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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX01969

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX01969

jeudi 23 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX01969
TypeOrdonnance
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A F et Mme E D épouse F ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 16 juillet 2021 par lesquels la préfète de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour.

Par un jugement n°s 2104863, 2104864 du 25 mai 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022 sous le n° 22BX01969, M. F, représenté par Me Rivaud, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 25 mai 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 de la préfète de la Gironde ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France avec son épouse depuis décembre 2012 après avoir fui le Kosovo en raison des agressions physiques et sexuelles qu'ils y ont subies, que l'état de santé de son épouse est encore très fragile, qu'elle a manifesté des troubles anxio-dépressifs compliquant un syndrome de stress post-traumatique en lien avec les traumatismes subis dans leur pays d'origine, que son état de santé se dégrade en raison de son impossibilité de travailler et de l'absence de régularité de leur situation qui engendre un état dépressif inquiétant, qu'il s'est beaucoup impliqué pour son intégration, qu'il a toujours essayé de travailler et bénéficie d'une nouvelle promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, que ses enfants sont nés en France où ils ont toujours vécu et y sont scolarisés depuis 2016 et 2020, qu'ils ont dû être hospitalisés le 9 juillet 2019 pendant presque un mois à la suite d'un accident domestique ayant entrainé de graves brûlures et qu'ils sont aujourd'hui encore suivis par le CHU de Bordeaux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions posées par ce dernier article, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et est inconnu des services de police, que l'ensemble de sa famille proche est en France puisqu'il y réside avec sa femme et ses enfants, qu'une partie de sa famille plus élargie y réside également, dont sa belle-sœur et trois neveux et nièces, qu'ils ont créé de nombreuses relations amicales et se sont investis dans des associations, qu'il sera très compliqué pour les enfants de reprendre une scolarité au Kosovo alors qu'ils ont besoin d'un soutien éducatif important et d'un suivi médical en raison de leurs brûlures, qu'il a pu travailler lorsqu'il disposait d'une autorisation de travail et est titulaire d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée, que compte tenu du risque de violence au Kosovo, du parcours scolaire des enfants et de l'ancienneté de résidence sur le territoire, la vie privée de sa famille se trouve en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés en France depuis plusieurs années, qu'ils y sont nés et y ont toujours vécu, qu'ils ont d'importantes difficultés de langage qui nécessitent deux séances hebdomadaires auprès d'un orthophoniste et ce pendant plusieurs années, et qu'ils ont également besoin d'un suivi régulier concernant leurs brûlures.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/011840 du 13 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

II- Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022 sous le n° 22BX01970, Mme E D épouse F, représentée par Me Rivaud, conclut, pour ce qui la concerne, aux mêmes fins que la requête n° 22BX01969, par les mêmes moyens.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/011839 du 13 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme C B en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. et Mme F, ressortissants kosovars, sont entrés en France selon leurs déclarations le 11 décembre 2012 munis d'un passeport revêtu d'un visa touristique d'une durée de 5 jours. A la suite du rejet de leurs demandes d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de la Gironde a refusé, par deux arrêtés du 9 février 2015, de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par deux nouveaux arrêtés du 22 février 2016, cette même autorité leur a de nouveau refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par deux jugements du 16 novembre 2016, confirmés par la cour administrative d'appel de Bordeaux par un arrêt du 20 avril 2017, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des arrêtés du 22 février 2016. Le 27 janvier 2021, M. et Mme F ont alors sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés en date du 16 juillet 2021, la préfète de la Gironde a refusé de leur délivrer les titres de séjour sollicités. M. et Mme F relèvent appel du jugement du 25 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 22BX01969 et 22BX01970 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, M. et Mme F reprennent en appel, dans des termes similaires, leurs moyens invoqués en première instance tirés de la méconnaissance, d'une part, des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Pour remettre en cause l'appréciation des premiers juges selon lesquels ils ne justifient pas d'une intégration particulière en France ni de l'intensité des liens privés et familiaux entretenus sur le territoire français, les requérants produisent de nombreuses attestations de connaissances ou d'amis ainsi qu'une nouvelle promesse d'embauche de M. F en date du 15 mars 2022. Toutefois, ces pièces sont insuffisantes pour démontrer qu'ils seraient particulièrement intégrés dans la société française ou auraient noué en France des liens d'une intensité suffisante y compris avec l'épouse du frère décédé de M. F et ses neveux et nièces y résidant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les requérants ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où vivent toujours au moins le père et le frère de M. F et où rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue. S'ils soutiennent que leurs enfants ne pourront y poursuivre une scolarité normale dès lors qu'ils ont besoin d'un soutien éducatif important et d'un suivi médical particulier en raison de brûlures causées par un accident domestique, ils n'établissent pas qu'ils ne trouveront pas au Kosovo une prise en charge éducative et médicale adaptée en se bornant à produire un certificat médical du 14 février 2022 dont il ressort que l'état de santé des enfants nécessite des soins continus pour brûlures au 2ème degré, une attestation de présence des enfants pour un suivi le 1er mars 2022 au CHU Pellegrin ainsi que deux certificats médicaux du 18 février 2022 établis par une orthophoniste indiquant recevoir les deux enfants à raison de deux séances hebdomadaires pour des troubles de langage. Par ailleurs, les requérants font état de leurs troubles dépressifs en se prévalant, pour M. F, d'un certificat médical en date du 14 février 2022 d'un médecin généraliste mentionnant qu'il présente un état dépressif réactionnel avec anxiété majeure dû à son statut de réfugié non définitif, et pour Mme F, d'un certificat médical établi le 25 mars 2022 par un médecin psychiatre qui indique suivre régulièrement Mme F depuis l'année 2019 pour un trouble anxio-dépressif. Il ne ressort toutefois d'aucune de ces pièces médicales ni d'aucune autre pièce du dossier que les troubles dont ils sont atteints ne pourraient être pris en charge au Kosovo. Dans ces conditions, et alors qu'aucun élément ne permet de considérer que leur admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels, les moyens tirés de la méconnaissance, d'une part, des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En second lieu, comme indiqué au point précédent, contrairement à ce que soutiennent les appelants, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants du couple ne pourraient bénéficier d'un traitement adapté à leurs troubles dans leur pays d'origine. Ainsi, et dès lors que les décisions litigieuses n'ont pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme F sont rejetées.

Article 2: La présente ordonnance sera notifiée à M. A F et à Mme E D épouse F.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 23 février 2023.

Karine B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°s 22BX01969, 22BX01970

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