jeudi 4 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02352 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la même autorité a prononcé à son encontre une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2301543 du 28 mars 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2023, M. B, représenté par Me Lanne, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux du 28 mars 2023 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 23 mars 2023 du préfet de la Gironde ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son principe et de sa durée ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Par une décision n° 2023/006716 du 8 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. B, ressortissant colombien, est entré irrégulièrement en France le 12 décembre 2016, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 juillet 2017. Le 15 janvier 2018, il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et a fait concomitamment l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, qu'il n'a pas exécutée. Par un nouvel arrêté du 17 novembre 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 8 juillet 2022 du tribunal administratif de Bordeaux, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 9 juillet 2020 au titre de sa vie privée et familiale en France et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. S'étant maintenu irrégulièrement en France, M. B a été interpellé le 22 mars 2023 par les services de police en raison d'une infraction routière. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet de la Gironde a pris à son encontre une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet a également ordonné son assignation à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de quarante-cinq jours. M. B relève appel du jugement du 28 mars 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
3. En premier lieu, M. B reprend ses moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que cette décision méconnaît également les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, il ne se prévaut d'aucun élément de fait ou de droit nouveau ni d'aucune pièce nouvelle par rapport à l'argumentation développée en première instance et ne critique pas utilement les réponses apportées par le premier juge qui a écarté à juste titre ces moyens en relevant que M. B est entré irrégulièrement en France, qu'il s'est vu refuser l'asile, qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, que la communauté de vie, dont il se prévaut, avec une compatriote titulaire d'une carte de résident, est récente à la date de la décision contestée, que sa compagne et son fils âgé de trois ans, peuvent se rendre en Colombie, pays dont ils conservent la nationalité, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses autres frères et sœurs ainsi que son fils aîné et qu'enfin le comportement de M. B, qui a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 28 mars 2018 à une peine d'emprisonnement d'un an et six mois pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, puis par un jugement du 22 mai 2019 à une amende pour des faits de recel de bien provenant d'un vol, constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs suffisants et pertinents retenus par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux.
4. En second lieu, à l'appui des autres moyens visés ci-dessus invoqués en première instance, l'appelant ne se prévaut devant la cour d'aucun élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation développée devant le premier juge et ne critique pas utilement la réponse qu'il y a apportée. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs pertinemment retenus par le magistrat désigné du tribunal.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 4 janvier 2024.
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.