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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-24BX01555

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-24BX01555

jeudi 10 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-24BX01555
TypeDécision
Formation6ème chambre (formation à 3)
Avocat requérantNEROME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de la Guadeloupe d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2301029 du 30 mai 2024, le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2025, M. A, représenté par Me Nérôme, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de la Guadeloupe du 30 mai 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir une carte de séjour mention " salarié " ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Guadeloupe qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 4 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2025.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision n° 2024/002437 du 19 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Caroline Gaillard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité haïtienne, né le 8 décembre 1967 à Léogâne (Haïti), est entré sur le territoire français muni d'un visa long séjour, valable du 19 novembre 2018 au 19 novembre 2019. Il a bénéficié d'une carte de séjour en qualité de conjoint de français du 16 janvier 2020 au 6 janvier 2023. Séparé de sa conjointe, il a sollicité le 21 novembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 26 mai 2023, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A relève appel du jugement du 30 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 421-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. () ".

3. Il résulte de la combinaison de l'ensemble des dispositions précitées que la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " est notamment subordonnée à la détention préalable d'un contrat de travail à durée indéterminée, ainsi que d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Ces articles prévoient en outre que la délivrance d'un tel titre puisse être ouverte à l'étranger bénéficiant d'un titre de séjour délivré sur un autre fondement, dès lors que l'intéressé démontre en remplir les conditions et sans que lui soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Au soutien de sa demande de changement de statut d'un titre de séjour " conjoint de français " pour un titre de séjour " salarié " M. A fait valoir, qu'il disposait d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 16 janvier 2023 l'autorisant à travailler et qu'il est titulaire d'un contrat de travail en qualité d'employé polyvalent avec la société Sarl LJK Services. Toutefois, si l'intéressé produit un document intitulé " avenant au contrat du 2 mai 2022 ", l'intéressé ne produit ni en première instance ni en appel le contrat de travail initial à durée déterminée conclu le 1er février 2021 avec la société LJK Services dont il se prévaut, et ne justifie pas disposer d'une autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-2 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié ", le préfet a méconnu les articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. Si aucun élément ne permet de considérer qu'à la date de la décision contestée, à laquelle doit être appréciée sa légalité, M. A, qui fait état en termes généraux de la situation d'insécurité en Haïti à laquelle il aurait été personnellement exposé, en cas de retour dans ce pays, à des risques portant atteinte aux droits protégés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la situation actuelle en Haïti fait obstacle à l'exécution de la décision fixant cet État comme pays de renvoi, eu égard aux stipulations de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées par son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'Intérieur.

Copie sera en outre communiquée au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2025 à laquelle siégeaient :

M. Stéphane Gueguein, président,

Mme Caroline Gaillard, première conseillère,

Mme Charlotte Isoard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 avril 2025.

La rapporteure,

Caroline Gaillard

Le président,

Stéphane Gueguein

La greffière,

Andréa Detranchant

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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