jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-23BX02720 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler les arrêtés du 2 octobre 2023 par lesquels le préfet des Pyrénées-Atlantiques, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, et d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement no 2302553 du 10 octobre 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour administrative d'appel :
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2023, M. A, représenté par
Me Kirimov, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 10 octobre 2023 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler les arrêtés du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 2 octobre 2023 ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé quant aux erreurs de fait commises par le préfet sur l'ancienneté de son séjour en France et à son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le tribunal n'a pas statué sur son droit au séjour au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'insuffisance de motivation en l'absence de mention de l'inexistence de liens familiaux au Maroc, de ses nombreuses expériences professionnelles en France et quant à la prétendue menace pour l'ordre public qu'il représenterait ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs manifestes dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de la durée de sa présence en France où résident également ses deux sœurs et son ex-épouse, des titres de séjour dont il a pu bénéficier, de l'exercice d'une activité professionnelle et de l'absence de toute attache familiale au Maroc ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa vie privée et familiale se situe exclusivement en France, ses deux parents étant décédés au Maroc depuis plusieurs années ;
- la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public au regard de la seule condamnation prononcée en 2022 par le tribunal correctionnel de Pau et qu'il ne pouvait exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre en 2022 dès lors qu'il était en détention ;
- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est privée de base légale.
Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, par une décision n° 2023/009638 en date du 20 décembre 2023, a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a désigné, par une décision du 21 décembre 2022, Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R.222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. ()".
2. M. A, ressortissant marocain né en 1986, est entré en France en 2006 selon ses déclarations et a bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, en dernier lieu en 2010, année au cours de laquelle les époux se sont séparés. M. A n'a pas sollicité le renouvellement du dernier titre de séjour qui lui avait été délivré. En 2022, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de quinze mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur une personne vulnérable suivie d'une incapacité supérieure à 8 jours et, le 12 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. A sa levée d'écrou, le 11 février 2023, il a été assigné à résidence par le même préfet dans le département des Hauts-de-Seine pendant une durée de quarante-cinq jours. Interpellé à Billère par les services de police aux frontières pour une vérification de son droit au séjour, il a fait l'objet, le 2 octobre 2023, de deux arrêtés par lesquels le préfet des Pyrénées-Atlantiques, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, et d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. M. A relève appel du jugement du 10 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux derniers arrêtés.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, si M. A soutient que le jugement attaqué ne comporte aucune motivation quant aux " erreurs de fait commises par la préfecture sur l'ancienneté de son séjour sur le territoire " il ne ressort pas des écritures de première instance qu'il aurait soulevé un moyen tiré de l'erreur de fait. Il résulte, en revanche, de la lecture du point 7 du jugement attaqué que la première juge a répondu au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A, que ce dernier avait soulevé, en relevant notamment, ainsi que l'intéressé l'indique lui-même dans son mémoire de première instance, qu'il est présent sur le territoire français depuis 2007. Par suite, le jugement n'est pas entaché d'irrégularité pour insuffisance de motivation.
4. En second lieu, il ressort de la lecture du point 7 du jugement attaqué que la première juge a répondu au moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le jugement n'est pas entaché d'irrégularité pour omission à statuer.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour () sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
6. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a notamment tenu compte du fait qu'il n'avait pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et de la circonstance qu'il représentait une menace pour l'ordre public. D'une part, le fait, dont M. A se prévaut en appel, qu'il était incarcéré à la date de l'édiction de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 12 mai 2022, ne faisait pas obstacle à ce qu'il l'exécute à sa levée d'écrou, le 11 février 2023, date à laquelle il a d'ailleurs été assigné à résidence. D'autre part, eu égard à la gravité des faits commis, pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre le 5 juillet 2022 à une peine d'emprisonnement d'une durée de quinze mois, et du caractère relativement récent de cette condamnation, le comportement de l'intéressé doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public au sens du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a ni méconnu ces dispositions ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
7. En second lieu, M. A reprend, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens invoqués en première instance visés ci-dessus. Il n'apporte aucun élément de droit ou de fait nouveau, ni aucune pièce nouvelle à l'appui de ces moyens auxquels la première juge a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée du tribunal administratif de Pau.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 1, y compris les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C.
Une copie sera adressée pour information au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Bordeaux, le 15 février 2024.
Karine Butéri
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026