Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d’annuler, d’une part, l’arrêté du 9 février 2025 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et, d’autre part, l’arrêté du même jour par lequel la même autorité l’a assigné à résidence pour une durée de
quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2500798 du 27 février 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2025, M. A..., représenté par Me Abadel, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 27 février 2025 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 9 février 2025 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans ;
3°) d’annuler l’arrêté du 9 février 2025 par lequel le préfet de la Gironde l’a assigné à résidence dans ce même département pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- le tribunal a omis d’examiner les moyens soulevés à l’encontre de la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- le jugement n’est pas suffisamment motivé ;
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
- les décisions en litige ne sont pas suffisamment motivées ;
- la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant interdiction de retour ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d’une erreur d’appréciation.
Le préfet de la Gironde, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Henriot a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant sénégalais né le 20 juillet 1987, soutient être entré en France en 2018. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet de police de Paris du 20 septembre 2020. Par des arrêtés du 9 février 2025 le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Gironde. M. A... relève appel du jugement du 27 février 2025 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces arrêtés.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, il ressort du dossier de première instance que M. A... avait soulevé les moyens tirés de ce que la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire est, d’une part, insuffisamment motivée et, d’autre part, entachée d’une erreur d’appréciation. Il ressort des termes du jugement attaqué que le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête sans répondre à ces moyens qui ne sont pas inopérants. Par suite, le jugement attaqué est entaché d’irrégularité et doit être annulé en tant qu’il rejette les conclusions à fin d’annulation présentées à l’encontre de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire.
3. En second lieu, les premiers juges ont répondu à l’ensemble des moyens soulevés à l’encontre des autres décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l’insuffisance de motivation du jugement doit être écarté en tant qu’il rejette les conclusions d’annulation présentées à l’encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire d’une durée de trois ans et assignation à résidence pour une durée de
quarante-cinq jours dans le département de la Gironde
4. Il y a lieu de se prononcer immédiatement par la voie de l’évocation sur les conclusions d’annulation présentées à l’encontre de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire et de statuer par l’effet dévolutif de l’appel sur les conclusions tendant à l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire d’une durée de trois ans et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Gironde.
Sur la légalité des arrêtés en litige :
5. En premier lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Selon l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (…). »
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 20 septembre 2020 qui a été notifié à l’appelant ce même jour, le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français à l’encontre de M. A..., qui s’est soustrait à cette mesure d’éloignement. Si M. A... soutient qu’il serait intégré en France, notamment en raison de son activité professionnelle, il ne fait état d’aucune circonstance qui permettrait d’apprécier cette intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire serait entachée d’une erreur d’appréciation doit être écarté.
8. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant interdiction de retour est inopérant.
9. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l’ordre public. ». Aux termes de l’article
L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
10. Si M. A... soutient qu’il réside en France depuis sept ans, il ne l’établit pas. De plus, il ne fait pas état de la présence en France de membres de sa famille. En outre, il ne produit aucun élément de nature à établir son intégration par le travail. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans serait entachée d’une erreur d’appréciation et disproportionnée doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Selon l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ».
12. Le requérant ne fait état d’aucune circonstance de nature à établir que la décision portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Gironde emporterait des conséquences excessives sur sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d’une erreur d’appréciation doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est fondé ni à demander l’annulation de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ni à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande d’annulation des arrêtés en litige, s’agissant des autres décisions.
dÉcide :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 27 février 2025 est annulé en tant qu’il statue sur les conclusions de la demande de M. A... dirigées contre la décision du 9 février 2025 portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire.
Article 2 : Les conclusions de M. A... présentées devant le tribunal administratif de Bordeaux dirigées contre la décision du 9 février 2025 portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ainsi que le surplus de ses conclusions d’appel sont rejetés.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.
Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
Mme Ladoire, présidente-assesseure,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
Le rapporteur,
J. HENRIOT
Le président,
É. REY-BÈTHBÉDER
La greffière,
V. GUILLOUT
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.