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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX02701

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX02701

mercredi 19 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX02701
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2201375 du 20 septembre 2022, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, Mme A, représentée par Me Rabesandratana, demande à la cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 20 septembre 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 28 mars 2022 ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le tribunal a entaché son jugement d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation en estimant qu'elle ne justifiait pas avoir noué sur le territoire national des liens personnels avec d'autres personnes que son mari et son fils alors qu'elle a démontré être totalement insérée dans la société française ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'elle a eu l'occasion d'exercer une activité professionnelle en France, que l'intégralité de sa famille y réside et que, depuis son arrivée, elle a activement œuvré à son insertion sociale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation dès lors que l'intégralité de sa famille, son époux et leur fils unique résident en France, qu'elle est parfaitement intégrée et qu'elle ne dispose plus d'aucune attache en Géorgie ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par une décision n° 2022/014677 du 24 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante géorgienne née le 17 décembre 1972, est entrée régulièrement en France le 6 avril 2019. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 28 juin 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dont la décision a été confirmée le 24 octobre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 16 janvier 2020, elle a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement du 16 mars 2020 du magistrat désigné du tribunal administratif de Poitiers au motif qu'à la date de cet arrêté, le mari de Mme A bénéficiait d'un droit au séjour en tant qu'étranger malade. A la suite de ce jugement, le préfet de la Charente-Maritime a délivré à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 12 octobre 2020 au 11 octobre 2021. Le 10 août 2021, Mme A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Dans l'attente de l'examen de la situation administrative de son mari, qui avait demandé le renouvellement de son titre de séjour en tant qu'étranger malade, l'administration a délivré à Mme A une attestation de demande de renouvellement de son titre de séjour. Par une lettre du 22 février 2022, Mme A a fait savoir à l'administration qu'elle avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée. Par un arrêté du 28 mars 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler le titre de séjour demandé par Mme A en qualité d'accompagnant d'un étranger malade, lui a également refusé un titre de séjour en tant que salariée et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme A relève appel du jugement du 20 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision n° 2022/014677 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux du 24 novembre 2022. Par suite, ses conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, Mme A reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation en faisant valoir que, contrairement à ce qu'ont estimé les premiers juges, elle justifie avoir noué sur le territoire national des liens personnels avec d'autres personnes que son mari et son fils et être insérée de manière durable dans la société française. A cet égard, elle fait état de ce que l'intégralité de sa famille proche vit en France, de ce qu'elle a suivi des formations linguistiques démontrant sa volonté déterminée d'intégration et de ce qu'elle exerce un métier de service à la personne, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, qui lui a permis de nouer des liens de confiance très particuliers avec les personnes dont elle s'occupe. Toutefois, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont notamment relevé que son mari et son fils ont tous deux fait l'objet de mesures d'éloignement et qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-sept ans. Dès lors, le préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

5. D'autre part, Mme A, en reprenant dans des termes similaires les moyens visés ci-dessus sans critique utile du jugement, n'apporte en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui y ont pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Poitiers.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Bordeaux, le 19 avril 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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