vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX01120 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde du 24 février 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Par un jugement n° 2202623 du 6 avril 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2023, M. A, représenté par Me Jouteau, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 6 avril 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté préfectoral du 24 février 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros hors taxe au titre des frais d'instance.
Il soutient que :
- il est autonome et vit avec un titre de séjour européen depuis près de 20 ans ; il a cru, de même que son employeur, pouvoir travailler régulièrement sous couvert de ce titre ; il justifie d'une activité professionnelle continue de près de 6 ans en France ; c'est incidemment que son employeur a appris que sa situation n'était pas régulière et a entrepris une démarche de régularisation en 2019 ; si la demande n'a pas abouti c'est en raison d'une carence de l'administration, qui n'a jamais demandé de documents pour compléter le dossier contrairement à ce qu'elle allègue ;
- contrairement à ce qu'a estimé le tribunal les erreurs de fait entachant l'arrêté sont de nature à avoir eu une incidence sur la décision ; en particulier il justifiait bien d'une ancienneté de séjour de plus de cinq ans à la date de la décision attaquée ; et il ne justifiait pas d'une autorisation de travail préalable à son activité professionnelle ;
- le premier juge a commis une erreur de droit quant aux conditions de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairé par la circulaire d'application de 2012 ; il remplissait la condition d'ancienneté de séjour et de détention d'un contrat de travail ou de promesse d'embauche ;
- la demande d'autorisation de travail formulée par l'employeur devait être devait être examinée avec souplesse au vu des 2° et 6° de l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- selon la directive européenne du 25 novembre 2003, le résident de longue durée dans l'Union européenne devrait bénéficier dans un Etat membre du même traitement que celui dont il bénéficie dans l'Etat membre dans lequel il a acquis le statut ;
- la décision est donc entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient, par renvoi à son mémoire de première instance, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la
France et le Sénégal, signé à Dakar le 23 septembre 2006 ;
- la directive européenne n° 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais, est entré régulièrement en France en avril 2017 muni d'une carte de résident " longue durée-UE " lui permettant un séjour de 90 jours. Le 15 novembre 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Cependant, à la suite du rejet, par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), de la demande d'autorisation de travail présentée à son bénéfice par son employeur, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour par une décision du 5 novembre 2020. Celle-ci ayant été annulée par un jugement du 4 janvier 2022 du tribunal administratif de Bordeaux pour un vice de légalité externe, la préfète a statué de nouveau, sur injonction du tribunal, sur la situation de M. A et elle a une nouvelle fois rejeté sa demande de titre de séjour par un arrêté du 24 février 2022. M. A relève appel du jugement du 6 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Ces stipulations renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de cet article L. 435-1. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité figurant dans la liste annexée à l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et recensés comme tels dans l'arrêté du 18 janvier 2008, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. L'article L. 435-1 ne fait, en tout état de cause, pas obstacle à l'exercice, par l'autorité administrative, du pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il justifierait.
4. M. A fait valoir qu'il a travaillé comme plongeur pour la SAS Le Carreau entre le 11 octobre 2017 et le 28 février 2019, puis pour la Sarl Food For Soul à compter du 9 avril 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet, et qu'il justifiait ainsi de plus de cinq années d'activité professionnelle en France à la date de la décision en litige. Cependant, ces seules circonstances ne sauraient être regardées, eu égard notamment aux conditions de son séjour, comme constitutives d'un motif exceptionnel ouvrant droit à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", alors en particulier que l'existence de difficultés de recrutement pour le métier concerné n'est ni établie ni alléguée et que ses employeurs n'ont pas mené à terme les démarches visant à régulariser sa situation. En outre, le requérant qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin M. A, titulaire d'un titre de séjour de résident " longue durée-UE " d'une durée illimitée délivrée par les autorités italiennes, ne peut davantage et en tout état de cause invoquer une violation par l'arrêté litigieux de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 susvisée, alors qu'il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et non la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile transposant les articles 14 et 15 de cette directive. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision en litige des stipulations précitées de l'accord franco-sénégalais, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde du 24 février 2022. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter également ses conclusions relatives aux frais de l'instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Manuel Bourgeois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 décembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Marie-Pierre Beuve Dupuy
Le président rapporteur,
Laurent B
Le greffier,
Anthony Fernandez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°23BX01120
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026