Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société civile d’exploitation agricole (SCEA) Chemin L’Evêque-Indivision de M. C... a demandé au tribunal administratif de La Réunion, d’une part, d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de La Réunion a refusé de lui accorder l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) au titre de la campagne sucrière de 2021, d’autre part, d’enjoindre au préfet de La Réunion de lui verser l’ICHN au titre de la campagne de 2021.
Par une ordonnance n° 2101581 du 30 juin 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de La Réunion a donné acte du désistement de sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 16 août 2023 et des mémoires enregistrés les 29 mars 2024 et 13 février 2025, la société civile d’exploitation agricole (SCEA) Chemin L’Evêque-Indivision de M. C..., représentée par Me Lebrun, demande à la cour :
1°) d’annuler l’ordonnance n° 2101581 du 30 juin 2023 du tribunal administratif de La Réunion ;
2°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de La Réunion a refusé à l’indivision C... le bénéfice de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) au titre de la campagne sucrière de 2021 ;
3°) d’enjoindre au préfet de La Réunion, à titre principal, de lui verser l’aide sollicitée, avec les intérêts de retard, dans un délai de quinze jours à compter du prononcé de l’arrêt, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat et du département de La Réunion une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’ordonnance attaquée ne comporte ni la signature du magistrat désigné ni celle du greffier, ce qui constitue une irrégularité ;
- compte tenu du déroulement de l’instruction, le premier juge n’a pas fait une juste application des dispositions de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative ; ne pouvant prononcer le désistement d’office, il ne pouvait, sans méconnaitre l’article R. 222- 1 du code de justice administrative, statuer seul ;
- les stipulations des articles 6 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ; elle s’est défendue seule sans avocat ; le désistement d’office a des conséquences disproportionnées compte tenu du sérieux de son argumentation au sujet de la légalité de la décision contestée ; le mémoire récapitulatif n° 1, produit avant même la demande de production d’un tel mémoire, répond par anticipation, à la demande de production d’un tel mémoire ; son mémoire récapitulatif n° 2, enregistré au greffe du tribunal administratif le 27 mai 2022, valait mémoire récapitulatif ;
- elle n’a pas eu la possibilité de solliciter l’envoi d’une notification sur son téléphone portable ; seule était prévue la notification par mail ; elle a été privée d’une garantie prévue à l'article R. 414-6 du code de justice administrative ;
- la fin de non-recevoir relative à l’incompétence du préfet à défendre doit être écartée ;
- la fin de non-recevoir opposée par le département doit être écartée ; les délais d’instruction spéciaux, posés, notamment, par les articles 4 et 7 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 ne lui sont pas opposables ; une décision implicite de rejet était née le 6 juin 2021 ; la circonstance que les autres agriculteurs de l’île ont reçu le versement de l’ICHN, au titre de la campagne 2021, démontre l’existence d’une décision implicite de rejet ;
- elle a déposé une requête en excès de pouvoir en assortissant ses conclusions, d’une demande d’injonction de lui verser la somme réclamée, après annulation de la décision de rejet ; elle n’était pas soumise à l’obligation d’avocat ;
- aucune amende pour recours abusif ne peut lui être infligée ;
- le 28 octobre 2021, elle a sollicité la motivation de la décision implicite de rejet ;
- le mémoire du ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire ne lui a pas été communiqué ;
- elle a déposé un dossier complet ; l’administration ne démontre pas en quoi le dossier est incomplet, ni ne fournit la liste des pièces opposable ;
- le département n’a pas la compétence pour défendre dans le présent litige dès lors que la convention est irrégulière ; la décision de refus a été signée par un agent de la direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de La Réunion (DAAF), sans la moindre référence à une éventuelle délégation de pouvoirs ou de signature.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire n’entend pas produire d’observations au motif que la décision attaquée a été prise par le département.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, le département de La Réunion, représenté par Me Saubert, conclut, à titre principal, au rejet de la requête d’appel, à titre subsidiaire, au rejet de l’ensemble des demandes et à ce que soit mise à la charge de la SCEA Chemin l'Evêque-Indivision de M. C... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SCEA Chemin l'Evêque-Indivision de M. C... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l’Etat pour des projets d’investissement ;
- l’arrêté du 21 août 2018 pris en application de l'article 3 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l'Etat pour des projets d'investissement ;
- l’instruction technique DGPE/SDPAC/2020-436 du 8 juillet 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Martin,
- et les conclusions de Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. La société civile d’exploitation agricole (SCEA) Chemin l’Evêque-Indivision C..., qui exerce une activité de production de canne à sucre, a demandé le 6 avril 2021 le bénéfice de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) au titre de la campagne 2021. Elle a saisi le tribunal administratif de La Réunion d’une demande tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande. Par une ordonnance du 30 juin 2023, le tribunal a donné acte de son désistement sur le fondement de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative. La société relève appel de cette ordonnance.
Sur la recevabilité du mémoire en défense présenté par le département :
2. Aux termes de l’article 65 du règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement Européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et abrogeant le règlement (CE) n° 1698/2005 du Conseil, les États membres désignent, pour chaque programme de développement rural, l'autorité de gestion, qui peut être un organisme public ou privé, national ou régional, ou l'État membre exerçant lui-même cette fonction, et qui est chargée de la gestion du programme concerné. Selon l’article 66 de ce règlement, l'autorité de gestion est responsable de la gestion et de la mise en œuvre efficaces, effectives et correctes du programme.
3. Aux termes de l’article 3 du décret du 3 juin 2014 relatif à la gestion de tout ou partie des fonds européens pour la période 2014-2020 : « (…) / II. La demande d'un département, d'une collectivité ou d'un organisme chargé du pilotage de plans locaux pour l'insertion par l'emploi, dans le cadre des actions relevant du Fonds social européen, tendant à se voir confier par l'Etat tout ou partie du programme opérationnel national de ce fonds par délégation de gestion, en application du 2° du I de l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 susvisée, est adressée au représentant de l'Etat compétent, accompagnée de la délibération en ce sens de son organe délibérant. La demande précise le domaine d'action concerné. / III. Le bénéfice des délégations de gestion prévues au I et au II est subordonné à la conclusion de la convention entre le demandeur et le représentant de l'Etat prévue par le paragraphe 7 de l'article 123 du règlement (UE) n° 1303/2013 du 17 décembre 2013 susvisé. Cette convention précise les modalités de gestion, les responsabilités respectives, les procédures prévues par l'autorité délégataire pour atteindre les objectifs prévus et veiller au respect des réglementations européennes et nationales, ainsi que les modalités de supervision de la gestion déléguée par l'autorité délégante. ».
4. Par convention du 7 octobre 2015, relative à la mise en œuvre des dispositions du règlement UE n° 1305/2013 du 17 décembre 2013 concernant la politique de développement rural de l’ile de La Réunion, le département de La Réunion a été désignée comme autorité de gestion du Programme de développement rural (PDR) pour la période 2014-2020. L’article 2.3 de cette convention stipule que le département s’engage à appliquer les instructions transversales, élaborées par le ministère chargé de l’agriculture, l’agence de services et de paiement et les régions et validées par le comité technique transversal, et leurs mises à jour et à en superviser la bonne application par les services instructeurs. Les indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN) font parties des mesures relevant de la programmation 2014-2020, entrant dans le cadre de cette convention. L’article 5.1 stipule que les directions de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (DAAF) assurent la fonction de guichet unique et de service instructeur des mesures et effectuent les contrôles administratifs relatifs à l’éligibilité de l’aide. La présidente du département délègue la signature de la décision d’attribution de l’aide et notamment de l’ICHN au directeur de la DAAF, ainsi que de la décision défavorable. Aux termes de l’article 6.6.2 de cette convention, le département assure sa propre défense devant les juridictions administratives en cas de contestation de décisions d’attribution d’aide, de décisions implicites ou explicites de rejet et décisions de déchéance. Si la requérante soutient que cette convention est irrégulière, elle n’apporte aucun élément à l’appui de son moyen. Le mémoire en défense produit par le département de La Réunion est par suite recevable.
Sur l’ordonnance attaquée :
5. Aux termes de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative : « Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé. ».
6. A l’occasion de la contestation en appel de l’ordonnance prenant acte du désistement d’un requérant en l’absence de réponse à l’expiration du délai qui lui a été fixé pour produire un mémoire récapitulatif, il incombe au juge d’appel, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l’intéressé a reçu la demande mentionnée par les dispositions de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative, que cette demande fixait un délai d’au moins un mois au requérant pour répondre et l’informait des conséquences d’un défaut de réponse dans ce délai, que le requérant s’est abstenu de répondre en temps utile et d’apprécier si le premier juge, dans les circonstances de l’affaire, a fait une juste application des dispositions de l’article R. 611-8-1.
7. Il ressort des pièces de la procédure devant le tribunal administratif que la SCEA Chemin l’Évêque Indivision de M. C... a saisi le tribunal administratif de La Réunion le 4 décembre 2021 d’une requête de sept pages. Le préfet de La Réunion et le département ayant produit en défense, elle a produit un second mémoire le 24 décembre 2022, intitulé « mémoire récapitulatif n° 1 ». Après l’enregistrement le 16 avril 2024 d’un nouveau mémoire du département, par un courrier du 20 avril 2023, le président de la formation de jugement lui a demandé de reprendre dans un délai d’un mois, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l’instance en cours, en l’informant que, à défaut d’avoir produit ce mémoire dans le délai imparti, il serait réputé s’être désisté de sa requête.
8. Compte tenu de l’ensemble de ces circonstances, et notamment du caractère récapitulatif du second mémoire produit par la SCEA, l’auteur de l’ordonnance attaquée n’a pas fait une juste application de la faculté ouverte par les dispositions de l’article R. 611-8-1 du code de justice administrative. Par suite, la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de monsieur C... est fondée à soutenir que l’ordonnance attaquée est entachée d’irrégularité.
9. Il résulte de ce qui précède que l’ordonnance du 30 juin 2023 du magistrat désigné du tribunal administratif de La Réunion doit être annulée. Il y a lieu pour la cour de statuer, par la voie de l’évocation, sur l’ensemble des conclusions et moyens présentés par la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C... tant devant la cour que devant le tribunal administratif de La Réunion.
Sur les conclusions aux fins d’annulation de la décision implicite de rejet de la demande d’ICHN 2021, dont il a été accusé réception le 6 avril 2021 :
10. Aux termes de l’article 3 du décret du 3 juin 2014 relatif à la gestion de tout ou partie des fonds européens pour la période 2014-2020 : « I. La demande d'une région ou d'un groupement d'intérêt public tendant à se voir confier par l'Etat tout ou partie de la gestion d'un fonds européen par délégation de gestion, en application du 1° du I de l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 susvisée, est adressée au représentant de l'Etat compétent, accompagnée de la délibération en ce sens de son organe délibérant, dans le délai de deux mois à compter de l'adoption du programme européen concerné. (…)/III. Le bénéfice des délégations de gestion prévues au I et au II est subordonné à la conclusion de la convention entre le demandeur et le représentant de l'Etat prévue par le paragraphe 7 de l'article 123 du règlement (UE) n° 1303/2013 du 17 décembre 2013 susvisé. Cette convention précise les modalités de gestion, les responsabilités respectives, les procédures prévues par l'autorité délégataire pour atteindre les objectifs prévus et veiller au respect des réglementations européennes et nationales, ainsi que les modalités de supervision de la gestion déléguée par l'autorité délégante. ».
11. Par convention du 9 novembre 2015, relative à la délégation de certaines tâches de l’autorité de gestion du programme de développement rural à la direction de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt (DAAF) pour la période de programmation 2014-2020, le département est autorité de gestion et la DAAF est désignée guichet unique instructeur pour les dispositifs concernant la politique de développement rural du département de La Réunion, parmi lesquels figure la mesure 13 « indemnités compensatoires de handicaps naturels», objet de la demande de la société appelante. L’annexe 1.1.a de cette convention décrit la trame du circuit de gestion pour cette mesure. La demande d’aide est réceptionnée par la direction de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt, laquelle procède à son instruction, vérifie les critères d’éligibilité, contrôle les pièces justificatives et procède au calcul de l’aide.
12. Aux termes de l’article 4 du décret du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l’Etat pour des projets d’investissement : « I. La demande de subvention mentionnée à l'article 3 fait l'objet d'un accusé de réception conformément aux dispositions prévues au chapitre II du titre Ier du livre Ier du code des relations entre le public et l'administration./ II. L'autorité compétente pour attribuer la subvention informe le demandeur, dans un délai de deux mois à compter de la date de réception de la demande, du caractère recevable de sa demande au regard de l'arrêté mentionné au I de l'article 3. / En l'absence de réponse formelle de l'administration à l'expiration du délai de deux mois, la demande de subvention est réputée recevable. /Dans le cas où elle est déclarée irrecevable par l'autorité compétente, une nouvelle demande de subvention peut être présentée dans les conditions prévues à l'article 3. » et aux termes de l’article 7 de ce décret : « L'autorité compétente dispose d'un délai maximum de huit mois à compter de la date d'accusé de réception de la demande de subvention pour instruire la demande et attribuer la subvention./Toutefois, l'autorité compétente peut proroger ce délai par décision dûment motivée adressée au demandeur fixant une date limite de prorogation./ Toute demande de subvention qui n'a pas donné lieu à décision attributive au sens du présent décret dans ce délai, le cas échéant prorogé, est rejetée implicitement. /Si, après rejet, la demande de subvention est présentée de nouveau, elle constitue une nouvelle demande. ».
13. En premier lieu, une décision implicite est réputée prise par l’autorité qui est saisie de la demande. En conséquence, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte ne peut qu’être écarté.
14. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».
15. La SCEA soutient avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet par courrier du 28 octobre 2021. Toutefois, conformément aux dispositions précitées de l’article 7 du décret n° 2018-514 du 25 juin 2018, aucune décision implicite de rejet n’était intervenue à cette date, dès lors que ladite décision est née, en cours d’instance, le 6 décembre 2021, aux termes de huit mois à compter de la date d'accusé de réception de la demande de subvention. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société appelante aurait demandé les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de rejet implicite de sa demande est dépourvue de motivation ne peut qu’être écarté.
16. En troisième lieu, la convention du 9 novembre 2015 a été prise en application du décret du 3 juin 2014 relatif à la gestion de tout ou partie des fonds européens pour la période 2014-2020 et après que, par délibérations, d’une part, de l’assemblée plénière du conseil régional du 22 avril 2014, certifiée exécutoire et publiée le 25 avril 2014, d’autre part, du conseil général de La Réunion du 20 juin 2014, rendue exécutoire à compter du 10 juillet 2014, le département a été désigné comme autorité de gestion pour la gestion et la mise en œuvre du FEADER sur la période 2014/2020 dans le respect de la réglementation européenne et nationale. Par suite, le moyen tiré par la SCEA requérante de ce que la convention du 9 novembre 2015 serait dépourvue de base légale et ne lui serait pas opposable doit être écarté.
17. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C... sans apporter aucune précision à l’appui de son moyen, les dispositions du décret du 25 juin 2018 relatif aux subventions de l’Etat pour des projets d’investissement sont applicables aux aides accordées au titre du FEADER.
18. En cinquième lieu, l’instruction technique DGPE/SDPAC/2020-436 du 8 juillet 2020, publiée au bulletin officiel du ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire du 10 juillet 2020 expose les conditions d'éligibilité des demandeurs aux régimes de paiements directs et certaines aides du second pilier de la politique agricole commune, parmi lesquelles l’indemnité compensatoire de handicaps naturels. Aux termes de l’article 3.4.1 de cette instruction technique : « en cas de décès avant la date à laquelle est appréciée la qualité du demandeur et succession non réglée, la demande d’aide est déposée au nom de l’indivision concernée et signée du notaire ou d’un indivisaire qui est mandaté par tous les indivisaires. (…) La vérification de l’existence et du maintien de l’indivision doit faire l’objet d’un contrôle administratif lors de chaque campagne PAC. Une attestation notariée est nécessaire pour vérifier l’existence de l’indivision ». L’article 3.4.8 de cette instruction dispose que la vérification de la légalité de la mise à disposition des terres peut s’imposer au cas par cas, si des doutes sont portés à l’attention de l’administration par une partie, ce qui peut conduire au refus de payer des aides. Le moyen tiré de ce que les dispositions de cette instruction technique, qui fixent les conditions d’octroi des aides du second pilier de la politique agricole commune, ne s’appliquent pas à la demande de la société doit être écarté.
19. En sixième lieu, si la SCEA Chemin l’Evêque-Indivision de M. C... soutient qu’elle ignorait quelles pièces elle devait produire en vue de l’instruction de son dossier, il ressort des pièces du dossier, notamment de l’accusé de réception du 6 avril 2021 de son dossier PAC 2021 qu’elle a déposé sa demande sans produire aucune pièce justificative et que dès le 27 novembre 2020, le directeur de l’agriculture et de la forêt lui avait indiqué que, pour obtenir les aides agricoles demandées, il lui appartenait de justifier de la maîtrise du foncier par la production d’une convention ou d’une autorisation des indivisaires. Par suite, le moyen doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les fins de non-recevoir opposée en défense devant le tribunal administratif, que la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision lui refusant le bénéfice de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels au titre de la campagne 2021.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
21. Le présent arrêt rejette les conclusions en annulation présentées par l’appelante et n’implique aucune mesure d’exécution au titre des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative. Les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais d’instance :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit à la demande présentée à ce titre par la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de monsieur C.... Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C... la somme demandée sur ce fondement par le département de La Réunion.
décide :
Article 1er : L’ordonnance du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de La Réunion en date du 30 juin 2023 est annulée.
Article 2 : La demande présentée par la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C... devant le tribunal administratif de La Réunion et le surplus des conclusions de sa requête sont rejetés.
Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative par le département de La Réunion sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la SCEA Chemin l’Évêque-Indivision de M. C..., au département de La Réunion et à la ministre de l'agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l’audience du 28 octobre 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Munoz-Pauziès, présidente,
- Mme Martin, présidente-assesseure,
- Mme Cazcarra, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 novembre 2025.
La rapporteure,
B. MARTINLa présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
L. MINDINE
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.