Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B... C..., épouse A... a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d’annuler l’arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2405371 du 7 mai 2025, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2025, Mme C..., représentée par Me Bruneau, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 7 mai 2025 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 28 juin 2024 du préfet de Lot-et-Garonne ;
3°) d’enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de 30 jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1500 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur de fait en indiquant qu’elle ne justifie pas son entrée régulière sur le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2025, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016
- l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.
Après avoir entendu le rapport de M. Rey-Bèthbéder au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.
Mme B... C... épouse A..., ressortissante marocaine née le 31 décembre 1979, a déclaré être entrée en France le 10 juillet 2022 en possession d’un passeport marocain en cours de validité. Le 8 septembre 2023, l’intéressée a sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 28 juin 2024, le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C... relève appel du jugement du 7 mai 2025 par lequel le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2.
En premier lieu, aux termes de l’article 11 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : « 1. Un cachet est systématiquement apposé sur les documents de voyage des ressortissants de pays tiers à l’entrée et à la sortie. / Il est notamment apposé un cachet d’entrée et de sortie : / a) sur les documents, revêtus d’un visa en cours de validité, permettant aux ressortissants de pays tiers de franchir la frontière ; / b) sur les documents permettant aux ressortissants de pays tiers auxquels un visa est délivré à la frontière par un État membre de franchir la frontière (…) ».
3.
L’appelante soutient que le préfet a entaché sa décision d’une erreur de fait en affirmant qu’elle ne justifiait pas d’une entrée régulière sur le territoire français. Il est constant que Mme C... est entrée régulièrement en France le 14 août 2020 munie d’un passeport marocain valide revêtu d’un visa C Shengen valable du 23 septembre 2019 au 22 septembre 2020. Cependant, il ressort du formulaire de sa demande de titre de séjour qu’elle a indiqué être entrée en France le 10 juillet 2022 en possession d’un passeport marocain en cours de validité, sans cocher la case intitulée « entrée régulière ». Mme C... soutient désormais qu’elle a commis une erreur, précisant que le 10 juillet 2022 correspond à la date à laquelle elle a rencontré son compagnon, et allègue avoir résidé continuellement en France depuis le 14 août 2020. Toutefois, si les factures manuscrites produites établissent des achats mensuels de biens de consommation par l’appelante en France en 2021, seules deux factures, à la date mensuelle illisible, sont produites pour l’année 2022. En tout état de cause, si ces documents peuvent attester d’une présence ponctuelle de l’intéressée, ils ne suffisent pas à établir sa présence ininterrompue sur le territoire pour cette dernière année. Il en est de même des attestations produites indiquant qu’elle a été hébergée à Tonneins et à Blagnac de septembre 2021 à juin 2022, du justificatif d’un rendez-vous médical le 17 août 2020 à la maison de la santé de Gardolle et de l’attestation du président de l’association La Porte Ouverte qui mentionne sa qualité de membre actif depuis 2020. Enfin, alors qu’en application des dispositions précitées un cachet est systématiquement apposé sur les documents de voyage des ressortissants de pays tiers à l’espace Schengen, à l’entrée et à la sortie, l’appelante ne produit que les deux seules pages de son passeport contenant son visa expirant le 22 septembre 2020 et un tampon d’entrée dans l’espace Schengen le 14 août 2020. Ainsi, les pièces qu’elle produit sont insuffisantes pour établir qu’elle serait restée de manière continue sur le territoire entre le 22 septembre 2020 et le 10 juillet 2022. Les pièces communiquées ne permettent pas davantage de démontrer qu’elle justifierait d’une entrée régulière en France lors de son arrivée déclarée le 10 juillet 2022. Dans ces conditions, Mme C... n’est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en indiquant qu’elle ne justifiait pas d’une entrée régulière sur le territoire national.
4.
En second lieu, aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ». Aux termes de l’article L. 423-2 de ce code : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ». L’article L. 412-1 du même code dispose également que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411-1 ».
5.
D’une part, il résulte de ce qui précède que Mme C... n’établit pas être entrée régulièrement sur le territoire français lors de son arrivée déclarée le 10 juillet 2022. D’autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle ait présenté un visa de long séjour valable. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour ces motifs, le préfet n’a pas méconnu les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à supposer les moyens ainsi invoqués.
6.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Il y a lieu par voie de conséquence de rejeter ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er :
La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 :
Le présent arrêt sera notifié à Mme B... C..., épouse A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Lot-et-Garonne.
Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
Mme Ladoire, présidente-assesseure,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
La présidente-assesseure,
S. LADOIRE
Le président-rapporteur,
É. REY-BÈTHBÉDER
La greffière,
V. GUILLOUT
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.