mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02579 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SCP BAUER-VIOLAS FESCHOTTE-DESBOIS SEBAGH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société anonyme simplifiée Grands Travaux Austral (GTA) Mayotte a demandé au tribunal administratif de Mayotte d'établir le solde du lot n° 2 " Gros œuvre " du marché de travaux relatif à la construction du collège de Kwalé en le fixant à la somme de 1 031 887, 50 euros et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 161 682, 63 euros correspondant au règlement tardif des situations de travaux des lots n° 2 et 3 de ce marché.
Par un jugement n° 1700576 du 3 juillet 2019, le tribunal administratif de Mayotte a déchargé la société GTA Mayotte de l'obligation de payer les pénalités de retard figurant dans le décompte général relatif à l'exécution du lot n° 2 et a rejeté le surplus de la requête.
Par un arrêt n° 19BX03288 du 11 avril 2022, la Cour administrative d'appel de Bordeaux a condamné l'Etat à verser à la société GTA Mayotte la somme de 185 000 euros au titre du règlement de son marché, a condamné le groupement de maîtrise d'œuvre, dont M. B était le mandataire, à garantir l'Etat à hauteur de 50 % du montant de cette condamnation, et a réformé dans cette mesure le jugement du tribunal administratif de Mayotte du 3 juillet 2019.
Par une ordonnance n° 474983 du 11 octobre 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis à la Cour la requête en tierce opposition formée par la société Ingen Manag Genie Energet Energ Nouv (Imageen) et la société Cotel Darwin Concept formée les 12 juin et 12 septembre 2023 à l'encontre de l'arrêt de la Cour rendu le 11 avril 2022 sous le n° 19BX03288.
Procédure devant la Cour :
Par une requête en tierce opposition et des mémoires, enregistrés les 13 octobre 2023, 5 janvier et 12 mars 2024, la société Imageen et la société Cotel Darwin Concept, représentées par la SCP Fournier et Associés, demandent à la Cour :
1°) de déclarer nul et non avenu à leur égard l'arrêt rendu par la Cour administrative d'appel de Bordeaux le 11 avril 2022 sous le n° 19BX03288 ;
2°) de rejeter la requête d'appel présentée par la société GTA Mayotte et les conclusions d'appel en garantie formées par l'Etat ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société GTA Mayotte une somme de 4 000 euros à verser à chacune d'elle au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
En ce qui concerne la recevabilité de leur requête en tierce opposition :
- l'arrêt rendu le 11 avril 2022 par la cour administrative d'appel de Bordeaux préjudicie à leurs droits dès lors qu'en condamnant le groupement de maîtrise d'œuvre, dont elles faisaient partie, à garantir partiellement l'Etat des condamnations prononcées contre lui, cet arrêt revient à mettre à leur charge une somme d'argent ;
- elles n'étaient ni présentes ni représentées au cours de l'instance qui a donné lieu à l'arrêt du 11 avril 2022 ; si M. B était le mandataire du groupement, celui-ci présentait un caractère conjoint et non solidaire ; ainsi, M. B n'était nullement habilité à représenter devant le juge administratif l'ensemble des entreprises composant le groupement de maîtrise d'œuvre ;
- elles justifient d'un intérêt propre et non concordant avec celui de M. B dès lors que, si ce dernier était solidairement responsable envers le maître de l'ouvrage du fait des autres membres du groupement en raison de sa qualité de mandataire solidaire, ces autres membres ne pouvaient être responsables que de leurs propres manquements éventuels à leurs obligations contractuelles.
En ce qui concerne le bien-fondé de leur demande :
- la société Imageen n'était pas chargée de la mission ACT par le marché de maîtrise d'œuvre ; en conséquence, sa condamnation ne pouvait être prononcée en raison d'un manquement de la maîtrise d'œuvre dans l'exercice d'une telle mission ;
- la société Cotel est intervenue en qualité de bureau d'études fluides/électricité ; ainsi, ses missions étaient sans rapport avec les manquements allégués par la société GTA Mayotte pour obtenir la condamnation du maître de l'ouvrage et des maîtres d'œuvre ; sa condamnation ne pouvait être prononcée en conséquence ;
- la Cour a méconnu le principe de responsabilité personnelle en condamnant l'ensemble des membres du groupement de maîtrise d'œuvre à garantir partiellement l'Etat de la condamnation prononcée contre celui-ci dès lors que le groupement formé entre les maîtres d'œuvre présentait un caractère conjoint et non solidaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 janvier et 26 février 2014, la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et jeux olympiques et paralympiques conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête en tierce opposition ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'arrêt de la Cour soit confirmé en tant qu'il a condamné le groupement de maîtrise d'œuvre à garantir l'Etat à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée.
Elle soutient que :
- la tierce opposition n'est pas recevable dès lors que les sociétés tierces opposantes étaient représentées devant la Cour par M. B, qui était mandataire solidaire du groupement de maîtrise d'œuvre, dont elles étaient membres ; à ce titre, les obligations contractuelles du groupement n'ont pas pris fin en l'absence de décision du maître de l'ouvrage en application de l'article 9.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de maîtrise d'œuvre ; ainsi, M. B avait conservé la qualité de mandataire solidaire des autres membres du groupement pendant l'instance devant la Cour, qui n'avait pas à appeler à la cause les autres membres du groupement ;
- en tout état de cause, les sociétés tierces opposantes avaient des intérêts concordants à l'instance avec ceux de M. B dès lors que celui-ci pouvait être condamné à verser l'intégralité des sommes retenues par la Cour au nom du groupement ; M. B avait donc intérêt à contester la faute imputée aux autres maîtres d'œuvre, comme ces derniers auraient pu le faire s'ils avaient présenté des écritures devant la Cour.
- M. B n'est pas recevable, au cours de l'instance en tierce opposition, à opposer une fin de non-recevoir à la demande de l'Etat tendant à être garanti des condamnations par le groupement de maîtres d'œuvre ; il lui incombait de soulever cette fin de non-recevoir au cours de l'instance précédente ; en tout état de cause, l'Etat avait appelé en garantie M. B et non le groupement seul.
Au fond, les moyens soulevés par les sociétés tierces opposantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 22 janvier 2024, M. A B, représenté par l'AARPI CLL Avocats, agissant par Me Caron, demande à la Cour :
1°) de faire droit à la requête en tierce opposition présentée par la société Imageen et la société Cotel Darwin Concept ;
2°) à titre principal, de rejeter la requête d'appel présentée par la société GTA Mayotte et, à titre subsidiaire, de rejeter l'appel en garantie présenté par l'Etat à l'encontre du groupement de maîtrise d'œuvre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat ou de toute partie perdante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'appel en garantie présenté par l'Etat n'est pas recevable dès lors qu'il est dirigé contre un groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, lequel est dépourvu de personnalité juridique ;
- au fond tous les moyens soulevés par l'Etat et par la société GTA Mayotte doivent être écartés comme infondés.
Par un mémoire, enregistré le 21 février 2024, la société GTA Mayotte, représentée par la SELAS Fidal, agissant par Me Cerveaux, conclut :
1°) au rejet de la requête en tierce opposition ;
2°) au rejet des conclusions présentées par M. B ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés Imageen et Darwin Cotel Concept une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité de la tierce opposition :
- les sociétés tierces opposantes étaient représentées au cours de l'instance devant la Cour par M. B, mandataire solidaire du groupement, et avaient en conséquence avec ce dernier un intérêt concordant ; leur requête en tierce opposition est par conséquent irrecevable ;
- dans tous les cas, la tierce opposition doit être regardée comme tendant à ce que l'arrêt rendu le 11 avril 2022 soir déclaré nul et non avenu seulement en tant qu'il a condamné le groupement de maîtres d'œuvre à garantir l'Etat à hauteur de 50 % du montant de la condamnation prononcée contre ce dernier ; elle ne permet dès lors pas de rejuger le litige qui a opposé l'Etat à la société GTA Mayotte.
Au fond : tous les moyens de la requête doivent être écartés comme infondés et que l'arrêt du 11 avril 2022 doit être confirmé en toutes ses dispositions.
Par ordonnance du 26 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2024 à 12h00.
Le 28 mai 2024 parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B s'associant à la tierce opposition dès lors qu'il était partie à l'instance ayant donné lieu à l'arrêt de la Cour du 11 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Faïck,
- les conclusions de M. Anthony Duplan, rapporteur public,
- et les observations de Me Blanc, substituant la SCP Fournier et associés, pour la société Imageen, la société Cotel Darwin Concept et la société Ingenierie conception maitrise (Incom), et de Me Meyer, substituant la société CLL Avocats, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 22 mai 2012, l'Etat, représenté par le vice-recteur de Mayotte, a confié à un groupement conjoint, dont M. B était le mandataire solidaire, la maîtrise d'œuvre des travaux de construction du collège de Kwalé. Par des marchés signés les 17 octobre et 6 décembre 2013, le lot n° 2 " gros œuvre " et le lot n° 3 B " menuiserie bois/occultation " du projet de construction ont été confiés à la société Grands Travaux Austral (GTA) Mayotte. La réception des bâtiments B, E, F, G, H et I a été prononcée le 5 septembre 2016 avec effet au 2 février 2015 pour les bâtiments D, E, F et G, et au 25 août 2015 pour les autres bâtiments. Le décompte général relatif à l'exécution du lot n° 2, signé par le maître d'ouvrage le 23 décembre 2016, comportait au débit de la société GTA Mayotte une somme de 329 009,55 euros, tandis que le solde du décompte général du lot n° 3 B, également signé le 23 décembre 2016, a fait apparaître un montant nul. Par deux mémoires en réclamation reçus le 3 février 2017, la société GTA Mayotte a contesté le solde des décomptes généraux relatifs à ces lots n° 2 et 3 B. Ces réclamations ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, la société GTA a saisi le tribunal administratif de Mayotte d'une demande tendant à la décharge des pénalités de retard appliquées au titre de l'exécution du lot n° 2, à la condamnation de l'Etat à lui verser les sommes de 1 031 887, 50 euros en raison des surcoûts exposés à l'occasion des travaux relatifs au lot n° 2, de 161 682, 63 euros au titre des intérêts moratoires pour le règlement tardif des situations de travaux du lot n° 2, et de 3 310, 02 euros représentant les intérêts moratoires résultant du règlement tardif des situations de travaux du lot n° 3.
2. Par un jugement rendu le 3 juillet 2019, le tribunal administratif de Mayotte a déchargé la société GTA Mayotte des pénalités de retard figurant dans le décompte général relatif au lot n° 2 " gros œuvre " et a rejeté le surplus de la demande. Par un arrêt n° 19BX03288 du 11 avril 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux, saisie par la société GTA Mayotte, a condamné l'Etat à verser à cette dernière la somme de 185 000 euros en réparation de ses préjudices entraînés par le démarrage tardif des travaux, a condamné le groupement de maîtrise d'œuvre à garantir l'Etat à hauteur de 50 % du montant de cette condamnation, et a réformé dans cette mesure le jugement du tribunal. La société Imageen et la société Cotel Darwin Concept, membres du groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, demandent à la Cour, par la voie de la tierce opposition, de déclarer nul et non avenu l'arrêt n° 19BX03288 en tant qu'il a, à l'article 2 de son dispositif, condamné le groupement de maîtrise d'œuvre, dont elles font partie, à garantir l'Etat à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée.
Sur la recevabilité de la tierce-opposition :
3. Aux termes de l'article R. 832-1 du code de justice administrative : " Toute personne peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle qui préjudicie à ses droits, dès lors que ni elle ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans l'instance ayant abouti à cette décision. ". Il résulte de ces dispositions que toute personne qui n'a été ni appelée ni représentée dans l'instance peut former tierce opposition à une décision du juge administratif. Cette voie de rétractation est ouverte à ceux qui se prévalent d'un droit auquel la décision entreprise aurait préjudicié.
En ce qui concerne les conclusions de M. B :
4. M. B a été partie à l'instance, au cours de laquelle il a produit des écritures, et qui a donné lieu à l'arrêt n° 19BX03288 de la Cour. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait droit à la tierce opposition formée par les sociétés Imageen et Cotel sont irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions des société Imageen et Cotel :
S'agissant de l'existence d'un lien juridique de représentation :
5. Aux termes de l'article 2 du cahier des clauses particulières (CCP) du marché de maîtrise d'œuvre en litige : " Pièces constitutives du marché. Les pièces constitutives du marché sont les suivantes : () le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de prestations intellectuelles publié au Journal officiel le 16 octobre 2009 (arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du CCAG applicable aux marchés publics de prestations intellectuelles) ". Aux termes de l'article 3.5 du CCAG/PI approuvé par l'arrêté du 16 septembre 2009 : " 3. 5. Cotraitance : Les règles relatives à la cotraitance sont fixées par les articles 51, 102 et 106 du code des marchés publics () ". Aux termes de l'article 51 du code des marchés publics applicable au marché en litige : " Le groupement est conjoint lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations qui sont susceptibles de lui être attribuées dans le marché. Le groupement est solidaire lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement est engagé financièrement pour la totalité du marché. II. - Dans les deux formes de groupements, l'un des opérateurs économiques membres du groupement, désigné dans l'acte d'engagement comme mandataire, représente l'ensemble des membres vis-à-vis du pouvoir adjudicateur, et coordonne les prestations des membres du groupement. Si le marché le prévoit, le mandataire du groupement conjoint est solidaire, pour l'exécution du marché, de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard du pouvoir adjudicateur. ".
6. Il ressort de l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre signé avec l'Etat que les société Imageen et Cotel appartenaient à un groupement de maîtrise d'œuvre présentant un caractère conjoint dont M. B était le mandataire solidaire. A cet égard, l'article 1er de l'acte d'engagement du marché stipule que " Le mandataire du groupement conjoint est solidaire de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard de la personne publique pour l'exécution du marché. La bonne exécution des prestations ci-après dépend essentiellement de la personne physique suivante : A B () ". Aux termes de l'article 9.2 du CCP du marché de maîtrise d'œuvre en litige : " () L'achèvement de la mission fait l'objet d'une décision établie par la PRM, sur demande du maître d'œuvre ".
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article 51 du code des marchés publics que le mandataire solidaire d'un groupement conjoint est solidaire de chacun des membres du groupement pour ses obligations contractuelles à l'égard du pouvoir adjudicateur en ce qui concerne l'exécution du marché. De même, il résulte des stipulations précitées de l'acte d'engagement que M. B, en tant que mandataire du groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, est solidaire des autres membres de ce groupement, vis-à-vis du maître de l'ouvrage, pour toute question se rapportant à l'exécution du marché. Dans ces conditions, la solidarité qui pèse sur M. B ne saurait être regardée comme allant jusqu'à lui conférer un mandat de représentation en justice des autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre. Par ailleurs, un tel mandat n'est prévu par aucune autre stipulation contractuelle. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que les sociétés Imageen et Cotel Darwin Concept ne sont pas recevables à former tierce opposition, dès lors qu'elles étaient représentées par M. B au cours de l'instance ayant donné lieu à l'arrêt n° 19BX03288, doit être écartée.
S'agissant de l'existence d'intérêts concordants :
8. Il résulte également des dispositions de l'article R. 821-1 du code de justice administrative, citées au point 3, que lorsqu'une personne a été représentée à l'instance par une partie ayant des intérêts concordants avec les siens, elle n'est pas recevable à former tierce-opposition contre la décision juridictionnelle rendue à l'issue de cette instance.
9. Pour condamner le groupement de maîtrise d'œuvre à garantir l'Etat de sa condamnation à hauteur de 50 %, la Cour a jugé, dans son arrêt n° 19BX03288, que ce groupement avait manqué à sa mission d'assistance au maître de l'ouvrage (ACT) pour la passation des marchés de travaux, en s'abstenant de signaler au vice-recteur de Mayotte que la répartition des tâches confiées aux titulaires des lots n°1 et 2 du marché présentait des incohérences qui ont été à l'origine des retards dans le démarrage des travaux.
10. L'annexe à l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre procède non seulement à une répartition des honoraires, mais également à une répartition des tâches entre les maîtres d'œuvre. A ce titre, la mission ACT des lots n° 1 et 2, dont l'exécution défaillante a fondé la condamnation prononcée par la Cour, a été confiée à M. B et non à la société Imageen qui était chargée d'assurer la protection thermique et la ventilation naturelle des bâtiments. Par suite, cette dernière société aurait pu soutenir, en arguant du caractère conjoint du groupement, que son périmètre d'intervention était étranger au dommage. Il s'ensuit que l'intérêt de la société Imageen ne rejoignait pas celui de M. B. De même, il résulte de l'annexe à l'acte d'engagement que la société Cotel Darwin Concept était chargée d'une mission ACT des lots " fluide/électricité " et " plomberie " pour lesquels elle est intervenue en qualité de bureau d'études. Ainsi, l'intervention de la société Cotel Darwin Concept était, elle aussi, sans rapport avec l'exécution des lots n° 1 et 2 au titre de laquelle le groupement de maîtrise d'œuvre a été condamné par la Cour. La société Cotel Dawrin Concept justifiait, en conséquence, d'un intérêt propre qui ne rejoignait pas celui de M. B.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il n'existait pas d'intérêts concordants entre M. B et les sociétés tierces-opposantes.
12. Il résulte de tout ce qui précède la tierce-opposition est recevable.
Sur le bien-fondé de la tierce-opposition :
13. Ainsi qu'il vient d'être dit, ni la société Imageen ni la société Cotel Darwin Concept, membres conjoints du groupement, et responsables à ce titre des seules prestations définies dans leurs marchés, n'étaient investies de la mission ACT des lots n° 1 et 2 du marché de travaux dont l'exécution défaillante a conduit la Cour à condamner le groupement de maîtres d'œuvre à garantir partiellement l'Etat de sa condamnation. Par suite, les sociétés Imageen et Cotel Darwin Concept sont fondées à demander que l'article 2 de l'arrêt n° 19BX03288 de la Cour du 11 avril 2022 soit déclaré nul et non avenu en tant qu'il les condamne à garantir l'Etat à hauteur de la moitié du montant mis à sa charge.
Sur les frais d'instance :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : L'article 2 de l'arrêt n° 19BX03288 du 11 avril 2022 est déclaré nul et non avenu en tant qu'il condamne les sociétés Imageen et Cotel Darwin Concept à garantir l'Etat à hauteur de la moitié du montant de la condamnation prononcée à son encontre.
Article 2 : Les conclusions des parties présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Imageen, à la société Cotel Darwin Concept, à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à la société Grands Travaux Australs Mayotte et à M. A B.
Copie pour information en sera délivrée à la société Ingénierie Conception Maîtrise (Incom), au Rectorat de Mayotte et au Ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Ghislaine Markarian, présidente,
M. Frédéric Faïck, président-assesseur,
M. Julien Dufour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
Le rapporteur,
Frédéric Faïck
La présidente,
Ghislaine Markarian
La greffière,
Catherine Jussy
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026