jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX02420 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET ALI - MAGAMOOTOO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de La Réunion d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois, et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2101647 du 10 mai 2022, le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, Mme A, représentée par Me Ali, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de La Réunion du 10 mai 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 du préfet de La Réunion ;
3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'une insuffisance de motivation, ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnaît son droit à être entendue garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de la présence sur le territoire français de ses deux sœurs, de sa mère enceinte d'un enfant français et de sa grand-tante maternelle de nationalité française ainsi que de la tombe de son jeune frère décédé pour lequel elle est entrée à La Réunion alors qu'il était atteint d'un cancer en phase terminale ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de délivrer un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2022/008930 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 30 juin 2022.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les états membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A, ressortissante comorienne née le 22 mai 2002, est entrée en France le 25 novembre 2020. Elle y a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour qui a été renouvelée. Elle a par la suite sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 septembre 2021, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 10 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, Mme A reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision litigieuse emporte sur sa situation personnelle et familiale. Pour soutenir que ses intérêts privés et familiaux se trouvent à La Réunion, l'intéressée, qui s'était notamment prévalue de la présence en France de ses deux sœurs, de sa grand-tante maternelle de nationalité française et de sa mère enceinte d'un enfant français, produit nouvellement en appel la carte d'identité et le passeport de l'enfant né le 4 octobre 2021 ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour délivré à sa mère le 10 juin 2022. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du tribunal qui a relevé que l'intéressée est célibataire et sans enfant sur le territoire français où elle est seulement entrée le 25 novembre 2020, soit moins d'un an avant l'édiction de l'arrêté attaqué, après avoir passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
4. En second lieu, l'intéressée reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance. Elle n'apporte ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1erer : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Une copie sera adressée pour information au préfet de La Réunion.
Fait à Bordeaux, le 6 avril 2023.
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.