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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01118

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01118

mardi 24 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01118
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre (formation à 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A B a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a désigné un pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2101655 du 22 février 2023, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2023, M. A B, représenté par Me Dumaz Zamora, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2101655 du 22 février 2023 du tribunal administratif de Pau ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a désigné un pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, à titre principal, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai, et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt, et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'arrêt et, dans l'attente, de le munir d'un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ou d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que le jugement est entaché d'une omission à statuer ; le tribunal ne s'est pas prononcé sur les conséquences manifestement disproportionnées de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ; elle ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les droits de la défense et son droit à un procès équitable ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'interdiction de retourner sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter sans délai le territoire français ;

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les droits de la défense et son droit à un procès équitable.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 18 septembre 2023 à 12h00.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bénédicte Martin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 16 juillet 1992, serait entré en France selon ses dires en février 2016. A la suite du pacte civil de solidarité conclu le 27 novembre 2018 avec une ressortissante française, Mme C, il a sollicité le 2 mai 2019 un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 22 juin 2021, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A B relève appel du jugement du 22 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

2. Dans son jugement, le tribunal a répondu, aux points 4, 5, 9, 14 et 21 au moyen tiré des conséquences manifestement disproportionnées des différentes décisions attaquées sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le jugement, qui est suffisamment motivé, n'est pas entaché d'omission à statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision en litige précise les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et notamment les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A B, contrairement à ce qu'il soutient. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision contestée que le préfet n'aurait pas procédé, compte tenu des éléments dont il avait connaissance, à un examen particulier de la situation de M. A B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision contestée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. A B fait valoir qu'il est entré en France en 2016, soit depuis plus de cinq ans à la date de la décision contestée, toutefois, la seule durée de sa présence en France, à la supposer démontrée, n'est pas suffisante pour attester de la reconstitution de sa vie privée et familiale en France. L'appelant invoque son droit au respect de la vie privée et familiale en faisant valoir qu'il s'est pacsé le 27 novembre 2018 avec Mme C, de nationalité française, et qu'il participe à l'éducation de la fille de cette dernière. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la communauté de vie était récente, d'autant que le requérant a été écroué au centre pénitentiaire de Mont de Marsan du 29 novembre 2018 au 13 mars 2019. Les éléments qu'il produit, notamment des factures d'énergie, d'achats divers ou d'entretien du véhicule, une déclaration de revenus, des courriers relatifs aux aides sociales, des photographies et des attestations de sa compagne et de proches, ne permettent pas d'établir une communauté de vie antérieure au 13 mars 2019. En outre, M. A B n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 23 ans et où résident ses deux enfants mineurs et sa fratrie. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de son union, et alors même que le requérant soutient vouloir s'intégrer dans la société française, le refus de séjour contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Par suite, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de M. A B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. /Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

8. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 611-1 1°, 3° et 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle est fondée et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle relève que l'intéressé est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France et qu'il se voit refuser la délivrance d'un titre séjour. Elle précise que l'intéressé est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de vol avec arme et violence avec usage ou menace d'arme commis le 29 novembre 2018 pour lesquels il a été placé en détention provisoire à compter du 30 novembre 2018, puis sous contrôle judiciaire à compter du 13 mars 2019, de conduite sans permis et sans assurance le 17 juillet 2019 et d'offre ou de cession et détention non autorisée de stupéfiants le 10 octobre 2019, ayant donné lieu à des amendes. Elle ajoute qu'il s'est prévalu pendant son incarcération d'une carte de résident espagnol, qui s'est révélée fausse. Par suite, la décision comporte des considérations de droit et de fait suffisantes. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté. Le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas davantage entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A B.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été précédemment exposé, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées a porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige.

11. En quatrième lieu, la mesure d'éloignement contestée ne fait pas obstacle à ce que M. A B puisse assurer sa défense dans le cadre de la procédure pénale engagée à son encontre pour les faits de vol avec arme et violence avec usage ou menace d'arme et d'agression. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté. La circonstance que l'intéressé fasse l'objet, dans le cadre de la procédure pénale en cours, d'une mesure de contrôle judiciaire l'obligeant à rester sur le territoire national et à se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Tarbes est sans influence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elle fait seulement obligation à l'autorité préfectorale de s'abstenir de mettre à exécution cette mesure d'éloignement jusqu'à la levée de cette mesure de contrôle par le juge judiciaire, laquelle est d'ailleurs intervenue le 23 novembre 2022.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () /7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En premier lieu, la décision de refus de délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le comportement de M. A B représente une menace pour l'ordre public et qu'il a déclaré vouloir rester sur le territoire français. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté du 22 juin 2021 que le préfet des Hautes-Pyrénées a procédé à une appréciation globale de la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, ainsi qu'il été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen invoqué par la voie de l'exception de son illégalité ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier d'une part, que le requérant s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, il a été condamné les 2 mars et 15 septembre 2020 au paiement d'amendes par le tribunal judiciaire de Tarbes pour d'une part, la conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance et d'autre part, la détention, l'offre ou la cession non autorisée de stupéfiants et il est mis en cause dans une affaire de vol avec arme et violence, à l'origine de son incarcération du 29 novembre 2018 au 13 mars 2019, suivi d'une mise en liberté sous contrôle judiciaire. Il ressort enfin des pièces du dossier que saisi par le requérant d'une demande de réadmission en Espagne, le centre de coopération et douanière de Canfranc a contacté le 3 mai 2021 les autorités espagnoles, qui ont répondu ne pas connaître l'intéressé, lequel avait produit, à l'appui de sa requête, une fausse carte de séjour espagnole. M. A B entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hautes-Pyrénées pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour prononcer à l'encontre de M. A B une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Hautes-Pyrénées a pris en compte les circonstances que l'intéressé peut reconstruire sa vie privée et familiale au Cameroun et qu'il représente une menace pour l'ordre public, compte tenu des faits pour lesquels il est défavorablement connu et des condamnations pénales dont il a fait l'objet pour différents délits commis au cours de l'année 2019. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

19. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision en litige prise sur son fondement serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.() ".

21. M. A B fait valoir la durée de sa présence en France et la communauté de vie avec une ressortissante française. Toutefois, alors qu'il est entré irrégulièrement en France, il n'établit l'ancienneté ni de sa présence en France, ni de sa relation affective. A la date de la décision attaquée, il ne justifie pas de son insertion sociale et professionnelle en France. Il ne ressort pas en outre des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et où résident ses deux enfants mineurs et sa fratrie. Par suite, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, eu égard à ce qui a été dit au point 15 et notamment aux faits graves pour lesquels il a été placé en détention provisoire, en prenant une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. En quatrième lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle que rappelée au point 6 et dès lors, ainsi qu'il a été exposé au point 15, que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France en interdisant au requérant de revenir sur le territoire pendant une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

23. En cinquième lieu, M. A B se prévaut de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la décision lui interdisant le retour sur le territoire l'empêcherait d'assurer personnellement sa défense devant le tribunal judiciaire de Pau, pour l'affaire pénale pour laquelle il est mis en examen. Alors même que la mesure de police en litige fera effectivement obstacle à la délivrance d'un visa temporaire qu'il pourrait obtenir pour pouvoir se rendre à la convocation des autorités judiciaires, le requérant dispose toutefois de la possibilité de se faire représenter par son conseil pour l'ensemble de cette procédure. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans méconnaîtrait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent arrêt de rejet n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A B ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au profit de l'avocat de M. A B, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Evelyne Balzamo, présidente,

Mme Bénédicte Martin, présidente-assesseure,

M. Michaël Kauffmann, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

Bénédicte MartinLa présidente,

Evelyne BalzamoLe greffier,

Christophe Pelletier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

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