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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00609

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00609

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00609
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2205371 du 8 décembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023, M. A, représenté par Me Meaude, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux du 8 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 de la préfète de la Gironde ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'absence de visa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile révèle une insuffisance de motivation en droit au regard de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'attestation de demandeur d'asile qui lui a été délivrée le 16 juin 2022 dans l'attente du réexamen de sa situation par la Cour nationale du droit d'asile a nécessairement abrogé l'obligation de quitter le territoire français du 23 décembre 2021 dont il a fait l'objet et sur laquelle se fonde l'interdiction de retour en litige, contrairement à ce qu'a estimé le premier juge ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu notamment des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement politique pour la cause kurde.

Par une décision n° 2023/001007 en date du 21 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R.222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant turc né en 1981, est entré en France en janvier 2020 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 3 décembre 2021. Par un arrêté du 23 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé son admission au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours. Le réexamen de sa demande d'asile a fait l'objet, le 29 juillet 2022, d'un rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour irrecevabilité. Par un arrêté du 19 septembre 2022, la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 8 décembre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, la préfète de la Gironde a visé, dans l'arrêté contesté, " notamment " les articles L. 612-10 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a indiqué que M. A a fait l'objet le 23 décembre 2021 d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire après l'expiration de ce délai et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Ainsi, et comme l'a indiqué à juste titre le premier juge, l'arrêté contesté comporte les fondements juridiques permettant à l'intéressé de comprendre les motifs pour lesquels il a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à viser l'article L. 612-6 du code précité dès lors qu'il a accordé un délai de départ volontaire, M. A n'est pas fondé à soutenir que la motivation en droit de l'arrêté en litige serait insuffisante. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, M. A ne saurait utilement invoquer, pour contester l'interdiction de retour en litige, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en produisant à leur soutien des pièces énonçant selon lui les risques qu'il encourrait en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité.

5. En troisième et dernier lieu, M. A reprend les autres moyens visés ci-dessus déjà invoqués en première instance dans des termes similaires, sans pièce nouvelle ni critique utile du jugement. Il n'apporte ainsi aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui a suffisamment et pertinemment répondu à ces moyens, lesquels peuvent, par suite, être écartés par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions de

M. A tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 13 juillet 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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