jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX00295 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SAINT-MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A E et Mme B D ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler les arrêtés du 12 octobre 2022 par lesquels la préfète de la Gironde a décidé de les transférer aux autorités espagnoles en vue de l'examen de leurs demandes d'asile.
Par des jugements nos 2205718 et 2205719 du 14 novembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
I- Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023 sous le n° 23BX00295, M. E, représenté par Me Saint-Martin, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux du 14 novembre 2022 le concernant ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 de la préfète de la Gironde le concernant ;
4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile destiné à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a été méconnu et le premier juge a inversé la charge de la preuve en exigeant qu'il démontre l'absence de nécessité de recourir à un interprète par téléphone alors que cette justification incombe à l'administration ;
- l'article 17 de ce même règlement a été méconnu et, contrairement à ce qu'a indiqué le premier juge, il revenait au préfet de s'assurer que les soins requis par son état de santé étaient disponibles dans le pays membre requis pour l'examen de sa demande d'asile ;
- la cheffe du pôle régional C ne disposait pas d'une délégation régulière du préfet pour signer l'arrêté en litige ;
- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé au regard de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de mention des éléments de sa situation personnelle, ce qui révèle un défaut d'examen circonstancié de celle-ci ;
- la préfète ne démontre pas que l'attestation et les informations complètes énoncées à l'article 4 du règlement dit C, notamment les brochures établies par la Commission européenne, lui auraient été remises ;
- l'entretien prévu à l'article 5 du règlement dit C n'a pas été mené dans des conditions garantissant la confidentialité et par une personne qualifiée en vertu du droit national ; la préfète a méconnu l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne démontrant pas la nécessité de recourir à l'assistance d'un interprète par téléphone ;
- la production des échanges entre la préfecture et l'autorité centrale " C " du ministère de l'intérieur ne saurait suffire à justifier que les autorités espagnoles ont bien été saisies par les autorités françaises dans les conditions requises par les articles 20 et 21 du règlement dit C ;
- la décision de transfert a méconnu l'article 6 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 dès lors que l'administration ne justifie pas que les autorités espagnoles auraient donné une réponse positive à la demande de prise en charge, ni que cette réponse comportait les indications utiles pour l'organisation ultérieure du transfert, notamment les coordonnées du service ou de la personne à contacter ;
- l'examen actualisé de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité, exigé à l'article L.571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas été réalisé, en ce qui concerne notamment les risques liés au transfert sur le plan psychique, et alors en outre qu'aucune question ne lui a été posée sur son état de santé actuel ou passé ou sur les éventuels sévices qu'il aurait pu subir lors de son parcours migratoire ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la préfète n'a pas fait application de la clause discrétionnaire, et alors qu'il encourt des risques de persécutions dans son pays d'origine et compte tenu de son état de santé ;
- cet arrêté a méconnu l'article 13 du même règlement dès lors que le transfert est intervenu plus de douze mois après qu'il a franchi le 11 août 2021 la frontière de l'espace Schengen en Espagne ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégés par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
II- Par une requête enregistrée le 31 janvier 2022 sous le n° 23BX0296, Mme D, représentée par Me Saint-Martin, conclut, pour ce qui la concerne, aux mêmes fins que la requête n° 23BX00295 par les mêmes moyens.
Par un mémoire enregistré le 16 mai 2023, la préfète de la Gironde indique que les arrêtés en litige ont été exécutés, le transfert aux autorités espagnoles ayant été effectué le 1er février 2023.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par deux décisions n° 2022/017906 et n° 2022/017904 en date du 26 janvier 2023, a admis M. E et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
' la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
' la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
' le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. E et son épouse Mme D, ressortissants algériens nés respectivement en 1984 et 1983, sont entrés en France en juillet 2022 et ont présenté une demande d'asile le 10 août 2022. Lors de la consultation de la base de données Eurodac, l'administration a constaté que les empreintes digitales des intéressés avaient déjà été relevées par les autorités espagnoles le 11 août 2021 à l'occasion de leur entrée dans ce pays. Après avoir saisi, le 12 septembre 2022, les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge des demandes d'asile des intéressés et obtenu l'accord explicite de ces autorités le 29 septembre 2022, la préfète de la Gironde, par deux arrêtés du 12 octobre 2022, a prononcé le transfert de M. E et de Mme D aux autorités espagnoles en vue de l'examen de leurs demandes d'asile. Ils relèvent tous deux appel des jugements du 14 novembre 2022 par lesquels le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 23BX00295 et 23BX00296 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Par suite, il y a lieu de joindre ces deux requêtes pour statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
4. M. E et Mme D ayant obtenu, le 26 janvier 2023, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leurs conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, ont perdu leur objet. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les autres conclusions :
5. En premier lieu, M. E et Mme D réitèrent en appel le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en persistant à soutenir que les services des interprètes ont été fournis par téléphone sans que le préfet en démontre la nécessité conformément aux dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi que l'a relevé le premier juge, il ressort des pièces du dossier que les entretiens individuels prévus dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure " C " ont été menés en arabe, langue que les intéressés ont déclaré comprendre, par le biais d'un interprète de la société ISM Interprétariat, organisme agréé par l'administration, joint par téléphone. Il ne ressort d'aucune des pièces des dossiers que l'absence, sur place, de l'interprète aurait privé les intéressés d'une garantie ou que ces derniers n'auraient pas compris les informations qui leur ont été communiquées à cette occasion. Au contraire, il ressort de ces mêmes pièces que le couple a reconnu à la fin de ces entretiens, dont il a signé les comptes-rendus sans émettre de réserve, avoir compris les informations communiquées en langue arabe concernant le déroulement de la procédure " C ". Dans ces conditions, et alors même que le préfet n'aurait pas justifié de la nécessité de recourir à un interprète par téléphone, le moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus par le premier juge, qui n'a pas inversé la charge de la preuve, et par ceux qui viennent d'être exposés.
6. En deuxième lieu, M. E et Mme D reprennent en appel, dans des termes similaires, le moyen invoqué en première instance tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en faisant valoir qu'il appartenait au préfet de vérifier auprès de l'État membre responsable de l'examen de leurs demandes d'asiles que les soins indispensables à leur état de santé seraient disponibles à leur arrivée dans ce pays. Toutefois, pas plus en appel qu'en première instance, les intéressés n'apportent d'éléments attestant que leur état de santé mental ou physique nécessiterait des soins ou que leur transfert pourrait à cet égard comporter un risque. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus par le premier juge qui n'a pas inversé la charge de la preuve.
7. En troisième et dernier lieu, M. E et Mme D se bornent à reprendre, dans des termes identiques et sans critique utile des jugements ni pièce nouvelle, les moyens invoqués en première instance visés ci-dessus auxquels le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu. Ils n'apportent ainsi aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation du magistrat désigné du tribunal. Par suite, il y a lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens par adoption des motifs retenus par le premier juge.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E et Mme D tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de M. E et Mme D sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E et Mme B D.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 29 juin 2023
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°s 23BX00295, 23BX00296
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026