vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-24BX00176 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | LEPLAT JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice lui a infligé la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office.
Par un jugement n° 2102785 du 29 novembre 2023, le tribunal administratif de Pau a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2024, M. D, représenté par Me Leplat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 29 novembre 2023 du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice ;
3°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est irrégulier ; le tribunal s'est indument fondé sur les pièces produites par le ministre de la justice et n'a fait référence ni aux pièces qu'il avait produites, ni à son argumentaire ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- sa hiérarchie ne l'a pas informé, avant sa convocation devant le conseil de discipline, de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre ;
- il a été poursuivi pour des faits anciens, alors que la procédure disciplinaire doit être engagée dans un délai rapproché suivant la commission des faits reprochés ;
- la sanction revêt un caractère disproportionné.
Par un mémoire enregistré le 16 juin 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par l'appelant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2010-1711 du 30 décembre 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy,
- les conclusions de M. Julien Dufour, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, surveillant brigadier pénitentiaire affecté depuis 2004 à la maison d'arrêt de Mont-de-Marsan, s'est vu infliger la sanction disciplinaire de mise à la retraite d'office par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice du 18 juin 2021. Il relève appel du jugement du 29 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de reprendre tous les arguments avancés par le requérant ni davantage de citer de manière exhaustive les pièces produites par ce dernier, ont expressément répondu à l'ensemble des moyens soulevés par D, en y apportant une réponse motivée. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° () les directeurs d'administration centrale (). Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er () ".
4. Par un arrêté du 28 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française le 30 mai 2021, le directeur de l'administration pénitentiaire, habilité à signer l'arrêté attaqué au nom du garde des sceaux, ministre de la justice en vertu des dispositions précitées, a donné délégation de signature à M. A C, adjoint au sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales, à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, tous actes, arrêtés et décisions entrant dans les attributions de cette sous-direction. Par suite, le moyen tiré de ce l'arrêté attaqué, signé par M. A C, serait entaché d'incompétence de son auteur, manque en fait et doit ainsi être écarté.
5. En deuxième lieu, le requérant fait valoir que sa hiérarchie ne l'a pas informé, avant sa convocation devant le conseil de discipline, de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Toutefois, à supposer qu'il ait entendu invoquer un vice de procédure, il n'indique pas sur quelle base légale une telle information aurait été exigée, de sorte que le moyen n'est pas assorti de précisions permettant à la cour d'en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la sanction en litige, prononcée le 18 juin 2021, est fondée sur des faits commis entre 2018 et 2020. Contrairement à ce que soutient le requérant, qui n'invoque d'ailleurs aucun texte ou principe particuliers, ces faits présentaient un caractère relativement récent et pouvaient ainsi donner lieu à des poursuites disciplinaires.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme. Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; - le déplacement d'office. Troisième groupe : - la rétrogradation ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " Tout manquement aux devoirs définis par le présent code expose son auteur à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 7 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre, impartial et probe. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance ". L'article 9 de ce décret dispose que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit s'abstenir de tout acte, de tout propos ou de tout écrit qui serait de nature à porter atteinte à la sécurité et au bon ordre des établissements et services et doit remplir ses fonctions dans des conditions telles que celles-ci ne puissent préjudicier à la bonne exécution des missions dévolues au service public pénitentiaire ". Aux termes de l'article 12 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut faire un usage de la force que dans les conditions et limites posées par les lois et règlements ". Aux termes de l'article 15 dudit décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire a le respect absolu des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire et de leurs droits. Il s'interdit à leur égard toute forme de violence ou d'intimidation () ". Aux termes de l'article 17 de ce même décret : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit en toute circonstance se conduire et accomplir ses missions de telle manière que son exemple ait une influence positive sur les personnes dont il a la charge et suscite leur respect ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
9. L'arrêté contesté du 18 juin 2021 du ministre de l'intérieur prononce la mise à la retraite d'office de M. D au motif qu'il a, les 12, 13 et 18 décembre 2018, commis des violences sur des personnes détenues. Cette décision est également fondée sur ce que M. D a, le 16 novembre 2018, adressé au Président de la République deux courriers afin de faire état du déséquilibre du nombre de détenus d'origine maghrébine au sein des bâtiments du centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, et refusé de se rendre à des convocations ou de répondre à des demandes écrites qui lui ont été adressées par sa hiérarchie afin d'obtenir des explications à la suite de cet envoi. Il lui est également reproché d'avoir adopté un comportement non professionnel lors de la fouille de la cellule d'un détenu le 9 juillet 2019. La sanction est en outre motivée par le fait que M. D a, le 18 juillet 2019, introduit dans les lieux de détention un couteau ainsi qu'un cochon en plastique, puis a provoqué les détenus de confession musulmane avec ce jouet. Il lui est encore reproché d'avoir fait monter dans son véhicule personnel, le 26 juin 2020, une personne détenue venant d'être libérée, et d'avoir, les 26 et 27 juin 2020, diffusé un écrit diffamatoire à l'encontre d'un agent en y évoquant l'état de santé de ce dernier. Il lui est également reproché d'avoir, le 27 juin 2020, commencé son service avec une heure de retard sans justification, laissant ainsi la promenade des détenus sans surveillance, et, d'avoir, le 4 juillet 2020, tenté d'introduire un téléphone dans l'enceinte du centre pénitentiaire. Il lui est enfin reproché de ne pas avoir répondu à une demande écrite d'explications sur les faits survenus les 26 juin, 27 juin et 4 juillet 2020.
10. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 19 novembre 2020, devenu définitif, le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan a reconnu M. D coupable de faits de violences commis les 12 décembre, 13 décembre et 18 décembre 2018 sur des personnes détenues à la maison d'arrêt de Mont-de-Marsan. Il a en particulier été reconnu coupable d'avoir violemment saisi deux détenus par leurs vêtements et d'avoir poussé un autre détenu contre une porte en faisant un geste d'écrasement de son pied. Or, les constatations de fait retenues par le juge pénal, dans la mesure où elles constituent le soutien nécessaire du dispositif de la décision, sont revêtues de l'autorité absolue de la chose jugée et s'imposent au juge de l'action disciplinaire. Le requérant, qui produit un courrier du 22 juin 2020 émanant d'un lieutenant pénitentiaire et d'un major pénitentiaire, fait valoir que ces violences ont été commises dans un contexte particulier, plusieurs détenus, qui l'avaient pris pour cible, ayant proféré à son encontre, de manière répétée, des insultes et menaces. Il indique que, faute de soutien de son administration qui aurait dû lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, il a fini par adopter un comportement inapproprié à l'égard de ces détenus. Toutefois, le requérant, qui a admis lors de la séance du conseil de discipline qu'aucun compte-rendu d'incident n'avait été rédigé, ne démontre pas avoir alerté sa hiérarchie de tels faits et ne soutient pas davantage avoir sollicité en vain le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison des agressions verbales répétées qu'il allègue avoir subies.
11. Il est par ailleurs constant que, le 18 juillet 2019, M. D a introduit dans l'établissement pénitentiaire un cochon en plastique, jouet avec lequel il a provoqué un détenu de confession musulmane. Le requérant a d'ailleurs indiqué, lors de la séance du conseil de discipline, avoir ainsi cherché à humilier ce détenu au motif qu'il l'avait insulté. Le requérant ne conteste pas davantage qu'à cette même date, il a introduit dans la maison d'arrêt de Mont-de-Marsan un couteau de boucher, au mépris des règles de sécurité s'imposant dans ce type d'établissement.
12. M. D ne conteste pas davantage avoir, les 26 et 27 juin 2020, diffusé des écrits diffamatoires à l'encontre d'un agent en y évoquant l'état de santé de ce dernier.
13. Enfin, il ressort des indications de l'arrêté, qui ne sont pas non plus contestées sur ce point, que M. D s'est abstenu, à plusieurs reprises, de répondre aux demandes d'explications de sa hiérarchie.
14. Les faits ci-dessus décrits aux points 10 à 13, dont la matérialité est établie, sont constitutifs de manquements aux obligations déontologiques rappelées au point 5 et aux devoirs d'exemplarité et d'obéissance hiérarchique. Ces faits, qui ainsi qu'il a été dit présentaient un caractère relativement récent à la date de l'arrêté en litige, revêtent ainsi un caractère fautif et sont de nature à justifier une sanction disciplinaire. Ces manquements, répétés, présentent un caractère grave qui ne saurait être atténué par la circonstance invoquée tenant à l'existence d'un climat délétère au sein de l'établissement pénitentiaire. Si le requérant fait valoir que sa manière de servir avait antérieurement donné satisfaction, ses évaluations professionnelles établies au titre des années 2011 et 2012 comportent toutefois de sérieuses réserves. Il ne produit en outre aucun élément relatif à sa manière de servir postérieurement à 2012 et ne conteste pas que, comme l'indique l'arrêté en litige, ses dernières évaluations professionnelles font état d'un positionnement inadapté et dangereux, de nombreuses provocations et d'une attitude nuisible à l'établissement. Dans les circonstances de l'espèce et au regard du pouvoir d'appréciation dont elle disposait, l'administration n'a pas pris une sanction disproportionnée en infligeant à M. D la sanction de mise à la retraite d'office.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, être accueillies.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2025 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Vincent Bureau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
La rapporteure,
Marie-Pierre Beuve-Dupuy
Le président,
Laurent Pouget La greffière,
Andréa Detranchant
La République mande et ordonne au ministre de la justice, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026