Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17, 26 juillet 2023 et 21 octobre 2024, la société Éoliennes d’Aunis 3, représentée par Me Deldique, demande à la cour :
1°) à titre principal, d’annuler l’arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer une autorisation environnementale pour la création et l’exploitation d’un parc éolien sur le territoire des communes de Sainte-Soulle et de Saint-Médard d’Aunis, et de lui délivrer l’autorisation sollicitée ;
2°) à titre subsidiaire, d’enjoindre, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer l’autorisation environnementale d’installer et d’exploiter un parc éolien sur les communes de Sainte-Soulle et de Saint-Médard d’Aunis ou, à titre très subsidiaire, d’enjoindre, dans les mêmes conditions de délai, à cette autorité de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’une insuffisance de motivation, au regard de la qualité du site sur lequel la construction est projetée ;
- les motifs sur lesquels est fondé l’arrêté contesté sont entachés d’erreurs d’appréciation ;
- en premier lieu, le projet ne méconnait pas les dispositions de l’article L. 511-1 du code de l’environnement dès lors que le site n’a pas d’intérêt paysager particulier, qu’il n’a pas d’impact rédhibitoire sur les territoires de la Rochelle, de l’île de Ré et du Marais Poitevin au regard de son éloignement, et ne génère pas d’effet d’écrasement sur les hameaux proches ;
- en deuxième lieu, l’étude d’impact est suffisante au regard du risque d’atteinte aux chiroptères, de sorte qu’aucune atteinte à ces espèces ne saurait être relevée ; l’impact du projet sur les chiroptères n’a pas été sous-estimé par l’étude d’impact compte tenu de la méthodologie utilisée ; les motifs avancés par le préfet ne permettent pas d’établir une quelconque insuffisance de l’étude d’impact qu’il s’agisse du gabarit des éoliennes, des risques bruts de mortalité par collision ou barotraumatisme, de la distance entre le bout des pales et les haies, de la mortalité des chiroptères dans l’ex-région Poitou-Charentes ou du plan de bridage proposé ;
- en troisième lieu, l’étude d’impact est suffisante au regard du risque d’atteinte à l’avifaune, de sorte qu’aucune atteinte à ces espèces ne saurait être relevée ; l’impact du projet sur l’avifaune n’a pas été sous-estimé par l’étude d’impact compte tenu de la méthodologie utilisée ; les motifs avancés par le préfet ne permettent pas d’établir une quelconque insuffisance de l’étude d’impact dans l’appréciation des impacts résiduels du projet, qu’il s’agisse de la référence aux impacts bruts du projet sur l’avifaune, des mesures d’évitement et de réduction prévues ou de la mortalité des oiseaux dans l’ex-région Poitou-Charentes.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo,
- les conclusions de M. Kauffmann, rapporteur public,
- et les observations de Me Giorno, représentant la société Éoliennes d’Aunis 3.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 février 2021, la société Éoliennes d’Aunis 3 a déposé une demande d’autorisation environnementale pour la création et l’exploitation d’un parc éolien composé de quatre éoliennes, d’une hauteur maximale de 143 mètres, sur le territoire des communes de Sainte-Soulle et Saint-Médard d’Aunis (Charente-Maritime). Par un arrêté du 12 mai 2023, dont la société Éoliennes d’Aunis 3 demande l’annulation, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté cette demande d’autorisation environnementale.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la régularité de l’arrêté du 12 mai 2023 :
2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) / 7° Refusent une autorisation (…) ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Par ailleurs, en application de l’article R. 181-34 du code de l’environnement, une décision de refus d’autorisation environnementale doit être motivée.
3. Il ressort des termes de l’arrêté litigieux du 12 mai 2023 que l’autorité administrative, après avoir notamment visé les textes applicables, les pièces du dossier de demande et les avis émis par les autorités consultées, décrit le projet de parc éolien et précise que le site dans lequel il s’insère appartient à l’entité paysagère « Plaines d’Aunis », paysage de plaines de champs ouverts ponctuées par quelques ondulations du relief à l’approche des vallées du Curé et du Virson. L’arrêté contesté expose de façon précise et circonstanciée les motifs de refus tirés de la méconnaissance du projet aux intérêts protégés par l’article L. 511-1 du code de l’environnement, au regard tant de l’impact sur les paysages et la commodité du voisinage, des insuffisances de l’étude d’impact quant aux risques d’atteinte aux chiroptères et à l’avifaune, de l’atteinte à ces espèces que de l’insuffisance des mesures de réduction prévues. Cette motivation est suffisante, contrairement à ce que soutient la société requérante, dès lors qu’elle permet de comprendre les éléments de droit et de fait sur lesquels la décision est fondée.
En ce qui concerne le bien-fondé de l’arrêté du 12 mai 2023 :
S’agissant du motif allégué tiré de l’insuffisance de l’étude d’impact :
4. La demande d'autorisation environnementale de la société requérante n'a pas été rejetée sur le fondement des dispositions des articles R. 181-34 du code de l'environnement, pour incomplétude ou insuffisance des pièces composant son dossier. Si, pour refuser l’autorisation sollicitée, le préfet de la Charente-Maritime a relevé que l’étude d’impact avait procédé à une sous-estimation de l’impact résiduel du projet sur les chiroptères et l’avifaune, ces indications ne se distinguent pas de l’appréciation générale portée sur l’atteinte à l’environnement et aux intérêts protégés par l’article L. 511-1 du code de l’environnement.
S’agissant du motif relatif à l’atteinte à l’environnement et aux intérêts protégés par l’article L. 511-1 du code de l’environnement :
5. Aux termes du I de l’article L. 181-3 du code de l’environnement : « L’autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu’elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas. ». Aux termes de l’article L. 511-1 du même code : « Sont soumis aux dispositions du présent titre (…) les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature, de l’environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. / (…) ».
6. Dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, il appartient à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation environnementale délivrée des prescriptions de nature à assurer la protection des intérêts mentionnés par les dispositions précitées en tenant compte des conditions d'installation et d'exploitation précisées par le pétitionnaire dans le dossier de demande, celles-ci comprenant notamment les engagements qu'il prend afin d'éviter, réduire et compenser les dangers ou inconvénients de son exploitation pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1. Ce n'est que dans le cas où il estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation d'exploitation est sollicitée, que même l'édiction de prescriptions additionnelles ne permet pas d'assurer la conformité de l'exploitation à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, que le préfet ne peut légalement délivrer cette autorisation.
Quant à l’atteinte au paysage et à la commodité du voisinage :
7. Pour statuer sur une demande d’autorisation environnementale, il appartient à l’autorité administrative de s’assurer que le projet ne méconnaît pas, notamment, l’exigence de protection des paysages et de conservation des sites et ne porte pas atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Pour rechercher si l’existence d’une atteinte à un paysage, à la conservation des sites et des monuments ou au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants est de nature à fonder un refus d’autorisation ou à fonder les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l’autorité administrative d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou du paysage sur lequel l’installation est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette installation, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site, sur le monument ou sur le paysage.
8. Pour refuser l’autorisation sollicitée, le préfet de la Charente-Maritime a notamment considéré que le projet d’implantation de quatre éoliennes sur le territoire des communes de Sainte-Soulle et Saint-Médard d’Aunis, sur un paysage de plaines de champs ouverts, ponctuées par quelques ondulations du relief à l’approche des vallées du Curé et de Virson, aurait des impacts forts à très forts sur le paysage et la commodité du voisinage. Le préfet a relevé à ce titre que 11 des 31 photomontages réalisés dans l’aire d’étude immédiate de l’étude d’impact présentent un impact fort à très fort du projet avec un effet d'écrasement sur les hameaux proches de Montroy, Treuil Arnaudeau, les Ilots, les Tourettes, l'Aubertière et les franges urbanisées de Bourgneuf, Saint-Coux et Saint-Médard d'Aunis, du fait d'une « importante emprise visuelle verticale et horizontale du projet et des interférences créées par le mouvement des pales modifiant l'appréciation générale du paysage », sans que la mesure prévue de plantation d'arbres et d'arbustes à l'intérieur des jardins privés ne puisse réduire cet impact. Il a également tenu compte de l’existence de covisibilités très lointaines avec les éoliennes, depuis les territoires de la ville de La Rochelle, de l’île de Ré et du Marais Poitevin.
9. Il résulte de l’instruction, et en particulier de l’étude paysagère telle que complétée en 2021 jointe au dossier de demande d’autorisation, que le parc éolien projeté sera implanté dans la plaine d’Aunis, territoire caractérisé par une topographie relativement plane, ponctuée de quelques ondulations à l’approche des vallées du Curé et du Virson. Le secteur est composé de champs ouverts offrant de larges vues, associés à des haies et espaces boisés, constituant dans son ensemble un paysage ordinaire, ne faisant l’objet d’aucune protection, et sans intérêt particulier. Il résulte par ailleurs de l’instruction que le projet est entouré dans un rayon de 12 kilomètres de la zone d’implantation, par huit parcs éoliens construits, autorisés ou en instruction, totalisant 43 aérogénérateurs. A ce titre, si l’étude paysagère conclut que le projet aura un impact fort sur la plaine d’Aunis, il ne résulte pas de l’instruction, et en particulier des photomontages produits, que ledit projet, qui consiste en l’implantation de quatre machines de 143 mètres de hauteur maximale, bien que visibles à l’horizon, notamment depuis la RD 2010, portera une atteinte excessive à des éléments remarquables du paysage agricole environnant, déjà anthropisé et marqué, en plusieurs endroits, par des infrastructures de grande hauteur. Si, dans un périmètre plus lointain, la ville de La Rochelle, et en particulier les tours Saint-Nicolas et de la Chaîne, l’Ile de Ré, et en particulier son pont, ainsi que le parc naturel du Marais Poitevin, sont concernés par des covisibilités, les distances respectives de 10, 20 et 24 kilomètres rendent la perception des machines peu significative.
10. Il résulte de l’instruction et en particulier des photomontages joints à l’étude paysagère que l’impact du projet est évalué de fort à très fort depuis les abords des hameaux proches des Ilots, de Treuil Arnaudeau, des Tourettes, des franges sud et est de l’Aubertière, des franges nord de Bourgneuf et de Saint-Médard d’Aunis, de la frange sud de Sainte-Coux et de la sortie nord de Montroy. Depuis ces lieux de vie, tels que par exemple les hameaux des Ilots, de Treuil Arnaudeau, les franges est et sud de l’Aubertière et la frange nord de Bourgneuf, respectivement situés entre 617 mètres et 2,1 km de l’éolienne la plus proche, il résulte de l’instruction que les quatre éoliennes projetées, compte tenu de leur hauteur maximale de 143 mètres, ainsi que de la configuration des lieux créant des vues ouvertes ou semi-ouvertes, seront, en dépit de la végétation existante et d’éléments bâtis, totalement ou partiellement visibles en plusieurs points de vue. Néanmoins, compte tenu de l’évolution du contexte éolien dans la zone d’implantation depuis le dépôt de la demande d’autorisation telle que rappelée par la direction régionale de l’environnement et du logement (DREAL) de Nouvelle-Aquitaine dans son rapport du 7 avril 2023, il résulte de l’instruction que le projet en cause ne génère aucune saturation visuelle. De plus, par le nombre, la distance et l’implantation des éoliennes, il n’est pas susceptible d’entraîner en lui-même un effet d’écrasement ou d’encerclement portant une atteinte anormale aux conditions de vie des habitants de ces lieux de vie.
11. Il résulte de ce qui a été mentionné aux points 8 à 10 que le préfet de la Charente-Maritime a commis une erreur d’appréciation en rejetant la demande d’autorisation de la société requérante au motif que le projet éolien serait de nature à porter atteinte aux paysages et à la commodité du voisinage.
Quant à l’atteinte à l’avifaune et aux chiroptères :
12. Pour refuser l’autorisation sollicitée, le préfet de la Charente-Maritime s’est également fondé sur l’atteinte portée aux chiroptères et à l’avifaune.
13. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’avis de la mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) Nouvelle-Aquitaine du 26 avril 2022 et du rapport de l’inspection des installations classées de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Nouvelle-Aquitaine du 7 avril 2023, que si l’aire d’étude immédiate se situe en dehors de tout zonage naturel de protection, le projet présente de forts enjeux en raison notamment de la présence d’espèces d’intérêt communautaire, s’expliquant par la proximité de six sites Natura 2000 et de vingt zones naturelles d’intérêt écologique faunistiques et floristiques dans un rayon de dix kilomètres. A ce titre, s’agissant des chiroptères, et alors que l’étude d’impact a identifié dix-sept espèces, des enjeux forts ont été relevés pour cinq d’entre elles, l’étude retenant en particulier un risque d’impact fort à très fort de mortalité par collision et barotraumatisme pour les populations, pratiquant le haut vol et le vol de hauteur moyenne, de la noctule de Leisler, de la pipistrelle commune, de la pipistrelle de Kuhl et de la sérotine commune, protégées sur le plan national et par l’annexe IV de la directive habitat-faune-flore. S’agissant de l’avifaune, l’étude d’impact a identifié quatre-vingts espèces, dont vingt-neuf, protégées au niveau national, sont inscrites au titre des espèces menacées à l’annexe I de la directive Oiseaux. L’étude relève l’existence d’enjeux très forts pour l’avifaune nicheuse de l’alouette lulu et de la pie-grièche écorcheur, retenant par ailleurs un risque d’impact fort à très fort de mortalité par collision pour les populations protégées du busard cendré, du martinet noir, de la mouette rieuse, du faucon crécerelle, de l’alouette lulu et du moineau domestique. Plusieurs espèces de rapaces menacées et inscrites à l’annexe I de la directive Oiseaux, qui risquent des collisions mortelles, ont également été contactées, telles la bondrée apivore, le busard cendré, le busard des roseaux, le busard Saint-Martin, le circaète Jean-le-Blanc, l’élanion blanc, le milan noir et le milan royal.
14. Sur la base de ces relevés, la société pétitionnaire a prévu des mesures de réduction telles que le début prévisionnel des travaux en dehors de la période de reproduction des oiseaux, le suivi écologique du chantier, la réduction de l’attractivité des éoliennes pour la faune avec un état des plateformes laissé vierge et brut en cailloux, l’absence de création de haies ou jachères à moins de 200 mètres des éoliennes et l’éclairage manuel des portes des éoliennes et non par détection, enfin la mise en place d’un plan de bridage des appareils, la nuit, dans certaines conditions calendaires et météorologiques (vitesse du vent et température). L’étude d’impact en conclut que l’impact résiduel est ramené à un niveau négligeable pour les chiroptères et à un niveau faible à très faible pour l’avifaune après les mesures d’évitement et de réduction envisagées par le projet.
15. Toutefois, s’agissant de la préservation des chiroptères, il résulte de l’instruction que la distance entre le bout des pales et les boisements ou haies est seulement de 41 à 130 mètres selon les appareils, distance particulièrement faible au regard de la densité des chiroptères dans cette zone. L’accord sur la conservation des populations de chauve-souris européennes dit A..., qui n’a certes pas de valeur juridique contraignante, préconise d’ailleurs un éloignement d’au moins 200 mètres des zones à enjeux pour les chiroptères, tels que les boisements, haies, zones humides et cours d'eau. Par ailleurs, la faible hauteur de la garde au sol située à 23 mètres, résultant de la hauteur maximale des éoliennes de 143 mètres et du diamètre du rotor des appareils de 117 mètres, accroit les dangers pour les chiroptères, au point que la MRAE souligne l'absence de prise en compte des derniers outils de connaissance relatifs à l'intégration environnementale des projets industriels. Enfin, le plan de bridage ne permet de couvrir que 75 % de l’activité observée des chiroptères. Or, en dépit des compléments de justification sollicités à ce titre par la MRAE, la société pétitionnaire s’est bornée à indiquer que le bridage prévu serait adapté aux résultats des écoutes en hauteur et que si ces paramètres instaurés dès la mise en service du parc ne s’avéraient pas satisfaisants au regard des mortalités réellement retrouvées lors du suivi, le plan de bridage serait ajusté afin de conserver un état écologique favorable pour toutes les espèces. S’agissant de la préservation de l'avifaune, la MRAE a souligné l'absence de dispositif d'arrêt des éoliennes en période de fauche, moisson et labour, et l'absence de mise en place de système de détection automatisé des situations à risques pour limiter les risques de collision avec les rapaces ou durant les pics de migration. Or, la société pétitionnaire s’est bornée, en réponse, à indiquer qu’un suivi renforcé de l’activité de l’avifaune serait appliqué en période de travaux agricoles de moissons, fauches et labours sans instaurer d’arrêt préventif des machines et que les autres mesures préconisées ne seraient pas pertinentes. A ce titre, et malgré les conclusions de l’étude d’impact, l’ensemble des mesures d’évitement et de réduction envisagées ne permettent pas de considérer que le projet ne porterait pas une atteinte excessive aux chiroptères et à l’avifaune.
16. Dans ces conditions, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que des prescriptions supplémentaires seraient susceptibles d’assurer la conformité de l’exploitation à l’article L. 511-1 du code de l’environnement, le préfet de la Charente-Maritime pouvait légalement fonder son refus sur le motif tiré de l’atteinte aux chiroptères et à l’avifaune.
17. Dans le cas où un seul des motifs d’une décision administrative est erroné, il y a lieu de procéder à la neutralisation du motif illégal s’il apparaît que la considération du ou des seuls motifs légaux aurait suffi à déterminer l’administration à prendre la même décision. Il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs rappelés aux points 12 à 16.
18. Il résulte de tout ce qui précède, que la société Éoliennes d’Aunis 3 n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande d’autorisation environnementale portant sur la création et l’exploitation d’un parc éolien sur le territoire des communes de Sainte-Soulle et Saint-Médard d’Aunis.
Sur les conclusions tendant à la délivrance de l’autorisation sollicitée ou aux fins d’injonction :
19. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions de la société Éoliennes d’Aunis 3 tendant à l’annulation de l’arrêté préfectoral du 12 mai 2023 n’implique ni la délivrance par la cour de l’autorisation sollicitée, ni qu’il soit enjoint à l’administration de délivrer cette autorisation ou de réexaminer la demande. Par voie de conséquence, les conclusions de la société requérante aux fins de délivrance de l’autorisation sollicitée ainsi que celles, subsidiaires, aux fins d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Éoliennes d’Aunis 3 demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Éoliennes d’Aunis 3 est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Éoliennes d’Aunis 3 et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Balzamo, présidente,
Mme Molina-Andréo, présidente-assesseure,
M. Ellie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 décembre 2025
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDREO
La présidente,
E. BALZAMO
Le greffier,
C. PELLETIER
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.