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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX02140

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX02140

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX02140
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantFOURNIER-PIEUCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B... C... a demandé au tribunal administratif de Poitiers :

1°) d’annuler la délibération n° 2021-1-3 du 20 janvier 2021 du conseil municipal de la commune du Château d’Oléron transférant les amodiations de cabanes, terre-pleins et appontements à cette commune, moyennant des indemnités à verser aux amodiataires ;

2°) d’annuler la délibération n° 2021-1-4 du 20 janvier 2021 du conseil municipal de la commune du Château d’Oléron portant autorisation spéciale du maire pour engager, liquider, et mandater les dépenses d’investissement avant le vote du budget primitif 2021 du budget principal, en tant qu’elle prévoit une dépense de 11 500 euros au titre des indemnités pour abandon de cabanes.

Par un jugement n° 2100754 du 22 juin 2023, le tribunal administratif de Poitiers a annulé la délibération n° 2021-1-3 du 20 janvier 2021 transférant les amodiations de cabanes, terre-pleins et appontements à la commune du Château d’Oléron, moyennant des indemnités à verser aux amodiataires, et la délibération n° 2021-1-4 du 20 janvier 2021 portant autorisation spéciale du maire pour engager, liquider, et mandater les dépenses d’investissement avant le vote du budget primitif 2021 du budget principal, en tant qu’elle prévoit une dépense de 11 500 euros au titre d’indemnités pour abandon de cabanes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2023 et le 23 août 2023, la commune du Château d’Oléron, représentée par Me Fournier-Pieuchot, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 22 juin 2023 du tribunal administratif de Poitiers ;

2°) de rejeter la demande de Mme C....


Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- le jugement est insuffisamment motivé en ce qui concerne l’intérêt à agir de Mme C....
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
- c’est à tort que le tribunal a estimé que Mme C... justifiait d’un intérêt à contester les délibérations en litige ; l’intéressée s’est abstenue d’établir l’importance des dépenses supplémentaires induites par les délibérations en litige sur le budget communal ; comparée au montant du budget communal, la dépense supplémentaire de 11 500 euros est minime ;
- c’est en commettant une erreur de droit et une erreur d’appréciation que le tribunal a retenu que la commune n’était pas habilitée à prononcer, à son profit, le transfert de cabanes ostréicoles et que les trois amodiataires, occupants sans droit ni titre depuis le 1er janvier 2017, n’avaient aucun droit à l’indemnisation qui leur a été octroyée par les délibérations litigieuses ; les transferts des amodiations à la commune du Château d’Oléron décidés par la délibération 2021-1- 3 du 20 janvier 2021 sont réguliers ;
- par une délibération n° 403 de l’assemblée départementale du 21 décembre 2017 relative à la « reprise de la gestion des ports du Château d’Oléron et du Chenal d’Ors à l’issue de la concession », le département de la Charente-Maritime a décidé de reprendre « en direct » la gestion de ces ports à compter du 1er janvier 2018 ; dans ce cadre, le département et la commune du Château d’Oléron ont conclu des « conventions de prestations » successives, relatives à la gestion des ports du Château d’Oléron et du chenal d’Ors, en application desquelles la commune « est détentrice de titres d’occupation temporaire du domaine public portuaire départemental l’autorisant à mettre à disposition les cabanes ostréicoles par voie de convention à des artisans d’art » ; les autorisations d’occupation du domaine public consenties à MM. Quetard, Chailloleau, et Pajo conféraient aux intéressés des droits réels sur les cabanes, terre-pleins et appontements établis dans le périmètre des emplacements qui leur avaient été amodiés dans le port du Château d’Oléron et avaient la possibilité de céder leurs droits à la commune du Château d’Oléron, celle-ci étant dûment agréée par le département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, Mme C..., représentée par Me Ferry, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3000 euros soit mise à la charge de la commune du Château d’Oléron au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens présentés par la commune du Château d’Oléron ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gaillard,
- et les conclusions de M. A....



Considérant ce qui suit :

1. Mme C..., contribuable de la commune du Château d’Oléron, a demandé au tribunal administratif de Poitiers de prononcer l’annulation de la délibération n°2021-1-3 du 20 janvier 2021 transférant les amodiations de cabanes, terre-pleins et appontements à la commune, moyennant des indemnités à verser aux amodiataires, et de la délibération n°2021-1-4 du 20 janvier 2021 portant autorisation spéciale du maire pour engager, liquider, et mandater les dépenses d’investissement avant le vote du budget primitif 2021 du budget principal, en tant qu’elle prévoit une dépense de 11 500 euros au titre d’indemnités pour abandon de cabanes. Par un jugement du 22 juin 2023, le tribunal a fait droit à ces demandes. La commune du Château d’Oléron relève appel de ce jugement dont elle demande l’annulation.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Contrairement à ce que soutient la commune du Château d’Oléron, il ressort du jugement attaqué qu’en indiquant, au point 2, que les délibérations en litige emportent une dépense supplémentaire grevant le budget de la commune au titre de l’exercice 2021, d’un montant de 11 500 euros, dont les conséquences sur les finances communales ou sur le patrimoine de la commune ne peuvent être regardées comme négligeables, les premiers juges ont suffisamment justifié les motifs pour lesquels ils ont écarté la fin de non-recevoir tirée du défaut d’intérêt à agir, opposée en défense. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation du jugement attaqué doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée à la demande de première instance :

3. Contrairement à ce que persiste à soutenir la commune de Château d’Oléron, les deux délibérations litigieuses, qui mettent à la charge de la commune des dépenses supplémentaires à hauteur de 11 500 euros au titre de l’exercice 2021, ont par elles-mêmes une incidence directe sur le budget communal, ce qui suffit à conférer à Mme C..., qui établit sa qualité de contribuable communal, un intérêt pour agir. C’est par suite à bon droit que le tribunal administratif a écarté la fin de non-recevoir tiré du défaut d’intérêt à agir de Mme C....

En ce qui concerne la légalité des délibérations attaquées :

4. Pour annuler les deux délibérations du 20 janvier 2021, le tribunal a retenu, d’une part, que la commune n’était pas habilitée à prononcer, à son profit, le transfert de cabanes ostréicoles et, d’autre part, que les trois amodiataires, occupants sans droit ni titre depuis le 1er janvier 2017, n’avaient aucun droit à l’indemnisation qui leur a été octroyée par les délibérations litigieuses.

5. Aux termes de l’article L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable du 31 décembre 2006 au 1er janvier 2018 : « Le maire peut, moyennant le paiement de droits fixés par un tarif dûment établi, donner des permis de stationnement ou de dépôt temporaire sur la voie publique et autres lieux publics, sous réserve que cette autorisation n'entraîne aucune gêne pour la circulation et la liberté du commerce ». Aux termes de l’article R. 3213-1 du même code : « Les baux et les actes de vente sont passés par le président du conseil départemental au nom du département. / Les autorisations d'occupation ou d'utilisation du domaine public départemental sont délivrées par le président du conseil départemental ».

6. D’une part, par une délibération n° 403 de l’assemblée départementale du 21 décembre 2017 relative à la « reprise de la gestion des ports du Château d’Oléron et du Chenal d’Ors à l’issue de la concession », le département de la Charente-Maritime a décidé de reprendre « en direct » la gestion de ces ports à compter du 1er janvier 2018. A partir de cette date, le département et la commune du Château d’Oléron ont conclu des conventions successives de « prestations », d’une durée de deux ans, relatives à la gestion des ports du Château d’Oléron et du chenal d’Ors, en vertu desquelles la commune était détentrice de titres d’occupation temporaire du domaine public portuaire départemental lui permettant de mettre à disposition les cabanes ostréicoles par voie de convention à des artisans d’art. Ces titres autorisant la commune à conclure des conventions de mise à disposition des cabanes à des artisans d’art ne pouvaient toutefois conduire à transférer à son profit, ainsi qu’y procède la délibération n° 2021-1-3 du 20 janvier 2021, les amodiations de cabanes, terre-pleins et appontements.

7. D’autre part, si la commune fait valoir que, dans le cadre de la concession de la gestion du port du Château d’Oléron par le département à la commune du Château d’Oléron, qui s’est achevée le 31 décembre 2017, elle avait autorisé l’un des trois amodiataires bénéficiaires de l’indemnité à occuper temporairement le domaine public pour un an, à compter du 1er janvier 2016, afin d’y édifier un terre-plein, un appontement et une cabane ostréicole, il ressort des termes de cette autorisation qu’elle cessait « de plein droit » sans renouvellement exprès. De sorte que, en l’absence de renouvellement de cette autorisation, cet amodiataire occupait, depuis le 1er janvier 2017, le domaine public sans droit ni titre. Il n’est pas contesté que les deux autres amodiataires étaient également occupants du domaine public sans droit ni titre. Les trois amodiataires n’avaient donc aucun droit à l’indemnisation qui leur a été octroyée par la délibération n°2021-1-3 du 20 janvier 2021.

8. Il résulte de ce qui précède que c’est à bon droit que, pour annuler les délibérations litigieuses, le tribunal a retenu le moyen développé au point 4.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Château d’Oléron n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Poitiers a annulé les deux délibérations en litige.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y lieu, en l’espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune du Château d’Oléron au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.



DÉCIDE :



Article 1er : La requête de la commune du Château d’Oléron est rejetée.

Article 2 : La commune du Château d’Oléron versera une somme de 1 500 euros à Mme C... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B... C... et à la commune du Château-d’Oléron.

Délibéré après l’audience du 2 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Butéri, présidente de chambre,
M. Gueguein, président assesseur,
Mme Gaillard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2025.


La rapporteure,



C. Gaillard
La présidente,



K. Butéri
Le greffier,



A. Detranchant

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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