Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... doit être regardé comme ayant demandé au tribunal administratif de Bordeaux d’annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Par un jugement n° 2303831 du 7 mai 2025, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2025, M. B..., représenté par Me Saint-Martin, demande à la cour :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 7 mai 2025 ;
3°) d’annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) d’enjoindre au préfet de la Gironde, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et, en toute hypothèse, de procéder sans délai à l’effacement de son inscription au fichier Système d’information Schengen aux fins de non-admission ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
- les premiers juges ont dénaturé les pièces du dossier et méconnu leur office en ne requalifiant pas les moyens soulevés contre la décision implicite initiale comme étant dirigés contre la décision expresse de refus de séjour ;
- ils ont entaché le jugement attaqué d’omissions à statuer sur les moyens qu’ils auraient dû requalifier comme étant dirigés contre la décision expresse de refus de séjour ;
- c’est à tort qu’ils ont écarté les moyens tirés du défaut de motivation et d’examen particulier de sa situation ;
- la décision contestée est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- son édiction n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation ;
- l’information prévue par l’article L. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne lui a pas été donnée, ce qui l’a privé d’une garantie ;
- la décision contestée est entachée d’un défaut de base légale, dès lors que les dispositions de l’article L. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur lesquelles elle est fondée, qui sont entrées en vigueur le 1er mai 2021, ne sont pas applicables à sa situation, au regard de la date de sa demande d’asile en 2016 ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit au regard des conditions d’application de l’article L. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile compte tenu des circonstances nouvelles dont il a fait état lors du dépôt de sa demande de titre de séjour ;
- le préfet de la Gironde n’a pas examiné sa situation sur les fondements sollicités des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit au regard de ces dispositions ;
- il a également commis une erreur de fait s’agissant de l’existence d’une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 26 octobre 2021, une telle décision ne lui ayant jamais été notifiée.
La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n’a pas produit de mémoire.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 26 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l’ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béatrice Molina-Andréo,
- et les observations de Me Martin, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant iranien né le 8 août 1986, déclare être entré en France au cours de l’année 2016. Par un courrier du 22 juin 2022 reçu en préfecture le 12 juillet suivant, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de sa durée de présence en France, de son emploi de cuisinier et de sa relation avec une compatriote présente en France. Par une décision du 25 septembre 2023, le préfet de la Gironde a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un jugement du 7 mai 2025, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la demande de M. B... qu’il a regardé comme tendant à l’annulation de cette décision. M. B... relève appel de ce jugement.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 % par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux du 26 juin 2025. Par suite, ses conclusions tendant à obtenir l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n’y a pas lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes de l’article L. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 conformément à l’article 20 de l’ordonnance du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ». Aux termes de l’article D. 431-7 du même code, en vigueur depuis le 1er mai 2021 conformément à l’article 18 du décret du 16 décembre 2020 mentionné ci-dessus : « Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ».
4. Les dispositions précitées des articles L. 431-2 et D. 431-7, anciennement codifiées aux articles L. 311-6 et D. 311-3-2, prévoient l’obligation d’informer le demandeur d’asile de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l’asile et enserrent cette demande, sous réserve de circonstances nouvelles, dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu’est sollicitée la délivrance du titre de séjour pour raisons de santé, courant à compter de la date d’enregistrement de la demande d’asile.
5. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par M. B... sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de la Gironde s’est fondé sur les dispositions précitées des articles L. 431-2 et D. 431-7 du même code. Il a indiqué, d’une part, que le requérant, qui a engagé une procédure de demande d’asile ayant abouti à la notification d’une décision portant obligation de quitter le territoire français le 26 octobre 2021, a été informé qu’au-delà des délais fixés par ces dispositions, il ne pourrait, sauf circonstances nouvelles, solliciter un titre de séjour. Il a considéré, d’autre part, que faute pour l’intéressé de justifier de telles circonstances qui auraient impliqué de statuer à nouveau sur son droit au séjour, sa demande était tardive.
6. Si le préfet de la Gironde a ainsi considéré que M. B... avait présenté sa demande de titre de séjour après l’expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions précitées des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, courant à compter la date d’enregistrement de sa demande d’asile, il ressort des pièces du dossier qu’à la date à laquelle M. B... a présenté sa demande d’asile, à savoir le 8 juillet 2016, ni les dispositions précitées de l’article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont entrées en vigueur que le 1er mai 2021, ni même les dispositions antérieures de l’article L. 311-6 du même code, qui ne sont entrées en vigueur que le 1er mars 2019, n’étaient applicables à l’intéressé. Dans ces conditions, et alors au surplus qu’il n’a pu recevoir, lors du dépôt de sa demande d’asile, l’information prévue par ces dispositions non encore entrées en vigueur, la demande de titre de séjour de M. B... n’avait pas à être déposée dans le délai de deux ou trois mois suivant sa demande d’asile prévu par les articles L. 311-6 ou L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Gironde a commis une erreur de droit en refusant d’examiner la demande de titre de séjour de M. B... au motif tiré de sa tardiveté.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la régularité du jugement attaqué, ni de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision préfectorale du 25 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
8. Eu égard au motif d’annulation retenu, seul susceptible de l’être en l’état de l’instruction, l’exécution du présent arrêt implique seulement que le préfet de la Gironde procède au réexamen de la situation de M. B.... Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de munir le requérant, dans l’attente, sous huit jours, d’une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il ne résulte pas de l’instruction que l’intéressé, qui n’a pas fait l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français, aurait fait l’objet d’un signalement aux fins de non admission dans le système d’information Schengen, de sorte qu’il n’y a donc pas lieu d’enjoindre au préfet de mettre fin à un tel signalement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir l’injonction prononcée d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Saint-Martin, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Saint-Martin d’une somme de 1 200 euros.
décide :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le jugement n° 2303831 du tribunal administratif de Bordeaux du 7 mai 2025 est annulé.
Article 3 : La décision du préfet de la Gironde du 25 septembre 2023 est annulée.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt et de le munir, sous huit jours, d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : L’Etat versera à Me Saint-Martin une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B..., à Me Thibault Saint-Martin, au préfet de la Gironde et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
Mme Balzamo, présidente,
Mme Molina-Andréo, présidente-assesseure,
M. Bureau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 février 2026.
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDREOLa présidente,
E. BALZAMO
La greffière,
S. LARRUE
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent arrêt.