à son encontre pour le recouvrement de la somme de 30 000 euros au titre de la contribution spéciale et forfaitaire ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation et de lui accorder des délais de paiement en adéquation avec sa situation financière et familiale
4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le tribunal a omis de répondre au moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'habilitation du policier qui a réalisé le contrôle ;
Sur le bien-fondé du jugement :
- il a été relaxé des fins de poursuites par un jugement définitif rendu par le tribunal correctionnel de Mamoudzou ;
- la contribution spéciale litigieuse mise à sa charge a été infligée au terme d'une procédure mise en œuvre par les services de police dans des conditions irrégulières ;
- les décisions contestées sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais employé un travailleur étranger en situation irrégulière, que les deux personnes présentes sur le chantier de construction n'ont jamais été ses salariés mais ont seulement voulu lui rendre service ;
- les décisions en litige sont entachées d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu de lui accorder un délai de paiement.
Une pièce produite par la direction interrégionale des finances publiques de l'Essonne a été enregistrée le 15 septembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me de Froment, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Duplan, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Lors d'un contrôle effectué le 13 août 2018 sur le chantier de construction d'un immeuble appartenant à M. B, situé dans la commune de Pamandzi à Mayotte, les services de police ont constaté la présence en action de travail de deux ouvriers comoriens, MM. Hamza Mohamed Ibrahim et Ahmed Mohamed, en situation irrégulière et dépourvus d'autorisation de travailler. Par une décision du 19 juin 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de M. A B la somme de 37 500 euros, ramenée à 30 000 euros au titre de la contribution spéciale et forfaitaire prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi irrégulier de personnes en situation irrégulière sur le territoire français. Un titre de perception du même montant a été émis à l'encontre de M. B le 17 décembre 2019. M. B a demandé au tribunal administratif de Mayotte l'annulation de la décision du 1erseptembre 2020 portant rejet de son recours gracieux formé contre la décision du 19 juin 2019 précitée et la décharge ou à tout le moins la minoration de l'obligation de payer la somme de 30 000 euros, mise à sa charge pour l'emploi de deux ressortissants étrangers en situation irrégulière démunis d'autorisation de travail. Il relève appel du jugement par lequel le tribunal a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". L'article L. 8253-1 du même code dispose : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. () ".
3. D'une part, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.
4. D'autre part, en principe, l'autorité de la chose jugée au pénal ne s'impose à l'administration comme au juge administratif qu'en ce qui concerne les constatations de fait que les juges répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu définitif, tandis que la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les mêmes faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative. Il n'en va autrement que lorsque la légalité de la décision administrative est subordonnée à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent une infraction pénale, l'autorité de la chose jugée s'étendant alors exceptionnellement à la qualification juridique donnée aux faits par le juge pénal.
5. Pour infliger à M. B la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, l'OFII a fondé ses décisions du 19 juin 2019 et 1er septembre 2020 uniquement sur un procès-verbal établi par les services de police à l'encontre de M. B le 13 août 2018 constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail pour deux travailleurs étrangers. Ce procès-verbal du 13 août 2018 a été établi par un officier de police judiciaire, lequel a, le jour du contrôle, auditionné les deux ouvriers présents sur le chantier. Ainsi que le fait valoir le requérant, le tribunal de grande instance de Mamoudzou, statuant en matière correctionnelle a, par un jugement du 18 septembre 2019 devenu définitif, constaté la nullité de l'ensemble de la procédure dont l'audition de M. B et des deux ouvriers présents, motif pris de l'irrégularité du contrôle à défaut d'habilitation de l'officier de police judiciaire qui l'avait initié. Cette déclaration de nullité de l'entier contrôle faisait obstacle à ce que les faits incriminés, qui résultent du seul procès-verbal dressé dans ce cadre par ce fonctionnaire, puissent être regardés comme établis. Ainsi, M. B ne pouvait être assujetti, à raison de ces faits, au versement de la contribution spéciale établie par l'article L. 8253-1 du code du travail à hauteur de la somme de 30 000 euros. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la contribution infligée repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis du fait de l'annulation du procès-verbal et de ses actes subséquents doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Mayotte a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les décisions de l'OFII des 29 juin 2019 et 1er septembre 2019 doivent être annulées et M. B doit être déchargé de la somme de 30 000 euros mise à sa charge.
Sur les frais de l'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En l'absence de dépens, les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2001260 du 29 avril 2022 du tribunal administratif de Mayotte est annulé.
Article 2 : Les décisions prises par l'OFII les 29 juin 2019 et 1er septembre 2020 à l'encontre de M. B sont annulées.
Article 3 : M. B est déchargé de la somme de 30 000 euros mise à sa charge par la décision de l'OFII du 29 juin 2019.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration de l'intégration. Copie en sera transmise à la direction régionale des finances publiques de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Luc Derepas, président,
Mme Ghislaine Markarian, présidente de chambre,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Caroline C
Le président,
Luc Derepas
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026