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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02018

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02018

mardi 20 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02018
TypeDécision
Recoursexécution décision justice adm
Formation3ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a implicitement refusé de prendre en compte ses 83 jours de compte épargne-temps (CET) pour le calcul de sa retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros en réparation des préjudices que cette décision lui a causés.

Par une ordonnance n° 1900837 du 22 mars 2019, le président de la première chambre du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande en application des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par un arrêt n° 19BX01658 du 15 décembre 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé cette ordonnance et la décision implicite de rejet opposée à la demande de M. A du 12 octobre 2018, a enjoint au ministre de l'agriculture et de l'alimentation de verser à M. A le rappel de cotisations RAFP correspondant aux 83 jours de CET pour lesquels le versement à ce régime avait été sollicité et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par un courrier du 3 mai 2022, M. A a demandé l'exécution de l'arrêt n° 19BX01658 du 15 décembre 2021 de la cour.

Par une ordonnance n° 22BX02018 du 30 août 2022, le président de la cour a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par des mémoires enregistrés les 5 septembre 2022 et 14 avril 2023, M. A, représenté par Me Laplagne, demande à la cour :

1°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire de lui verser le rappel de cotisations RAFP correspondant aux 83 jours de CET pour lesquels le versement à ce régime a été sollicité, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le ministre a omis de préciser à l'établissement gestionnaire de la RAFP que le versement correspondait à une régularisation portant sur une période antérieure à la liquidation de sa retraite ; ce versement n'a en conséquence généré aucun point et, par conséquent, aucun rappel de retraite ni aucun rehaussement de sa pension de retraite ;

- en exécution de l'arrêt, il a uniquement perçu une somme de 1 507,97 euros correspondant aux frais d'instance mis à la charge de l'Etat ;

- il ne sollicite pas que lui soit notifié un décompte du montant de sa retraite additionnelle mais demande que les cotisations litigieuses soient transformées en points.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'arrêt n° 19BX01658 du 15 décembre 2021 de la cour a été entièrement exécuté, le rappel de cotisations ayant été réalisé en juillet 2020.

Par ordonnance du 17 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 ;

- le décret n° 2009-1065 du 28 août 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D C ;

- les conclusions de Mme Isabelle Le Bris, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Margerin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ingénieur de l'agriculture et de l'environnement affecté à la direction régionale de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) Nouvelle-Aquitaine, a été admis à la retraite le 1er août 2017. Il a sollicité le 1er juillet 2018, puis par un recours hiérarchique du 12 octobre 2018, que soient versés au régime additionnel de la fonction publique (RAFP) 83 jours de compte épargne-temps (CET) relatifs à la période pendant laquelle il était agent de catégorie B. Par une ordonnance du 22 mars 2019, le président de la première chambre du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation du refus implicitement opposé à cette demande. Par un arrêt n° 19BX01658 du 15 décembre 2021, la cour a annulé cette ordonnance et la décision implicite de rejet opposée à la demande de M. A, a enjoint au ministre de l'agriculture et de l'alimentation de verser à M. A le rappel de cotisations RAFP correspondant aux 83 jours de CET pour lesquels le versement à ce régime avait été sollicité et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. A a saisi la cour d'une demande d'exécution de cet arrêt. M. A ayant contesté le classement administratif de cette demande d'exécution, une procédure juridictionnelle a été ouverte par une ordonnance du président de la cour du 30 août 2022.

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Aux termes de l'article R. 921-5 du même code : " Le président de la cour administrative d'appel ou du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. Lorsque le président estime qu'il a été procédé à l'exécution ou que la demande n'est pas fondée, il en informe le demandeur et procède au classement administratif de la demande ". Et aux termes de l'article R. 921-6 de ce code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge de l'exécution de prescrire les mesures qu'implique nécessairement la décision dont l'exécution lui est demandée par la partie intéressée, alors même que ces mesures ne figuraient pas expressément dans la demande présentée au président de la juridiction ou dans les mémoires produits après l'ouverture de la procédure juridictionnelle. Il n'en va autrement que lorsque la partie qui a saisi la juridiction d'une demande d'exécution a indiqué, sans équivoque, qu'elle renonçait au bénéfice d'une partie de ces mesures.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le ministre chargé de l'agriculture a procédé, dès le mois de juillet 2020, au versement au RAFP des cotisations " salariale " et " employeur " d'un montant total de 13 516,18 euros, correspondant aux 83 jours de CET épargnés par M. A pendant la période pendant laquelle il était agent de catégorie B, d'autre part, a versé à l'intéressé une somme de 1 507, 97 euros correspondant aux frais d'instance mis à la charge de l'Etat par l'arrêt de la cour du 15 décembre 2021. Les mesures prescrites par cet arrêt ont ainsi été entièrement exécutées.

4. En second lieu, M. A fait valoir que la régularisation de ses cotisations au RAFP ne s'est pas traduite par une conversion en points de retraite, de sorte qu'elle est demeurée sans incidence sur sa pension de retraite. Il ressort effectivement du bulletin de situation de compte récapitulatif du RAFP de M. A que les régularisations de cotisations effectuées postérieurement au 1er août 2017, date de liquidation de sa pension de retraite, n'ont généré aucun point de retraite. Toutefois, cette situation résulte non pas d'un défaut d'exécution de l'arrêté de la cour du 15 décembre 2021 mais d'une erreur commise par l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique, seul chargé de la gestion du RAFP, et soulève ainsi un litige dont il n'appartient pas au juge de l'exécution de connaître.

5. Il résulte de ce qui précède que la demande d'exécution de M. A ne peut être accueillie.

6. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présence instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée à l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Laurent Pouget, président,

Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,

M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

D C

Le président,

Laurent Pouget La greffière,

Virginie Santana

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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