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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX03029

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX03029

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX03029
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantLELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Poitiers d’annuler l’arrêté du 22 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Martin La Pallu l’a placé en position d’activité, dans l’attente de son reclassement, pour la période du 22 février 2021 au 21 mai 2021.

Par un jugement n° 2101383 du 7 juillet 2023, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2023 et un mémoire non communiqué enregistré le 2 octobre 2025, M. A..., représenté par Me Duclos, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 7 juillet 2023 du tribunal administratif de Poitiers ;

2°) d’annuler l’arrêté du 22 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Martin La Pallu l’a placé en position d’activité, dans l’attente de son reclassement, pour la période du 22 février 2021 au 21 mai 2021 ;

3°) d’enjoindre à la commune de Saint-Martin La Pallu de reconstituer sa carrière et de lui permettre la poursuite de sa reconversion professionnelle et son reclassement, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin La Pallu une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en cas d’attribution de l’aide juridictionnelle en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ou, en cas de refus d’octroi de l’aide juridictionnelle, à lui verser cette somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
le jugement est irrégulier en ce qu’il a dénaturé le document signé le 15 février 2021 ;
c’est à tort que le tribunal a estimé que la décision attaquée ne lui faisait pas grief ; il a présenté une demande de reclassement sans en mesurer les conséquences ; à la date à laquelle il a fait cette demande, la période de préparation au reclassement était en cours et il était fondé à obtenir une nouvelle prolongation de celle-ci ;
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé, en droit comme en fait ;
- il a été pris au terme d’une procédure irrégulière, d’une part, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 242-1 du code des relations du code des relations entre le public et l’administration, par son effet abrogatoire illégal sur la convention de mise en œuvre de sa période de préparation au reclassement, qui devait s’achever en avril 2021, et, d’autre part, en méconnaissance des dispositions de l’article 2-3 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dès lors qu’il n’avait pas mis fin à son stage lorsqu’il a sollicité son reclassement par courrier du 20 février 2021 ;
- il est entaché d’un détournement de pouvoir et de procédure, dès lors qu’il a fait l’objet d’une tentative de sanction de licenciement déguisée, orchestrée par le centre de gestion de la Vienne, sur ordre de la commune de Saint-Martin La Pallu, afin de l’écarter du service, alors qu’il était en situation de fragilité professionnelle due à sa souffrance au travail, et qu’il a subi des faits de harcèlement moral de la part du maire, dès sa prise de fonction au sein des effectifs de la commune, et durant plus de dix ans.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 novembre 2024 et 2 octobre 2025 (ce dernier n’ayant pas été communiqué), la commune de Saint-Martin La Pallu, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Normand,
- les conclusions de M. Gasnier, rapporteur public,
- et les observations de Me Kolenc représentant la Commune de Saint Martin La Pallu.



Considérant ce qui suit :

M. A... a été recruté, le 8 juillet 2007, par la commune de Vendeuvre du Poitou, devenue la commune de Saint-Martin La Pallu, en qualité d’adjoint administratif de deuxième classe, au sein des services administratifs de la commune. Par un arrêté du 4 septembre 2017, il été placé en disponibilité d’office pour raisons de santé à titre conservatoire, à compter du 5 septembre 2017, dans l’attente de l’avis du comité médical. Après l’émission d’un avis d’inaptitude totale et définitive à ses fonctions par le comité médical départemental le 20 novembre 2019, précisant que la procédure de reconversion professionnelle devait être mise en place, la commune a informé M. A..., par un courrier du 6 décembre 2019, qu’il pouvait bénéficier d’une période de préparation au reclassement d’une durée d’un an maximum, en position d’activité avec perception de l’intégralité du traitement. M. A... a répondu favorablement à cette proposition le 23 décembre 2019. Un arrêté du maire du 12 février 2020 a placé M. A... en position d’activité, au regard de cette période de préparation au reclassement pour une durée maximale d’un an à compter du 23 décembre 2019. Le médecin de prévention, par une fiche de visite datée du 24 février 2020, a conclu à l’impossibilité pour l’intéressé de travailler pour la commune de Saint-Martin La Pallu, et a préconisé une orientation vers le métier d’archiviste, sans effort physique important, ni exposition aux fortes chaleurs, ni gestion de dates butoirs urgentes, ni contact avec du public ou exposition à un environnement conflictuel. La période de préparation au reclassement, du 23 décembre 2019 au 22 décembre 2020, a fait l’objet d’une convention de mise en œuvre signée le 28 septembre 2020 entre la commune de Saint-Martin La Pallu, le centre de gestion de la Vienne et M. A..., et a été prolongée par un premier avenant, signé le 24 décembre 2020, jusqu’au 21 février 2021. Un second document, signé le 15 février 2021, a prévu une période de stage du 17 février 2021 au 8 avril 2021, sur un poste d’archiviste à l’évêché de Poitiers. Par un courrier du 20 février 2021, M. A... a demandé à la commune de le reclasser au sein de la collectivité, ou dans une autre structure ou une autre fonction publique, compatible avec son état de santé. Par un courrier du 25 mars 2021, le maire de la commune l’a informé qu’aucun reclassement n’était possible au sein de la commune. Par un arrêté 22 mars 2021, le maire de la commune a placé M. A... en position d’activité, dans l’attente de son reclassement, à compter du 22 février 2021, dans la limite de trois mois. M. A... relève appel du jugement du 7 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

En premier lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel, non d’apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée, dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. Par suite, M. A... ne peut utilement soutenir que les premiers juges auraient dénaturé les pièces du dossier en estimant que la période de préparation au reclassement de M. A... avait pris fin, faute de prolongation supplémentaire, le 21 février 2021 en ce que le document signé le 15 février 2021 avec l’évêché de Poitiers n’a pas prévu de la renouveler au-delà de sa première période de prolongation.

En second lieu, aux termes de l’article 2 du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : « (…) La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. Toutefois, l'agent qui a présenté une demande de reclassement peut être maintenu en position d'activité jusqu'à la date à laquelle celui-ci prend effet, dans la limite de la durée maximum de trois mois mentionnée à l'article 3 ».

Il ressort des pièces du dossier et notamment des arrêtés précités par lesquels le maire de la commune a placé M. A... en position d’activité, de la convention de mise en œuvre de la période de préparation au reclassement et de son avenant du 15 février 2021 qui a prévu de donner à cet agent les moyens de réaliser une période de mise en situation du 17 février au 9 avril 2021 pour une durée de 20 jours, selon un planning défini, au sein du service des Archives Historiques de l’archevêché de Poitiers, que la période de préparation au reclassement de M. A... qui a débuté le 23 décembre 2019 a pris fin le 9 avril 2021. Par ailleurs, par son courrier du 20 février 2021, M. A... avait expressément demandé à être reclassé au sein de la collectivité, ou dans une autre structure ou une autre fonction publique. Le courrier du 25 mars 2021 du maire de la commune refusant de faire droit à cette demande de reclassement, motivé par l’absence de poste vacant dans la commune et la circonstance que le médecin de prévention avait préconisé que M. A... ne travaille pas pour la commune n’a pas été contesté par M. A.... L’arrêté attaqué du 21 mars 2021 pris en réponse à la demande de reclassement se borne, pour sa part, en application des dispositions précitées de l’article 2 du décret du 30 septembre 1985, à placer M. A... en position d'activité durant une période maximale de trois mois, soit jusqu’au 21 mai 2021 assurant ainsi à celui-ci le maintien de son plein traitement, pendant une période de trois mois. Si M. A... fait valoir que cet arrêté est entaché d’une erreur de droit en ce que sa période de préparation au reclassement ouvrant droit à rémunération était en cours le 21 mars 2021, cette circonstance de droit et de fait ne faisait néanmoins pas obstacle à l’édiction de l’arrêté attaqué qui résulte de la demande de reclassement présentée par M. A... lui-même. Au demeurant, le terme de l’arrêté attaqué, fixé au 21 mai 2021, est postérieur au terme du 9 avril 2021 de la période de préparation au reclassement et est donc favorable à M. A.... Si M. A... fait également valoir que cet arrêté est entaché d’une erreur de droit en ce que sa période de préparation au reclassement ouvrant droit à rémunération devait nécessairement être prolongée au-delà du 9 avril, il ne l’établit pas alors d’ailleurs que, selon les termes mêmes de l’article 2 précité du décret du 30 septembre 1985, la période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. Dans ces conditions, l’arrêté contesté n’étant pas susceptible d’être regardé comme une décision défavorable au requérant, il ne lui fait pas grief. Enfin, M. A... n’établit pas que sa demande de reclassement présentée le 20 février 2021 serait entachée d’un vice du consentement et n’établit pas davantage que la décision du maire serait entachée d’un détournement de pouvoir. Par suite, c’est à bon droit que le tribunal a estimé que les conclusions à fin d’annulation dirigées à l’encontre de cet arrêté étaient irrecevables.

Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions présentées aux fins d’injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin La Pallu au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




décide

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Martin La Pallu présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et à la commune de Saint-Martin La Pallu.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Zuccarello, présidente de chambre,
M. Normand, président-assesseur,
Mme Farault, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.



Le rapporteur,



N. NORMAND

La présidente,



F. ZUCCARELLO


La greffière,



V. SANTANA


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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