Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mmes A... et C... B... ont demandé au tribunal administratif de Bordeaux d’annuler l’arrêté du 10 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré un permis de construire à la SCI Pepilight, ainsi que la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux formulé le 17 mai 2021, et l’arrêté du 11 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré à cette SCI un permis de construire modificatif.
Par un jugement n° 2104751, 2201879 du 17 janvier 2024, le tribunal administratif de Bordeaux, après avoir écarté l’ensemble des moyens de la demande dirigée contre le permis de construire à l’exception de celui relatif à la méconnaissance des dispositions de l’article 2.4.1.1 du règlement de la zone UP 1 du plan local d’urbanisme de Bordeaux Métropole, a prononcé un sursis à statuer sur les conclusions de la demande, en application de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, dans l’attente de l’intervention d’une mesure de régularisation susceptible de remédier au vice.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, la commune de Bordeaux, représentée par Me Bérard, demande à la cour :
d’annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 17 janvier 2024 en tant qu’il sursoit à statuer sur les conclusions de la demande de Mmes B... afin de remédier au vice tiré de la méconnaissance de l’article 2.4.1.1 du règlement de la zone UP 1 du plan local d’urbanisme de Bordeaux Métropole ;
de mettre à la charge solidaire de Mmes B... la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
le jugement est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 9 du code de justice administrative, dès lors que le tribunal administratif n’a pas indiqué en quoi le revêtement de la façade en brique de couleur rouge était susceptible de porter atteinte aux lieux avoisinants ni en quoi le projet n’était pas conforme aux dispositions de l’article 2.4.1.1 du règlement de la zone UP1 du plan local d’urbanisme qui autorise les contrastes dans le choix des matériaux et des teintes ;
le projet en cause ne méconnait pas les dispositions de l’article 2.4.1.1 du règlement du plan local d’urbanisme et ne porte pas atteinte aux lieux avoisinants, caractérisés par une certaine hétérogénéité, le plan local d’urbanisme n’interdisant pas les contrastes de couleur et de matériaux au sein de la ville de Pierre dans le cadre d’un projet de construction neuve ; les constructions avec des parements en briques existent dans l’environnement immédiat, de même que des bâtiments modernes de plusieurs étages avec des ouvertures larges.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ellie ;
- les conclusions de M. Kauffmann, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bérard, représentant la commune de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
La SCI Pepilight a déposé une demande de permis de construire un immeuble de bureaux sur un terrain situé 200 cours Balguerie Stuttenberg, le 23 décembre 2020. Par un arrêté du 10 mars 2021, le maire de la commune de Bordeaux a fait droit à cette demande et par un arrêté du 11 octobre 2021, le maire de la commune a délivré un permis de construire modificatif à la SCI, lequel a pour objet de préciser la destination de l’immeuble. Par un jugement du 17 janvier 2024, le tribunal administratif de Bordeaux, saisi par Mmes B..., a écarté les moyens dirigés contre ces permis de construire à l’exception de celui relatif à la méconnaissance des dispositions de l’article 2.4.1.1 du règlement de la zone UP1 du plan local d’urbanisme de Bordeaux Métropole portant sur l’insertion des constructions dans leur environnement, et a prononcé un sursis à statuer sur les conclusions de la demande, en application des dispositions de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme, dans l’attente d’une mesure de régularisation du permis de construire remédiant au vice constaté. La commune de Bordeaux relève appel de ce jugement du 17 janvier 2024 en tant qu’il a prononcé un sursis à statuer et retenu le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 2.4.1.1 du règlement du plan local d’urbanisme.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
Aux termes de l’article 2.4.1.1. du règlement de la zone UP 1 du plan local d’urbanisme de Bordeaux Métropole : « L’implantation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. (…) / Le choix des matériaux et des teintes peut se faire en contraste ou en continuité avec les matériaux des constructions protégées existantes sur le terrain ou avoisinantes. ». Aux termes de l’article 2.4.1.1.3. de ce règlement : « Le dessin, les proportions, les dimensions, les matériaux et les baies des façades doivent s’adapter à l’architecture de la construction, au caractère des lieux et au paysage des façades environnantes. (…) ». Enfin, l’article 2.4.1.3. de ce règlement dispose : « Toute construction nouvelle, y compris les extensions et surélévations des constructions existantes, doit, par continuité ou contraste architectural, contribuer à conserver et mettre en valeur les "ensembles urbains protégés" tels les séquences urbaines, figures urbaines ou perspectives urbaines repérées aux plans au 1/1000° dits "ville de pierre" du présent règlement. (…) ».
Pour rechercher l’existence d’une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d’une autorisation d’urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il appartient au maire de la commune d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé cours Balguerie Stuttenberg, avenue bordée d’immeubles d’un ou deux étages, fréquemment en pierre blonde. Le cours et les rues adjacentes révèlent également de nombreuses constructions d’architecture plus modernes et d’une hauteur plus importante, comportant des matériaux tels que le béton, la brique ou les parements en briquettes, ainsi que des enduits blancs et de larges fenêtres, notamment pour les commerces en façade. Une série de maisons de ville constitue, à proximité du projet, une séquence urbaine représentative de l’architecture des années 1950. La parcelle d’assiette du projet constitue une « dent creuse » et ne supporte aucune construction à préserver et à mettre en valeur pour des motifs d’ordre architectural, urbain, historiques et/ ou culturel. Elle ne se situe pas davantage au sein d’un ensemble protégé. Si la façade du projet sera composée d’un parement en brique de terre cuite, avec des baies vitrées de style « atelier » en aluminium foncé et cadre béton peint, les dispositions précitées de l’article 2.4.1.1.3. du règlement de la zone UP1 du plan local d’urbanisme prévoient expressément la possibilité de choisir des matériaux et des teintes en contraste avec les constructions protégées avoisinantes. Le bâtiment vient combler une « dent creuse » et présente une hauteur identique à celui qui le borde à droite. Il présente un volume simple qui correspond à la majorité des constructions avoisinantes, en particulier de l’autre côté du cours Balguerie Stuttenberg. Des fenêtres plus larges que hautes peuvent également être observées dans l’environnement immédiat. La vitrine en façade du projet n’est pas de nature à remettre en cause la composition d’un espace public de qualité s’agissant du front bâti du rez-de-chaussée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction projetée ne serait pas adaptée au caractère et à l’intérêt des lieux avoisinants et qu’elle ne contribuerait pas à conserver et mettre en valeur la séquence urbaine dans laquelle elle s’insère, le règlement du plan local d’urbanisme prévoyant que cette mise en valeur peut également être obtenue par contraste architectural. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner le moyen tiré de l’irrégularité du jugement en raison de son insuffisance de motivation, la commune de Bordeaux est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a sursis à statuer sur les conclusions de la demande présentée devant lui dans l’attente de la régularisation du permis de construire s’agissant de l’insertion du projet dans son environnement lié en particulier au matériau et à la couleur de la façade.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge solidaire de Mmes B... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Bordeaux et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er :
Les articles 3 et 4 du jugement du 17 janvier 2024 du tribunal administratif de Bordeaux sont annulés.
Article 2 :
La demande présentée par Mmes B... sous le numéro 2104751 est rejetée.
Article 3 :
Mmes B... verseront solidairement à la commune de Bordeaux une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :
Le présent arrêt sera notifié à la commune de Bordeaux, à Mme A... B..., à Mme C... B... et à la SCI Pepilight.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026 où siégeaient :
Mme Balzamo, présidente,
Mme Molina-Andréo, présidente-assesseure,
M. Ellie, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
Le rapporteur,
S. ELLIE
La présidente,
E. BALZAMO
Le greffier,
C. PELLETIER
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.