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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX00916

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX00916

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX00916
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédures contentieuses antérieures :

M. C B et son épouse Mme A B ont demandé au tribunal administratif de Poitiers d'annuler les arrêtés des 25 juillet 2022 par lesquels la préfète de la Charente a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par deux jugements nos 2202532 et 2202533 du 2 mars 2023, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour administrative d'appel :

I- Par une requête enregistrée le 31 mars 2023 sous le n° 23BX00916, M. B, représenté par Me Coustenoble, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 2 mars 2023 le concernant ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 de la préfète de la Charente le concernant ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 300 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cet arrêté méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/005711 du 11 mai 2023, a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II- Par une requête enregistrée le 12 juin 2023 sous le n° 23BX00917, Mme A B, représentée par Me Coustenoble, conclut, s'agissant du jugement et de l'arrêté la concernant, aux mêmes fins que la requête n° 23BX00916 par les mêmes moyens.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/005713 du 11 mai 2023, a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".

2. M. B et son épouse Mme A B, ressortissants tunisiens nés respectivement en 1978 et 1984, sont entrés en France le 14 août 2016 sous couvert d'un visa C de court séjour de 90 jours délivré par les autorités consulaires françaises à Tunis le 2 août 2016. Ils ont tous deux sollicité le 7 septembre 2020 un titre de séjour auprès de la préfète de la Charente. Par deux arrêtés du 25 juillet 2022, la préfète de la Charente a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ils relèvent appel des jugements du 2 mars 2023 par lesquels le tribunal administratif de Poitiers a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 23BX00916 et 23BX00917 concernent les membres d'une même famille et amènent à juger des mêmes questions. Il y a lieu, par suite, de joindre ces deux requêtes afin qu'il soit statué par une seule ordonnance.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

4. Par des décisions des 11 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale aux requérants. Leurs conclusions tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les autres conclusions :

5. En premier lieu, les requérants reprennent, dans des termes comparables et sans critique utile des jugements, leurs moyens de première instance tirés de ce que les arrêtés attaqués seraient insuffisamment motivés et de ce que la préfète de la Charente, laquelle n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle de M. et Mme B, n'aurait pas procédé à un examen particulier de leur situation personnelle. Il y a donc lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinents retenus à bon droit par les premiers juges.

6. En deuxième lieu, M. et Mme B réitèrent en appel leurs moyens invoqués en première instance tirés de ce que les arrêtés litigieux portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leurs situations personnelles. Ils font valoir nouvellement en appel que leur présence sur le sol français est respectueuse des lois régissant la République, qu'ils participent à diverses activités associatives et que M. B bénéficie d'une promesse d'embauche de la société SK Bandes et Joints. À l'appui de ces moyens, ils produisent en appel la demande d'autorisation de travail remplie par cette société pour conclure un contrat de travail avec M. B, cependant suivie d'un avis défavorable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de Nouvelle Aquitaine, et deux attestations de fonctions bénévoles établies le 19 janvier 2021 par " le collectif de solidarité de ma campagne ". Si ces pièces peuvent être regardées comme démontrant des efforts d'intégration, elles ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont relevé à juste titre que les intéressés n'établissaient pas disposer de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, anciens et stables en France où ils ont déclaré avoir été contraints de demeurer après l'expiration de la durée de validité de leur visa de court séjour et que rien ne faisait obstacle à ce que le couple, dont les membres font l'objet d'un même refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement, retournent avec leur fille en Tunisie où ils ne démontrent pas qu'elle ne pourrait être scolarisée ni qu'ils y seraient dépourvus de toute attache, ni que l'état de santé de Mme B ou celui de sa fille nécessiterait un suivi médical particulier lequel ne pourrait le cas échéant être effectué dans leur pays d'origine. Il y a lieu, par suite, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges et par ceux qui viennent d'être exposés.

7. En troisième lieu, les requérants se bornent à reprendre, dans des termes similaires, sans élément nouveau ni nouvelle pièce ni critique utile des jugements, leur moyen déjà invoqué en première instance tiré de ce que les arrêtés litigieux méconnaissent l'intérêt supérieur de leur enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ils n'apportent ainsi en cause d'appel aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation des premiers juges qui ont écarté ce moyen par des motifs suffisants et pertinents qu'il convient d'adopter.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme B tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à Mme A B.

Une copie sera adressée pour information à la préfète de la Charente.

Fait à Bordeaux, le 14 septembre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 23BX00916, 23BX00917

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