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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-25BX00313

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-25BX00313

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-25BX00313
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantDUMAZ ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... et Mme D... C... épouse B... ont demandé au tribunal administratif de Pau d’annuler les arrêtés du 20 juillet 2023 par lesquels la préfète des Landes a rejeté leurs demandes de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n°s 2302020 ; 2302021 du 30 décembre 2024, le tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes.

Procédures devant la cour :

I. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 5 et 14 février 2025, sous le n° 25BX00313, M. A... B..., représenté par Me Dumaz Zamora, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Pau du 30 décembre 2024 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 20 juillet 2023 par lequel la préfète des Landes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre au préfet des Landes de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L.423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle ;
- il remplit tous les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2025, le préfet des Landes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2025.



II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 5 et 14 février 2025, sous le n° 25BX00317, Mme D... C... épouse B..., représentée par Me Dumaz Zamora, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Pau du 30 décembre 2024 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 20 juillet 2023 par lequel la préfète des Landes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre au préfet des Landes de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L.423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle remplit tous les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2025, le préfet des Landes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2025.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A... et D... B..., ressortissants de nationalité kosovare respectivement nés les 8 octobre 1980 et 6 janvier 1983, sont entrés en France le 24 décembre 2014, selon leurs déclarations. Leurs demandes d’asile, présentées le 13 février 2015, ont été rejetées par des décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 septembre 2015, confirmées par décisions de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 11 mai 2016. Leurs demandes de réexamen ont été rejetées par des décisions de l’OFPRA du 15 septembre 2016 confirmées par la CNDA le 20 février 2017. M. et Mme B... ayant alors sollicité leur admission au séjour, la préfète des Landes a, par des arrêtés du 3 novembre 2017, dont la légalité a été admise par des jugements du tribunal administratif de Pau du 6 février 2018, confirmés par des ordonnances de la présidente de la cour administrative d’appel de Bordeaux du 18 mai 2018, rejeté leurs demandes et assorti ces décisions de mesures d’éloignement, que les intéressés n’ont toutefois pas exécutées. Le 16 novembre 2021, M. et Mme B... ont présenté des demandes d’admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des jugements du 3 avril 2023, le tribunal administratif de Pau a annulé les décisions implicites de rejet opposées à ces demandes par la préfète des Landes et enjoint à l’administration de procéder au réexamen de leur situation. Par deux arrêtés du 20 juillet 2023, la préfète des Landes a de nouveau refusé leurs demandes d’admission au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. et Mme B... relèvent appel du jugement du 30 décembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.


2. Les requêtes n°s 25BX00313 et 25BX00317 présentées par M. et Mme B... sont dirigées contre le même jugement. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En exécution des jugements du tribunal administratif de Pau du 3 avril 2023, la préfète des Landes s’est trouvée de nouveau saisie des demandes de titre de séjour présentées par M. et Mme B... le 16 novembre 2021 sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il ressort des pièces des dossiers que par courriers du 9 mai 2023, reçus le 12 mai suivant, la préfète a demandé aux intéressés de lui transmettre, dans un délai de huit jours, les éléments permettant d’actualiser leurs dossiers d’admission exceptionnelle au séjour. Il ressort des pièces des dossiers que, par courriel du 16 mai 2023, le conseil des requérants a adressé à la préfecture les pièces destinées à l’actualisation de leur situation, et en particulier une promesse d’embauche du 15 mai 2023 de l’entreprise « atelier du Billon » au profit de M. B... pour exercer des fonctions de maçon- charpentier dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée à temps plein, une attestation d’hébergement à titre gratuit de la famille au sein de la paroisse Notre-Dame des Trois Rivières datée du 15 mai 2023, les certificats de scolarité des enfants au titre de l’année scolaire 2022/2023 datés du 12 mai 2023 et des licences d’adhésion sportive au titre de la saison 2022/2023. Il ressort des arrêtés contestés que pour rejeter les demandes d’admission exceptionnelle au séjour présentées par M. et Mme B..., la préfète des Landes a expressément relevé à tort à plusieurs reprises que les requérants n’avaient pas répondu à ses courriers reçus le 12 mai 2023, et n’a en conséquence pas examiné si les pièces produites caractérisaient des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant leur admission exceptionnelle au séjour par la délivrance de cartes portant la mention « vie privée et familiale, ni si M. B... justifiait, au regard de la promesse d’embauche du 15 mai 2023, de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », notamment au regard de sa qualification, de son expérience et de ses diplômes, ainsi que des caractéristiques de l’emploi en cause. Les requérants sont, par suite, fondés à soutenir que le préfet des Landes a entaché les décisions de refus de séjour contestées d’une erreur de faite.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et, fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence de l’annulation des décisions portant refus de séjour.

5. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B... sont fondés à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation des arrêtés préfectoraux du 20 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, seul susceptible de l’être en l’état de l’instruction, l’exécution du présent arrêt implique seulement que la préfète des Landes procède au réexamen de la situation de M. et Mme B.... Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de munir les requérants, dans l’attente, sous huit jours, d’autorisations provisoires de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. M. et Mme B... ont obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Dumaz Zamora, avocat des requérants, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Dumaz Zamora d’une somme globale de 2 000 euros.



décide :


Article 1er : Le jugement n°s 2302020 ; 2302021 du tribunal administratif de Pau du 30 décembre 2024 est annulé.

Article 2 : Les arrêtés de la préfète des Landes du 20 juillet 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Landes de réexaminer la situation de M. et Mme B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de les munir, sous huit jours, d’autorisations provisoires de séjour.

Article 4 : L’Etat versera à Me Dumaz Zamora une somme globale de 2 000 euros dans les conditions fixées à l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B..., à Mme D... C... épouse B..., à Me Dumaz Zamora, au préfet des Landes et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 23 octobre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Balzamo, présidente,
Mme Molina-Andréo, présidente-assesseure,
M. Ellie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 novembre 2025.

La rapporteure,



B. Molina-AndréoLa présidente,



E. BalzamoLa greffière,



S. Hayet

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.


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