vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-25BX00804 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | SCP CGCB & ASSOCIES BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiées In'Sitom a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler les titres exécutoires émis à son encontre les 19 juillet 2024 et 3 octobre 2024 par la commune d'Anglet en vue du paiement d'une somme de 33 107,41 euros.
Par des ordonnances nos 2403227 et 2402678 du 24 janvier 2025, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Pau a, sur le fondement du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, rejeté ces demandes comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Procédure devant la cour :
I) Par une requête et un mémoire, ce dernier n'ayant pas été communiqué, enregistrés le 27 mars 2025 et le 19 juin 2025, sous le n° 25BX00804, la société In'Sitom, représentée par la société Etche avocats, demande à la cour :
1°) d'annuler l'ordonnance n° 2403227 du 24 janvier 2025 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 3 octobre 2024 par la commune d'Anglet, ensemble la lettre de relance du 7 novembre 2024 ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Anglet une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de sa demande ;
- elle conteste, à titre principal, le bien-fondé de la créance et, à titre subsidiaire, sa régularité formelle ;
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la commune d'Anglet ; le contrat de vente conclu avec Mme A comportait une clause anti-spéculative ;
- la commune a illégalement exercé son droit de préemption, dans le seul but de peser sur le prix de vente du bien ; elle ne saurait être tenue responsable des conséquences de cette mise en œuvre illégale de son droit de préemption par la collectivité ;
- la créance dont se prévaut la commune est dépourvue de base légale ;
- l'émission du titre exécutoire litigieux procède d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- le titre exécutoire en litige ne comporte pas la signature du comptable public chargé du recouvrement ;
- ce titre exécutoire est insuffisamment motivé.
Par un mémoire enregistré le 12 juin 2025, la commune d'Anglet, représentée par Me Gauci, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société appelante d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, au renvoi de l'affaire devant le tribunal administratif de Pau ou à la condamnation de la société In'Sitom à lui verser une somme de 33 107,41 euros.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige ;
- l'affaire dot être renvoyée devant le tribunal administratif ;
- les moyens invoqués par la société requérante à l'appui de sa contestation du litige exécutoire en litige ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 juin 2025.
II) Par une requête, et un mémoire, ce dernier n'ayant pas été communiqué, enregistrés le 27 mars 2025 et 19 juin 2025, sous le n° 25BX00805, la société In'Sitom, représentée par la société Etche avocats, demande à la cour :
1°) d'annuler l'ordonnance n° 2402678 du 24 janvier 2025 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Pau ;
2°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre 19 juillet 2024 par la commune d'Anglet ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Anglet une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de sa demande ;
- elle conteste, à titre principal, le bien-fondé de la créance et, à titre subsidiaire, sa régularité formelle ;
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la commune d'Anglet ; le contrat de vente conclu avec Mme A comportait une clause anti-spéculative ;
- la commune a illégalement exercé son droit de préemption, dans le seul but de peser sur le prix de vente du bien ; elle ne saurait être tenue responsable des conséquences de cette mise en œuvre illégale de son droit de préemption par la collectivité ;
- la créance dont se prévaut la commune est dépourvue de base légale ;
- l'émission du titre exécutoire litigieux procède d'un détournement de pouvoir et de procédure ;
- le titre exécutoire en litige ne comporte pas de signature ;
- ce titre exécutoire est insuffisamment motivé.
Par un mémoire enregistré le 12 juin 2025, la commune d'Anglet, représentée par Me Gauci, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société appelante d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, au renvoi de l'affaire devant le tribunal administratif de Pau ou à la condamnation de la société In'Sitom à lui verser une somme de 33 107,41 euros.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige ;
- le titre exécutoire du 19 juillet 2024 n'a pas d'existence juridique ;
- l'affaire doit être renvoyée devant le tribunal administratif ;
- les moyens invoqués par la société requérante à l'appui de sa contestation du litige exécutoire en litige ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 juin 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy,
- les conclusions de M. Julien Dufour, rapporteur public,
- et les observations de Me Danga, représentant la société In'Sitom, et de Me Gauci, représentant la commune d'Anglet.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 14 février 2014, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Côte basque-Adour a précisé le cadre réglementaire de l'accession intermédiaire à la propriété. Cette délibération indique que cette accession intermédiaire, plutôt réalisée par des promoteurs privés, vise des ménages aux ressources moyennes. Elle fixe les plafonds du prix de vente au m² et des ressources des acquéreurs, et prévoit un dispositif anti-spéculatif devant faire l'objet d'une clause insérée en annexe du contrat de réservation du logement.
2 Par un acte de vente en l'état futur d'achèvement du 1er avril 2016, Mme A a acquis auprès de la société civile immobilière de construction-vente Adhara, dont la société In'sitom est la mandataire, un appartement de type 2 et un parking au sein d'un ensemble immobilier situé 19 rue de Lamouly, à Anglet, pour un prix de 133 000 euros. L'acte de vente précise que le prix de vente des biens, que la société s'est obligée à vendre en accession à prix modéré, correspond à une minoration de prix de 40 000 euros par rapport aux autres biens du programme vendus en accession libre à la propriété. Le contrat comporte une clause relative au " complément de prix en cas de revente des biens ", stipulant qu'en cas de vente dans un délai de 10 ans à un prix supérieur à celui résultant de l'acte de vente, majoré des frais de notaire d'acquisition et de frais d'installation d'une cuisine équipée qu'il céderait avec le bien, l'acquéreur sera tenu de verser à la société un complément de prix correspondant au montant de de la plus-value réalisée, dans la limite du montant de la réduction initiale du prix de vente, soit la somme de 40 000 euros. Cette clause précise toutefois que, par exception, aucun complément de prix ne sera dû en cas de revente du bien provoquée par la survenue, au cours de ce délai de 10 ans, de plusieurs événements tels que, notamment, la naissance d'un enfant.
3. Mme A, qui a donné naissance à un enfant en 2021, a décidé de vendre les biens acquis selon l'acte de vente précité. La commune d'Anglet a exercé son droit de préemption et a acquis ces biens au prix, fixé par le juge de l'expropriation, de 211 600 euros, majoré des frais de notaire, soit un montant total de 215 372,41 euros. Par un courrier du 16 juillet 2024, le maire d'Anglet a informé la société In'Sitom qu'un titre exécutoire d'un montant de 33 107,41 euros allait être émis à son encontre. Ce courrier précisait que cette somme correspondait à la différence entre, d'une part, le prix d'acquisition des biens de Mme A, augmenté des frais de procédure et des frais irrépétibles, soit une somme totale de 221 087,41 euros, d'autre part, le prix de revente de ces biens, indexé au 23 juin 2024, soit une somme de 187 980 euros.
4. La société par actions simplifiées In'Sitom a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler les titres exécutoires émis à son encontre les 19 juillet 2024 et 3 octobre 2024 par la commune d'Anglet en vue du paiement d'une somme de 33 107,41 euros, ensemble le courrier de relance du 7 novembre 2024. Elle relève appel des ordonnances du 24 janvier 2025 par lesquelles le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Pau a, sur le fondement du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, rejeté ses demandes comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".
6. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève du juge compétent pour en connaître sur le fond.
8. En l'espèce, d'une part, les conclusions présentées par la société In'Sitom, qui tendent à l'annulation des titres exécutoires émis par la commune d'Anglet les 19 juillet et 3 octobre 2024 et à la décharge de l'obligation de payer la somme de 33 107,41 euros, visent à contester le bien-fondé de la créance détenue par cette collectivité territoriale.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier du maire d'Anglet du 16 juillet 2024, que la créance à raison de laquelle les titres exécutoires litigieux ont été émis trouve son origine, selon la commune, dans la faute commise par la société In'Sitom à ne pas avoir inséré, dans le contrat de vente conclu avec Mme A, la clause anti-spéculative prévue par la délibération précitée du 14 février 2014 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Côte basque-Adour. La commune estime que cette abstention fautive l'a contrainte à faire usage de son droit de préemption afin d'acquérir les biens en cause, pour les revendre ensuite dans le cadre du dispositif d'accession intermédiaire à la propriété, ce qui lui a causé un préjudice financier tenant à la différence entre les frais exposés pour l'acquisition de ces biens et le prix de leur revente. Ainsi, et contrairement à ce qu'a estimé le premier juge, la créance en cause est fondée, non pas sur l'application d'une clause anti-spéculative insérée dans le contrat de vente de droit privé conclu entre la société Adhara et Mme A, mais sur la responsabilité quasi-délictuelle de cette société à raison d'une méconnaissance du dispositif réglementaire relatif à l'accession intermédiaire au logement. Toutefois, si la juridiction administrative est compétente pour apprécier la responsabilité qui peut incomber à une collectivité publique à l'égard d'une personne privée, il ne lui appartient pas, en l'absence d'une disposition législative spéciale, de statuer sur la responsabilité qu'une personne privée peut avoir encourue à l'égard d'une personne publique. Aucun texte n'attribuant à la juridiction administrative la connaissance du litige soulevé par la contestation de la créance litigieuse, il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires d'en connaître.
10. Il résulte de ce qui précède que la société In'Sitom n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par l'ordonnance attaquée, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Pau a rejeté ses demandes comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application, au titre de la présente instance, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société In'Sitom est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Anglet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société par actions simplifiée In'Sitom et à la commune d'Anglet.
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2025 à laquelle siégeaient :
M. Laurent Pouget, président,
Mme Marie-Pierre Beuve Dupuy, présidente-assesseure,
M. Vincent Bureau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
La rapporteure,
Marie-Pierre Beuve-Dupuy
Le président,
Laurent Pouget La greffière,
Andréa Detranchant
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Nos 25BX00804, 25BX00805
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026