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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01798

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01798

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01798
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantSOLTNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. G H a demandé au tribunal administratif de Limoges de condamner la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse à lui verser la somme de 40 000 euros avec intérêts à compter du 4 mai 2016 ainsi que la somme de 20 000 euros, avec intérêts à compter du 2 août 2016.

Par un jugement n°s 1601132, 1601561 du 23 octobre 2018, le tribunal administratif de Limoges a condamné la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse à verser à M. H la somme de 3 000 euros, avec intérêts à compter du 9 mai 2016, et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la Cour avant cassation :

Par un arrêt n° 18BX04545 du 14 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel de M. H et l'appel incident de la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse dirigés contre ce jugement.

Par une décision n°453834 en date du 30 juin 2023, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé cet arrêt et renvoyé l'affaire devant la Cour, où elle a été enregistrée sous le n°23BX01798.

Procédure devant la Cour après cassation :

Par un mémoire, enregistré le 1er septembre 2023, M. H, représenté par la SELARL Soltner-Martin, agissant par Me Soltner, demande à la Cour :

1°) de condamner la communauté de communes du pays d'Argenton-sur-Creuse à lui verser la somme globale de 38 870 euros en réparation des préjudices causés par l'accident de service dont il a été victime le 17 décembre 2015 ;

2°) de condamner la communauté de communes du pays d'Argenton-sur-Creuse à lui verser une allocation temporaire d'invalidité d'un montant mensuel de 172,20 euros ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du pays d'Argenton-sur-Creuse une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses souffrances physiques, évaluées par l'expert à 3,5 sur une échelle de 1 à 7, doivent être indemnisées à hauteur de 7 000 euros ;

- ses souffrances morales doivent donner lieu à l'attribution d'une somme qui ne saurait être inférieure à 5 000 euros ;

- dès lors qu'il ne peut plus pratiquer d'activités physiques et sportives, son préjudice d'agrément s'élève à 10 000 euros ;

- son préjudice esthétique doit être réparé par l'octroi d'une somme de 3 000 euros ;

- il a subi une perte de traitement entre 2017 et 2021 s'élevant à 7 720 euros, et connaît un manque à gagner sur sa pension de retraite à hauteur de 6 150 euros ;

- son invalidité permanente étant de 15%, il est fondé à solliciter une somme mensuelle de 172,20 euros au titre de l'allocation temporaire d'invalidité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, la communauté de communes du pays d'Argenton-sur-Creuse, représentée par l'AARPI Omnia Legis, agissant par Me Mongis, conclut au rejet de la requête de M. H et à ce que soit mise à sa charge une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. H a commis une négligence fautive dès lors que les sangles situées en travers du passage entre les caissons à l'intérieur du container étaient visibles ; en outre, assurer le nettoyage et la sécurité du container faisait partie de ses missions ;

- le rapport d'expertise du docteur B et son complément devront être écartés en raison du défaut d'impartialité de son auteur ;

- il n'a subi aucune perte de traitement ou de pension de retraite du fait de l'accident de service ;

- M. H n'a pas présenté de demande d'allocation dans le délai d'un an à compter de la consolidation de son état de santé, si bien qu'il n'a pas droit au bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ;

- M. H, qui ne souffre pas d'une ankylose des articulations tibio-tarsiennes et sous-astragaliennes, n'est pas atteint d'une invalidité permanente lui ouvrant droit au bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024 par une ordonnance en date du 4 décembre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la communauté de communes d'Argenton-sur-Creuse au versement de l'allocation temporaire d'invalidité pour exception de recours parallèle, ces conclusions ayant le même objet que l'action relative à la détermination du montant et au versement de l'allocation en contestation de la décision de rejet prise sur la demande prévue à l'article 3 du décret du 2 mai 2005.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des communes ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. Duplan, rapporteur public ;

- et les observations de Me Mongis pour la communauté de communes du pays d'Argenton-sur-Creuse

Considérant ce qui suit :

1. M. G H, adjoint technique principal né le 10 mai 1960, affecté au service chargé de l'environnement de la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse en qualité de gardien de la déchetterie de Saint-Marcel, a été victime d'une chute, le 17 décembre 2015, alors qu'il manipulait une caissette à l'intérieur du conteneur des déchets ménagers spéciaux, laquelle a provoqué une fracture de son pilon tibial droit et a été reconnue, le 28 décembre 2015, comme constitutive d'un accident imputable au service. Par un jugement du 23 octobre 2018, le tribunal administratif de Limoges a condamné la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse à verser à M. H la somme de 3 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2016 et a rejeté le surplus de ses conclusions tendant à la condamnation de cette collectivité à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'il alléguait. Par une décision du 30 juin 2023, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé l'arrêt du 14 décembre 2020 par lequel la Cour a rejeté l'appel de M. H et l'appel incident de la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse dirigés contre ce jugement, et renvoyé l'affaire devant la Cour. Dans le dernier état de leurs écritures, M. H réclame une somme globale de 38 870 euros, outre une somme mensuelle de l72,20 euros au titre de l'allocation temporaire d'invalidité, tandis que la communauté de communes se borne à demander la confirmation du jugement du tribunal.

Sur la recevabilité des conclusions relatives à l'allocation temporaire d'invalidité :

2. Aux termes de l'article L. 417-8 du code des communes, alors en vigueur et applicable à M. H en application du III de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les communes et les établissements publics communaux et intercommunaux sont tenus d'allouer aux agents qui ont été atteints d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente au moins égale à un taux minimum déterminé par l'autorité supérieure ou d'une maladie professionnelle une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec le traitement, dans les mêmes conditions que pour les fonctionnaires de l'Etat ". Le décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière prévoit, à son article 3, que la demande d'allocation doit, à peine de déchéance, être présentée dans le délai d'un an à compter du jour où le fonctionnaire a repris ses fonctions après la consolidation de la blessure ou de son état de santé, ou à compter de la date de constatation officielle de la consolidation de la blessure ou de son état de santé, date fixée par la commission de réforme ou un médecin assermenté. L'article 6 du décret dispose que la réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme. Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination. Selon l'article 8 du décret, l'allocation est alors concédée par le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations et versée dans les conditions prévues par le régime de retraite des agents affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, la Caisse des dépôts et consignations percevant des cotisations versées par les collectivités et établissements employeurs. L'allocation est soumise en matière de contentieux aux règles applicables aux pensions servies par cette caisse. Les modalités de révision prévues par l'article 62 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales pour la pension et la rente viagère d'invalidité sont applicables. Par dérogation, les articles 9 à 12 du décret de 2005 prévoient notamment que l'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans et qu'un nouvel examen des droits du fonctionnaire à lieu à l'expiration de cette période, que la révision des droits peut également intervenir sur demande de l'agent, en cas de survenance d'un nouvel accident, ou encore à la date de radiation des cadres, l'allocation pouvant, à cette occasion, être remplacée par la rente d'invalidité prévue à l'article 37 du décret du 26 décembre 2003.

3. Si M. H demande à ce que la communauté de communes soit condamnée à lui verser une somme correspondant à l'allocation temporaire d'invalidité dont il soutient qu'il aurait dû bénéficier, ces conclusions ont le même objet que l'action relative à la détermination du montant et au versement de l'allocation temporaire d'invalidité introduite en contestation de la décision de rejet prise sur la demande prévue à l'article 3 du décret du 2 mai 2005. L'existence de cette voie de recours s'oppose à ce que M. H engage une action mettant en cause la responsabilité de son employeur en raison de la faute commise en ne lui octroyant pas le bénéfice de l'allocation.

4. A supposer que M. H demande à la Cour de se prononcer sur ses droits à bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité, ces conclusions sont également irrecevables dès lors que l'intéressé n'a pas présenté de demande préalable en ce sens à la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse.

Sur la responsabilité :

5. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, la réparation des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique subie par ces agents, alors même que ceux-ci ne rempliraient pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

En ce qui concerne la faute de la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse :

6. Il résulte de l'instruction que, le 17 décembre 2015, alors qu'il se trouvait dans un conteneur de déchets ménagers spéciaux, M. H a chuté après s'être pris le pied dans le système de fermeture de la bâche de protection d'une caisse-palette. Outre le fait que le passage étroit dans lequel circulait M. H au moment de l'accident était pourvu d'un sol irrégulier et que l'éclairage du conteneur était insuffisant, ce dernier présentait un état dégradé et encombré par des sangles qui exposait ses utilisateurs notamment à de forts risques de chutes. Dès lors, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse, qui ne le conteste pas en appel, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de M. H.

En ce qui concerne la faute de la victime :

7. D'une part, la circonstance que M. H ait lui-même signalé à la communauté de communes l'état dégradé du conteneur et la présence de sangles ne saurait établir qu'il a fait preuve, en s'y déplaçant, d'un manque de prudence fautif.

8. D'autre part, la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse soutient que M. H, en charge notamment du nettoyage de la déchetterie, a fait preuve de négligence fautive dans l'exercice de ses fonctions en ne retirant pas du milieu du passage les sangles de la caisse-palette dans lesquelles il s'est entravé. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. H aurait dû, dans la période précédant sa chute, procéder au rangement du conteneur de déchets ménagers spéciaux, compte tenu de ses autres missions, ni plus généralement qu'une quelconque consigne lui avait été donnée quant aux sangles présentes sur le sol. Si son employeur fait valoir qu'il lui appartenait de rechercher une solution pour prévenir tout risque de chute pour lui et ses collègues, aucune faute ne peut être reprochée à l'agent compte tenu de l'état et des caractéristiques du matériel mis à sa disposition, alors que la communauté de communes ne conteste pas les observations effectuées à l'appui d'un reportage photographique en date du 24 décembre 2015 produit par l'appelant selon lesquelles " le passage étant étroit, les sangles se défont quand les agents passent car ils frottent forcément les plastiques à droite ".

9. Il s'ensuit que M. H est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Limoges n'a pas condamné la communauté de communes à réparer l'intégralité du dommage causé par l'accident de service du 17 décembre 2015.

Sur les préjudices :

10. Au soutien de ses demandes, M. H se prévaut notamment d'un rapport médical du docteur A B établi le 16 octobre 2019. La communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse ne peut utilement soutenir que cette expertise privée sollicitée par M. H serait entachée d'irrégularité en raison de la méconnaissance de l'exigence d'impartialité. La circonstance que le docteur B a procédé à un complément d'expertise daté du même jour que l'examen initial, et que celui-ci se prononce sur la qualification juridique des faits imputés à la communauté de communes, en faveur de M. H, ne prive pas cette expertise de toute valeur probante. Néanmoins cette expertise, comme le fait valoir en défense la communauté de communes d'Argenton-sur-Creuse, n'a pas été effectuée au contradictoire de l'intimée et constitue un simple élément d'information appelé à être corroboré par d'autres pièces du dossier.

11. Il résulte de l'instruction que la chute subie le 17 décembre 2015 a causé une fracture du pilon tibial droit de M. H, qui a été traitée chirurgicalement par ostéosynthèse par plaque et vis, dont le chirurgien a réalisé l'ablation le 8 novembre 2016. L'agent a suivi cinquante séances de kinésithérapie de janvier à septembre 2016, et un traitement par injection d'anticoagulants.

12. Il résulte également de l'instruction, notamment du rapport médical du docteur B qu'un bilan radiologique de l'épaule droite de M. H effectué en septembre 2016 a diagnostiqué une " tendinopathie ". Une IRM passée le 6 mars 2017 a révélé une rupture du sus épineux de l'épaule droite, qui a été opérée par acromioplastie et suture trans osseuse le 21 mars 2018. M. H produit un certificat de son médecin traitant, le docteur D, en date du 23 avril 2018, selon lequel " il est probable que la rupture [du tendon du sus épineux] soit intervenue le jour de l'accident de travail puisque M. H est tombé sur le côté droit et qu'il ne présentait pas de souci d'épaule droite auparavant ". Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir l'existence d'un lien avec l'accident de service du 17 décembre 2015 alors que les pièces du dossier ne témoignent d'aucune prise en charge ni soins antérieurs à septembre 2016 et sont imprécises quant à la date d'apparition des douleurs à l'épaule, le docteur D se contentant de relever, sans précision, que les suites opératoires de l'ostéosynthèse de la malléole ont été marquées par l'apparition d'une tendinite à l'épaule droite, et que M. H se plaindra de son épaule droite en raison de douleurs évoquant une pathologie tendineuse " toute l'année 2016 " tandis que le compte rendu de l'opération chirurgicale du 21 mars 2018 mentionne que le patient présente des signes de rupture de la coiffe des rotateurs évoluant " depuis 17 mois ".

13. En outre, le seul certificat du docteur D en date du 29 janvier 2019, aux termes duquel " il est probable que le stress réactionnel et les différentes affections orthopédiques de M. H soient un facteur déclenchant de son diabète. M. H n'a pas d'antécédant de diabète dans sa famille " ne saurait établir le lien direct entre cette pathologie et l'accident de service. Il en va de même de la simple mention, dans le rapport du docteur B, de ce que la durée des soins et [la] douleur avec gêne fonctionnelle [à la malléole] a induit un syndrome anxio-dépressif, s'agissant d'un lien entre ce syndrome et l'accident.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

14. M. H ne justifie pas davantage en appel qu'en première instance de l'existence de dépenses d'hospitalisation liées à l'accident de service qui seraient restées à sa charge.

15. M. H soutient qu'il a subi, à compter de l'année 2017, une perte de traitement de 180 euros par mois, soit 7 720 euros jusqu'à son départ à la retraite en 2021, et une minoration de sa pension de retraite qu'il évalue à 6 150 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'agent avait demandé à reprendre son travail dès le 12 décembre 2016, que le 10 mars 2017 le médecin du travail s'y est montré favorable avec aménagement du poste de travail, et que le docteur C, ayant examiné l'intéressé le 16 mai 2017, l'a estimé apte à la reprise de ses fonctions le lendemain. Si M. H, en congé pour accident de service du 17 décembre 2015 au 31 mai 2017, a été placé en congé de longue maladie à compter du 1er juin 2017, et a subi une perte de rémunération, il n'est pas établi que son incapacité de travail à compter de cette date aurait été imputable à la pathologie causée par l'accident de service alors qu'il souffrait notamment, ainsi qu'il a été dit, d'une tendinopathie de l'épaule droite sans lien avec celui-ci. M. H a ensuite été admis à la retraite pour invalidité non imputable au service par arrêté du 26 avril 2021. Par suite ses conclusions à ce titre doivent être rejetées.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

16. En premier lieu, le docteur B, dans le cadre de l'expertise non contradictoire, a évalué les souffrances physiques de M. H à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a lieu de tenir compte de ce que si l'examen effectué le 20 mai 2016 par le docteur F mentionne que l'intéressé marche avec appui total sans tuteur " depuis un mois ", une gêne persistante avec sensation de gonflement conduira le centre hospitalier de Châteauroux à retirer une partie du matériel d'ostéosynthèse, ainsi qu'en atteste le compte rendu de l'intervention. Il sera fait une juste appréciation des souffrances physiques subies par M. H en lui accordant à ce titre la somme de 3 000 euros.

17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. H présente une longue cicatrice lisse sur la face interne de la jambe droite. Le docteur B a évalué le préjudice esthétique à 1 sur une échelle de 1 à 7. Le tribunal administratif a fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant l'indemnisation due à ce titre à la somme de 1 000 euros.

18. En troisième lieu, M. H fait valoir qu'il a eu l'interdiction de poser le pied au sol pendant une durée de deux mois, et qu'il ressentait toujours une gêne au niveau de sa cheville en septembre 2016. Ainsi qu'il a été dit, l'accident de service a justifié que lui soient accordés des arrêts de travail jusqu'au 31 mai 2017. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subies par M. H en fixant son indemnisation à la somme de 3 500 euros.

19. En quatrième lieu, M. H soutient qu'il ne peut plus pratiquer la marche, le vélo ou la moto. Toutefois, celui-ci n'apporte aucun élément de nature à établir la pratique régulière d'activités sportives ou de loisirs, dont il aurait été privé du fait de l'accident. Sa demande au titre du préjudice d'agrément doit, par suite, être rejetée.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. H est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a condamné la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse à ne lui allouer que la somme de 3 000 euros. Il convient de porter cette somme à 7 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2016.

Sur les frais de l'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. H, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la communauté de communes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. H et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La somme de 3 000 euros que la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse a été condamnée à verser à M. H par le jugement du 23 octobre 2018 est portée à 7 500 euros.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Limoges du 23 octobre 2018 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 3 : La communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse versera à M. H la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. G H, à la communauté de communes du Pays d'Argenton-sur-Creuse et à la Caisse primaire d'assurance maladie de l'Indre et à la Caisse primaire d'assurance maladie du Loir et Cher.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

M. Frédéric Faïck, président assesseur,

M. Julien Dufour, premier conseiller.

*

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

Julien E

La présidente,

Ghislaine Markarian

La greffière,

Catherine JussyLa République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23BX01798

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