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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-21NT00177

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-21NT00177

mercredi 2 août 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-21NT00177
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOSSEMENT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. BQ AO, Mme BW Q, à M. AY DE et Mme AG DE, M. AA CX, Mme BO AF, M. AN Z, M. BQ H et Mme DA H, M. L X, M. L C, M. BQ CQ, Mme CD CN, M. L BA, Mme B U, Mme N CR, Mme AL AJ, M. J DF, M. DH BL, M. DL CB, M. BR BJ, Mme BV CT, Mme CY AP, M. AI D, M. BB AQ, M. F CF, Mme CJ DI, M. DD, M. BX U et Mme DC, M. AD CZ, Mme BE CA, Mme BK CW, M. AE S et Mme AV S, Mme BM BS, M. G BI et Mme CO BI, M. AM AX, M. AI AR, M. DL AB et Mme K AB, M. CM CU et Mme V CU, Mme AU BN, M. Y AZ et Mme DG AZ, Mme CH AC, M. E AT et Mme DK AT, M. BU BD et Mme DN, M. DB CL et Mme DJ CL, M. CM P, M. BH BC, M. BP BY et Mme AV M, M. AD W, M. BQ T, M. O DO, M. R CV, M. CP CC, M. AS BF et Mme AK BF, M. A P et Mme DM P, Mme BT I, M. CG AH et Mme AW AH, M. BZ CE, M. AN CI et Mme BM CI, M. BG CK, Mme CS CK et Mme AY CK, l'association Groupement régional des associations de protection de l'environnement (GRAPE) et l'association Hermanville observatoire du patrimoine, ont demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2018 par lequel le préfet du Calvados a autorisé la société Agri Métha Nacre à exploiter une unité de méthanisation sur le territoire de la commune de Biéville-Beuville et des installations connexes de stockage déporté des digestats sur le territoire d'autres communes, ainsi que l'épandage agricole de ces digestats, et la décision du 9 avril 2019 par laquelle il a rejeté leur recours gracieux, ou, à titre subsidiaire, de compléter l'arrêté d'autorisation d'exploiter.

Par un jugement no 1900801 du 5 novembre 2020, le tribunal administratif de Caen a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2021, M. AI D, M. AY et Mme AG DE, Mme CD CN, Mme N CR, l'association Groupement régional des associations de protection de l'environnement (GRAPE) et M. AD CZ, représentés par Me Labrusse, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2018 du préfet du Calvados et la décision du 9 avril 2019 par laquelle il a rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour la procédure de première instance et une somme de 5 000 euros au titre des mêmes dispositions pour la procédure d'appel.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté contesté ;

- l'arrêté contesté a été pris à la suite d'un vice de procédure dès lors que les conseils municipaux intéressés n'ont pas été régulièrement consultés et que leurs avis n'ont pas été publiés ;

- le dossier de demande d'autorisation est incomplet ;

- l'étude d'impact comporte de multiples insuffisances ;

- l'enquête publique a été effectuée dans des conditions irrégulières,

- le commissaire-enquêteur a manqué d'impartialité ;

- son rapport comporte des insuffisances, inexactitudes et omissions ;

- la société pétitionnaire ne justifie pas de capacités techniques et financières suffisantes ;

- les dispositions des articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement ont été méconnues, ainsi que le principe de précaution visé à l'article L. 110-1 du même code ;

- le projet méconnaît les dispositions du plan local d'urbanisme de Biéville-Beuville et l'article R. 181-34 du code de l'environnement ;

- les mesures de contrôle et de surveillance sont insuffisantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, la société Agri Métha Nacre, représentée par la SELARL Gossement Avocats, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que lui soit délivrée une autorisation provisoire ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête d'appel est irrecevable dès lors qu'elle se borne à reprendre le contenu des demandes et moyens de première instance ;

- la demande de première instance est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bréchot,

- les conclusions de Mme Bougrine, rapporteure publique,

- et les observations de Me Babin, substituant Me Gossement, représentant la société Agri Méthane Nacre.

Considérant ce qui suit :

1. La société Agri Métha Nacre a déposé, le 4 août 2017, une demande d'autorisation environnementale pour l'exploitation d'une unité de méthanisation de déchets d'origine agricole et agro-industriels située sur le territoire de la commune de Biéville-Beuville, destinée à produire du biogaz en vue de son injection dans le réseau de distribution de gaz naturel, avec une valorisation des digestats par épandage. L'installation est composée de l'unité de méthanisation et de ses équipements annexes, prévue au lieu-dit Beauvais sur le territoire de la commune de Biéville-Beuville, et de plusieurs ouvrages de stockage déportés de digestats, à savoir une fumière pour le digestat solide prévue à Cambes-en-Plaine et trois fosses de stockage des digestats liquides prévus à Saint-Contest, Basly et Thaon. Le plan d'épandage porte sur une surface agricole utile d'environ 2 268 hectares, concernant vingt exploitations disposant de terres réparties sur le territoire de quarante-trois communes du département du Calvados. Des compléments ont été sollicités le 18 septembre 2017 par le préfet du Calvados et ont été reçus par ce dernier le 25 janvier 2018. L'enquête publique sur ce projet s'est déroulée du 4 juin au 6 juillet 2018, au terme de laquelle le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable au projet. Par un arrêté du 11 décembre 2018, le préfet du Calvados a délivré l'autorisation environnementale sollicitée. Un collectif de vingt-cinq personnes physiques, dont M. D, M. et Mme DE, Mme CN et Mme CR, et l'association Groupement régional des associations de protection de l'environnement (GRAPE) ont exercé un recours gracieux contre cette autorisation le 20 février 2019, qui a été rejeté par le préfet du Calvados le 9 avril 2019. De nombreuses personnes physiques, dont M. AO et celles qui viennent d'être mentionnées, l'association Groupement régional des associations de protection de l'environnement et l'association Hermanville observatoire du patrimoine ont demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2018 du préfet du Calvados ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté. M. D et autres relèvent appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Caen a rejeté leur demande.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il résulte des motifs mêmes du jugement que le tribunal administratif de Caen a expressément répondu aux moyens contenus dans les mémoires produits par les requérants avant la clôture de l'instruction. En particulier, le tribunal administratif, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par les parties, n'a pas omis de répondre au moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact. Si les requérants soutiennent que le tribunal n'a pas répondu à leur argumentation tirée de ce que l'étude d'impact était insuffisante au regard des risques pour la sécurité publique liées au trafic routier généré par le projet, il ressort du dossier de première instance que cette branche du moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact a été soulevée dans leur mémoire enregistré le 29 juin 2020 au greffe du tribunal administratif de Caen, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue le 30 avril 2020. Le tribunal n'avait donc pas à y répondre. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité sur ce point.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la demande d'autorisation :

S'agissant de la composition du dossier de demande d'autorisation :

3. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier de demande d'autorisation environnementale ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

Quant au respect des 1° et 3° de l'article R. 181-13 du code de l'environnement :

4. Aux termes de l'article R. 181-13 du code de l'environnement : " La demande d'autorisation environnementale comprend les éléments communs suivants : / 1° Lorsque le pétitionnaire est une personne physique, ses nom, prénoms, date de naissance et adresse et, s'il s'agit d'une personne morale, sa dénomination ou sa raison sociale, sa forme juridique, son numéro de SIRET, l'adresse de son siège social ainsi que la qualité du signataire de la demande () / () / 3° Un document attestant que le pétitionnaire est le propriétaire du terrain ou qu'il dispose du droit d'y réaliser son projet ou qu'une procédure est en cours ayant pour effet de lui conférer ce droit () ".

5. Le dossier de demande d'autorisation d'exploiter mentionne la qualité du signataire de la demande, à savoir M. Patrick Dechaufour, président de la SAS Agri Métha Nacre. Il précise que la société Agri Métha Nacre a vocation à devenir propriétaire des terrains nécessaires au projet et qu'une promesse de vente a été signée entre la société pétitionnaire et l'un des porteurs du projet, le GAEC du Saule Blanc, propriétaire du site d'implantation de l'unité de méthanisation et du chemin permettant d'y accéder. Il comporte également une attestation du GAEC du Saule Blanc en ce sens. Il comporte enfin, s'agissant des ouvrages déportés de stockage des digestats, une attestation du propriétaire de la fumière qu'un accord foncier existe, et les avis des autres propriétaires sur la question de la remise en état du site qui doivent être regardés, en l'espèce, comme impliquant qu'ils aient donné leur accord à l'occupation de leur terrain. Par ailleurs, si les installations de l'unité de méthanisation seront implantées sur une parcelle d'une surface de 6 hectares, les installations elles-mêmes s'étendront sur une surface de seulement 3 hectares. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que manquerait au dossier l'autorisation du propriétaire du terrain de réaliser le projet litigieux sur une superficie de 6 hectares. Dès lors, le moyen doit être écarté.

Quant à la présentation des capacités financières de la société Agri Métha Nacre :

6. Aux termes de l'article L. 181-27 du code de l'environnement : " L'autorisation prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-6-1 lors de la cessation d'activité. " Selon l'article D. 181-15-2 du même code : " Lorsque l'autorisation environnementale concerne un projet relevant du 2° de l'article L. 181-1, le dossier de demande est complété dans les conditions suivantes. / I. - Le dossier est complété des pièces et éléments suivants : / () / 3° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 181-27 dont le pétitionnaire dispose, ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'autorisation, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation ; / (). "

7. Il résulte des règles de procédure prévues par ces dispositions que le dossier d'une demande d'autorisation déposée depuis le 1er mars 2017 ne doit plus comporter des indications précises et étayées sur les capacités techniques et financières exigées par l'article L. 181-27, mais seulement une présentation des modalités prévues pour établir ces capacités, si elles ne sont pas encore constituées.

8. D'une part, il ressort de la demande d'autorisation qu'elle détaille les capacités techniques de la société Agri Métha Nacre aux différents stades de la construction et de l'exploitation de l'unité de méthanisation. Ainsi, la construction sera confiée au groupement AES DANA / Biodynamics / Chaumeca pour, respectivement, les parties " process ", " digesteurs/cuves " et " épuration ", dont le pétitionnaire justifie des capacités techniques. Si l'exploitation du site se fera en régie, le dossier de demande précise les formations initiales et continues dont bénéficieront le directeur de site et le technicien qu'il entend recruter ainsi que l'accompagnement technique de la société pétitionnaire.

9. D'autre part, s'agissant des capacités financières, le dossier de demande d'autorisation précise que l'investissement s'élèvera à un montant compris entre 7 et 7,5 millions d'euros et qu'il est prévu de le financer par un apport de fonds propres à hauteur de 0,6 millions d'euros et par des subventions et emprunts bancaires à hauteur de 6,4 à 6,9 millions d'euros. Il prévoit un retour sur investissement à l'échéance de quinze ans. Aucun des éléments exposés par les requérants n'est de nature à démontrer que ces modalités prévues pour établir les capacités financières de la société Agri Métha Nacre seraient inadéquates, alors au demeurant que cette société a obtenu, le 10 août 2018, l'accord du comité des prêts de la caisse régionale du Crédit agricole de Normandie pour le financement de son projet par un prêt bancaire 9,19 millions d'euros, sous réserve de l'obtention de subventions à hauteur de 2 millions d'euros. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que les informations figurant dans le dossier de demande d'autorisation seraient " trompeuses " en ce qu'elles indiquent que le financement de l'investissement se fera par apport de fonds propres à hauteur de 600 000 euros, correspondant au capital social de la société fixé à ce montant par les statuts de la société Agri Métha Nacre, alors même que ses associés fondateurs n'ont fait à celle-ci des apports en numéraire qu'à hauteur de 300 000 euros. Enfin, si les statuts de cette société prévoient que son capital social doit être détenu à plus de 50 % par des associés ayant la qualité d'exploitant agricole, ils n'excluent pas que ce capital soit détenu à 100 % par les agriculteurs adhérents. En tout état de cause, à supposer même que le dossier de demande d'autorisation soit erroné en ce qu'il indique que " le capital sera détenu à 100 % par les agriculteurs adhérents et sera constitué progressivement jusqu'à obtention effective des aides à l'investissement puis jusqu'au début de l'exploitation du site ", il ne résulte pas de l'instruction que ces énonciations auraient eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ni qu'elles auraient été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

10. Dans ces conditions, le dossier comporte une présentation suffisante des modalités par lesquelles le pétitionnaire entend disposer des capacités techniques et financières exigées par l'article L. 181-27 du code de l'environnement.

S'agissant de l'étude d'impact :

11. Aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () / 2° Une description du projet, y compris en particulier : / () / - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement ; / 3° Une description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement, dénommée "scénario de référence", et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport au scénario de référence peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; / 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / a) De la construction et de l'existence du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition ; / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; / d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; / () / f) Des incidences du projet sur le climat et de la vulnérabilité du projet au changement climatique ; / () / 6° Une description des incidences négatives notables attendues du projet sur l'environnement qui résultent de la vulnérabilité du projet à des risques d'accidents ou de catastrophes majeurs en rapport avec le projet concerné. Cette description comprend le cas échéant les mesures envisagées pour éviter ou réduire les incidences négatives notables de ces événements sur l'environnement et le détail de la préparation et de la réponse envisagée à ces situations d'urgence ; / 7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ; / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité. / La description de ces mesures doit être accompagnée de l'estimation des dépenses correspondantes, de l'exposé des effets attendus de ces mesures à l'égard des impacts du projet sur les éléments mentionnés au 5° ; / 9° Le cas échéant, les modalités de suivi des mesures d'évitement, de réduction et de compensation proposées ; / 10° Une description des méthodes de prévision ou des éléments probants utilisés pour identifier et évaluer les incidences notables sur l'environnement ; / 11° Les noms, qualités et qualifications du ou des experts qui ont préparé l'étude d'impact et les études ayant contribué à sa réalisation ; (). "

12. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude, que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

13. Le dossier de demande d'autorisation de la société Agri Métha Nacre est organisé en deux volets, un volet A consacré au " dossier ICPE " (installations classées pour la protection de l'environnement), c'est-à-dire à l'unité de méthanisation et aux dispositifs de stockage déporté des digestats, et un volet B consacré au plan d'épandage des digestats. Chacun de ces dossiers comprenait une étude de l'impact du projet sur l'environnement.

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi que l'a relevé la mission régionale d'autorité environnementale Normandie dans son avis du 9 avril 2018, que les études d'impact sont globalement de bonne qualité et proportionnées aux enjeux du projet.

15. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, aucune disposition n'implique que les contrats avec les apporteurs de matières et les transporteurs de déchets soient finalisés à la date de l'étude d'impact.

16. En troisième lieu, l'article R. 122-5 du code de l'environnement ne prévoit pas que l'étude d'impact doive comporter la notice relative à l'hygiène et à la sécurité du personnel, ni n'impose que figure dans l'étude d'impact l'évaluation des risques que présente le projet pour le personnel de l'installation. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction qu'une éventuelle omission sur ce point a pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou a été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

17. En quatrième lieu, la société pétitionnaire n'était pas tenue, dans l'étude d'impact, d'étudier les conséquences générales pour la santé publique de la détérioration globale de l'environnement qui ne seraient pas directement en lien avec le seul projet litigieux, ni de démontrer que ses émissions atmosphériques " respecteront les engagements de diminution des pollutions de l'air de la France ".

18. En cinquième lieu, l'étude d'impact comporte, en pages 175 et suivantes, des développements suffisants sur les émissions atmosphériques liées au projet, notamment du biogaz et des gaz de combustion de l'unité de méthanisation. L'outil " Digestion anaérobie et gaz à effet de serre " (DIGES) de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), qui figure en annexe de l'étude d'impact, prend en compte l'ensemble des gaz à effet de serre susceptibles d'être générés par le fonctionnement de l'unité de méthanisation et les convertit en équivalent CO2. S'agissant du stockage des digestats, l'étude d'impact précise qu' " on ne recense pas d'émissions particulières dans l'air, les eaux, les sols, de bruit ou d'odeurs au niveau des stockages externes de digestats ", ce que confirme le rapport de l'inspecteur des installations classées qui retient, comme principales incidences atmosphériques du projet liées au fonctionnement de l'unité de méthanisation, celles liées à la gestion du biogaz produit lors de la méthanisation et celles liées au transport des intrants et des digestats. L'avis de la mission régionale d'autorité environnementale Normandie sur le projet n'a pas davantage relevé de lacune en la matière. Les documents de portée générale produits par les requérants ne suffisent pas à démontrer que l'étude d'impact serait incomplète sur ce point. Par ailleurs, l'étude d'impact n'avait pas à comporter une analyse détaillée des émissions de gaz à effet de serre générés par le plan d'épandage. Enfin, tant le volet A de l'étude d'impact que son résumé non technique évoquent le risque de volatilisation d'ammoniac au stade du stockage de digestats et de l'épandage, pour lequel l'utilisation de tonnes à lisier équipées de pendillards, permettant d'apporter les digestats directement au ras du sol, est prévue.

19. En sixième lieu, l'étude de dangers comporte des développements sur les dangers liés à l'explosion. S'agissant des " effets missile ", elle précise que " de manière forfaitaire, l'INERIS retient des distances d'effets liées aux projections de débris et autres fragments structurels, au moins égales aux distances liées aux surpressions engendrées par l'explosion ". Le risque de surpression y est longuement analysé. L'autorité environnementale a par ailleurs estimé que l'étude de dangers jointe à l'étude d'impact était suffisante et permettait de conclure que les effets létaux des différents scénarios étaient contenus dans les limites de propriété du projet, que des effets irréversibles étaient susceptibles de déborder ces limites, mais que cette éventualité restait très improbable et ne concernait qu'une faible surface où la présence humaine n'est pas permanente.

20. En septième lieu, en ce qui concerne le risque bactériologique lié aux sous-produits animaux, il résulte de l'instruction que, ainsi que le mentionne le volet A de l'étude d'impact, notamment en pages 74 et suivantes, l'utilisation par la société Agri Métha Nacre de sous-produits animaux implique une demande d'agrément sanitaire au titre du règlement européen n° 1069/2009 du 21 octobre 2009, qui fera l'objet d'un dossier de demande avant le démarrage des installations. Ce même volet A de l'étude d'impact comporte également des développements, en pages 74 et suivantes et en page 210, sur le risque biologique lié aux installations projetées, ainsi que, en page 47, la description du procédé d'hygiénisation qui sera suivi pour traiter les sous-produits animaux entrants dans l'installation, à savoir un traitement des sous-produits animaux " à 70°C pendant plus d'une heure pour détruire de manière significative les potentiels micro-organismes pathogènes notamment dans les sous-produits animaux (conforme au règlement n 142/2011 du 25 février 2011 portant application du règlement (CE) no1069/2009 établissant des règles sanitaires applicables aux sous-produits animaux et produits dérivés non destinés à la consommation humaine) ". Dès lors, l'étude d'impact n'est pas entachée d'insuffisance sur ce point.

21. En huitième lieu, le risque lié au transport de matières dangereuses est pris en compte par l'étude d'impact qui mentionne, en page 163, l'existence d'une canalisation de moyenne pression appartenant à GRDF au sud du bourg, sur la route départementale no 60, à côté du projet, et précise que celle-ci est suffisamment éloignée du projet litigieux pour qu'il ne soit pas concerné par un risque technologique. L'étude de dangers a par ailleurs pris en compte les risques pour les personnes circulant sur cette route départementale en cas de défaillance des installations.

22. En neuvième lieu, l'étude d'impact comporte, en page 145 et suivantes, des développements relatifs aux odeurs générées par le projet, dont la dispersion a fait l'objet d'une modélisation. En se bornant à évoquer les plaintes de riverains relatives aux nuisances olfactives liées à d'autres installations de méthanisation implantées ailleurs en France et à soutenir, sans le démontrer, que des " hypothèses fantaisistes " auraient été retenues par la société pétitionnaire, les requérants n'apportent pas d'éléments sérieux de nature à établir que l'étude d'impact serait erronée ou insuffisante en ce qui concerne les nuisances olfactives du projet.

23. En dixième lieu, le volet A de l'étude d'impact comporte, en pages 162 et 241, des développements sur les risques de pollution des eaux souterraines par l'unité de méthanisation et les ouvrages de stockage déportés, tandis que le volet B de l'étude d'impact traite, en pages 80 et suivantes, de l'impact du plan d'épandage sur la qualité des eaux. Si les requérants font grief à l'étude d'impact de ne pas avoir utilisé la méthode PaPRIKa pour apprécier les risques de contamination des eaux, aucun texte n'impose l'utilisation de cette méthode. L'étude d'impact a par ailleurs pris en compte les risques de fuite des installations.

24. En onzième lieu, l'étude d'impact comporte, en pages 149 et suivantes du volet A et en pages 86 et suivantes du volet B, des développements relatifs aux impacts du projet sur les transports, dont il ressort notamment que le trafic routier moyen annuel engendré par le projet sera de 18 trajets quotidiens de camions et de 10 véhicules légers quotidiens. L'estimation de la répartition de ce trafic routier sur les différents axes de circulation reliés au projet litigieux est également précisée sur la base des hypothèses prévues, ainsi que l'augmentation de la circulation qui en résultera sur chacun des principaux axes. L'étude d'impact précise aussi les mesures prises pour réduire l'impact du projet sur le trafic routier et assurer la sécurité sur les routes, notamment par l'utilisation d'itinéraires spécifiques pour les poids lourds. Si les requérants soutiennent que les chiffres figurant dans l'étude d'impact sont erronés, les calculs sur lesquels ils se fondent, réalisés sur la base d'estimations, ne sont pas suffisamment justifiés pour remettre en cause les données figurant dans l'étude d'impact. Par ailleurs, s'il est vrai que l'étude d'impact ne comporte que peu de précisions sur la nature et la largeur des routes et chemins qui seront empruntés, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des pièces versées au dossier, que les voies qui seront utilisées pour le transport des matières entrantes et sortantes par les engins agricoles et camions palettes ou bâchés de 10 à 20 tonnes, notamment le chemin agricole situé au sud du bourg de Plumetot, seraient incompatibles avec le trafic généré par le projet litigieux, alors qu'ils sont déjà empruntés régulièrement par des véhicules agricoles. S'agissant des poids lourds et camions citernes de 30 tonnes prévus pour le transport des digestats liquides et autres liquides, correspondant à environ 35 % des rotations, un itinéraire bis a été prévu ne passant pas par le chemin agricole situé au sud du bourg de Plumetot.

25. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que " des informations importantes manquaient dans le dossier ", il ne ressort pas des dispositions de l'article R. 122-5 du code de l'environnement que les informations, énumérées dans leurs écritures, auraient dû figurer dans l'étude d'impact, eu égard à ce qui a été dit aux points 14 à 24 et compte tenu des caractéristiques du projet et de ses effets prévisibles sur l'environnement et la santé humaine.

26. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'étude d'impact du projet litigieux serait entachée d'insuffisances, erreurs ou omissions doit être écarté.

En ce qui concerne l'instruction de la demande :

27. Aux termes de l'article L. 181-10 du code de l'environnement : " I. - L'enquête publique est réalisée conformément aux dispositions du chapitre III du titre II du présent livre, (). / II. - L'autorité administrative compétente saisit pour avis les collectivités territoriales et leurs groupements intéressés par le projet. Lorsque le projet est soumis à évaluation environnementale en application du II de l'article L. 122-1, cette saisine se substitue à la transmission imposée par le V de cet article. " Aux termes de l'article R. 181-38 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable au litige : " Dès le début de la phase d'enquête publique, le préfet demande l'avis du conseil municipal des communes mentionnées au III de l'article R. 123-11 et des autres collectivités territoriales, ainsi que de leurs groupements, qu'il estime intéressés par le projet, notamment au regard des incidences environnementales notables de celui-ci sur leur territoire. Ne peuvent être pris en considération que les avis exprimés au plus tard dans les quinze jours suivant la clôture de l'enquête publique. "

28. Aux termes de l'article R. 123-8 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : () 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ; / () ".

29. Aux termes du V de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'un projet est soumis à évaluation environnementale, le dossier présentant le projet comprenant l'étude d'impact et la demande d'autorisation déposée est transmis pour avis à l'autorité environnementale ainsi qu'aux collectivités territoriales et à leurs groupements intéressés par le projet. / Les avis des collectivités territoriales et de leurs groupements, dès leur adoption, ou l'information relative à l'absence d'observations émises dans le délai fixé par décret en Conseil d'Etat sont mis à la disposition du public sur le site internet de l'autorité compétente lorsque cette dernière dispose d'un tel site ou, à défaut, sur le site de la préfecture du département. "

30. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal () / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc () / Le présent article est également applicable aux communes de moins de 3 500 habitants lorsqu'une délibération porte sur une installation mentionnée à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. "

31. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

32. Il résulte de l'instruction que quarante-sept communes sont intéressées par le projet, qu'il s'agisse des communes sur le territoire desquelles se situe le projet d'unité de méthanisation ou d'ouvrage de stockage déporté ou des communes dont le territoire est susceptible d'être affecté par le projet, notamment par le plan d'épandage. Par un courrier daté du 14 mai 2018, le préfet du Calvados a communiqué aux maires de chacune de ces communes le dossier de demande d'autorisation de la société Agri Métha Nacre, figurant sur un CD-Rom, et leur a demandé de soumettre ce dossier pour avis à leur conseil municipal dès l'ouverture de l'enquête publique, prévue du 4 juin au 6 juillet 2018, et au plus tard dans les quinze jours suivant la clôture du registre d'enquête. Vingt-quatre conseils municipaux ont rendu un avis dans le délai requis, dont dix ont été produits en défense par l'administration. S'il résulte de ces délibérations versées au dossier, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que les membres de chacun des conseils municipaux ont été convoqués dans les délais prescrits, celle de Périers-sur-le-Dan indique que le projet d'unité de méthanisation avait été omis de l'ordre du jour figurant dans la convocation. A l'exception des avis émis par les conseils municipaux de Saint-Aubin d'Arquenay et de Saint-Martin de Fontenay, il n'est pas justifié par l'administration que les maires des communes intéressées par le projet qui ont émis un avis sur le projet litigieux auraient mis à la disposition des conseillers municipaux le dossier de demande d'autorisation ou une note de synthèse préalablement à la réunion du conseil municipal. Pour autant, il résulte de l'instruction que le dossier de l'enquête publique, incluant notamment le dossier de demande d'autorisation et son résumé non technique de même que le plan d'épandage, était consultable sur le site Internet de la préfecture du Calvados pendant toute la durée de l'enquête publique, c'est-à-dire pendant la période au cours de laquelle les conseils municipaux étaient appelés à donner leur avis sur le projet. Dès lors, et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que les vices affectant la consultation de nombreuses communes intéressées par le projet a été susceptible d'exercer, dans les circonstances de l'espèce, une influence sur le sens de l'autorisation contestée ni qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des pièces versées au dossier, que des élus intéressés par le projet auraient participé au vote des délibérations émises sur celui-ci ou exercé, par leur seule présence à la réunion du conseil municipal, une influence déterminante sur le résultat du vote.

33. En second lieu, d'une part, il résulte des dispositions citées au point 28 de l'article R. 123-8 du code de l'environnement que ne doivent être joints au dossier soumis à l'enquête publique que les avis émis sur le projet lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête. Or, l'article R. 181-38 du code de l'environnement n'impose la consultation des communes intéressées par le projet qu'à compter de l'ouverture de l'enquête publique.

34. D'autre part, en vertu du II de l'article L. 181-10 du code de l'environnement, lorsque le projet est soumis à évaluation environnementale, la saisine pour avis des collectivités territoriales intéressées par le projet se substitue à la transmission aux mêmes collectivités du dossier de demande d'autorisation imposée au V de l'article L. 122-1 du même code. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'auraient été méconnues les dispositions du V de ce dernier article relatives à la mise à la disposition du public des avis des communes intéressées.

35. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la consultation des communes intéressées par le projet doit être écarté.

En ce qui concerne l'enquête publique :

S'agissant de la publicité de l'ouverture de l'enquête publique :

36. Aux termes de l'article L. 123-10 du code de l'environnement : " I. Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale () / L'avis indique en outre l'existence d'un rapport sur les incidences environnementales, d'une étude d'impact ou, à défaut, d'un dossier comprenant les informations environnementales se rapportant à l'objet de l'enquête, et l'adresse du site internet ainsi que du ou des lieux où ces documents peuvent être consultés s'ils diffèrent de l'adresse et des lieux où le dossier peut être consulté. Il fait état, lorsqu'ils ont été émis, de l'existence de l'avis de l'autorité environnementale mentionné au V de l'article L. 122-1 () du code de l'urbanisme, et des avis des collectivités territoriales et de leurs groupements mentionnés au V de l'article L. 122-1 du présent code, ainsi que du lieu ou des lieux où ils peuvent être consultés et de l'adresse des sites internet où ils peuvent être consultés si elle diffère de celle mentionnée ci-dessus () ".

37. S'il appartient à l'autorité administrative de procéder à l'ouverture de l'enquête publique et à la publicité de celle-ci dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement précédemment citées, la méconnaissance de ces dispositions n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

38. En premier lieu, s'il est vrai que l'avis d'enquête ne fait pas état de l'existence de l'avis de l'autorité environnementale émis sur le projet le 9 avril 2018, cet avis était compris dans le dossier d'enquête publique et accessible tout au long de celle-ci. Il résulte en outre de l'instruction, comme l'a indiqué le commissaire-enquêteur dans son rapport, que l'enquête publique a mobilisé fortement le public, avec 209 observations portées sur les registres et une pétition ayant réuni 5 357 signatures en défaveur du projet. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence de mention de l'avis de l'autorité environnementale dans l'avis d'enquête publique a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

39. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 34, les avis des communes intéressées n'ont pas été sollicités au titre du V de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, mais au titre du II de l'article L. 181-10 du même code, lequel n'impose la consultation des communes intéressées par le projet qu'à compter de l'ouverture de l'enquête publique. Il s'ensuit que ces avis ne pouvaient être mentionnés dans l'avis d'enquête publique.

40. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-10 du code de l'environnement doit être écarté.

S'agissant des moyens se rattachant au contenu du dossier soumis à enquête publique, au rapport du commissaire enquêteur et au défaut d'impartialité allégué de ce dernier :

41. Ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 30 et 34 ainsi que 36 à 40 du jugement attaqué.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'autorisation litigieuse :

S'agissant de l'appréciation des conditions de fond relatives aux capacités techniques et financières de la société pétitionnaire :

42. Il résulte des dispositions des articles L. 181-27 et D. 181-15-2 du code de l'environnement, citées au point 6, que lorsque le juge se prononce sur la légalité de l'autorisation avant la mise en service de l'installation, il lui appartient, si la méconnaissance de ces règles de fond est soulevée, de vérifier la pertinence des modalités selon lesquelles le pétitionnaire prévoit de disposer de capacités financières et techniques suffisantes pour assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, ainsi que les garanties de toute nature qu'il peut être appelé à constituer à cette fin en application des articles L. 516-1 et L. 516-2 du même code.

43. Les modalités selon lesquelles la société exploitante entend disposer de capacités techniques suffisantes, rappelées au point 8, et de capacités financières suffisantes, rappelées au point 9, apparaissent pertinentes pour lui permettre d'assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site. À cet égard, l'apport prévu de fonds propres à hauteur de 600 000 euros n'apparaît pas contradictoire avec les statuts de la société Agri Métha Nacre, qui font état d'un capital social de la société de ce montant, alors même que ses associés fondateurs n'ont fait à celle-ci des apports en numéraire qu'à hauteur de 300 000 euros. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère insuffisant des capacités techniques et financières doit être écarté.

S'agissant des atteintes portées aux intérêts protégés par L. 211-1 et l'article L. 511-1 du code de l'environnement :

44. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas. / (). "

45. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I. - Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion () vise à assurer : () / 2° La protection des eaux et la lutte contre toute pollution par déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou indirects de matières de toute nature et plus généralement par tout fait susceptible de provoquer ou d'accroître la dégradation des eaux en modifiant leurs caractéristiques physiques, chimiques, biologiques ou bactériologiques, qu'il s'agisse des eaux superficielles, souterraines ou des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales () / II. - La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population () ".

46. L'article L. 511-1 du même code dispose que : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique ".

Quant aux effets sanitaires :

47. Cette branche du moyen doit être écartée par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 45 et 46 du jugement attaqué.

Quant aux effets sur l'environnement :

48. En premier lieu, si les requérants font valoir qu'aucune étude n'a été fournie quant aux effets, notamment sur la faune, de l'introduction d'ammonium (NH4+) dans le sol et de son dégagement dans l'air, ils n'apportent aucun élément sur les nuisances que génèrerait sur ce point le projet contesté.

49. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la méthode pour établir le bilan des gaz à effet de serre émis par le projet, réalisée à l'aide du logiciel DIGES et qui figure en page 180 et suivantes ainsi qu'en annexe 15 de l'étude d'impact, prend en compte les dégagements de protoxyde d'azote (N2O). Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'en situation normale, l'exploitation litigieuse provoquera des fuites de méthane (CH4), alors qu'un programme de maintenance préventive et de vérification périodique des canalisations et des principaux équipements intéressant la sécurité sera élaboré.

50. En dernier lieu, si les requérants font valoir que le projet entraînera " forcément " un appauvrissement du sol, les éléments et calculs sur lesquels ils se fondent ne sont étayés ou corroborés par aucune pièce ni étude scientifique. L'article 2.6.2.4 de l'arrêté d'autorisation prévoit en outre un suivi de l'effet de substitution apporté par les digestats sur l'utilisation d'engrais chimiques, une analyse des digestats et une analyse des sols.

Quant aux risques d'accidents :

51. En premier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la dangerosité du méthane a été prise en compte dans le projet, notamment dans l'étude de dangers figurant dans l'étude d'impact. L'autorité environnementale a d'ailleurs relevé que le biogaz était identifié comme constituant le principal potentiel de danger de l'unité de méthanisation et a considéré que les différents moyens de protection, de prévention et de lutte étaient de nature à minimiser autant que possible les risques. S'agissant plus spécifiquement du risque d'envol des membranes du réacteur, le pétitionnaire, qui a pris en compte la réalisation, par le passé, de ce type d'accident, prévoit qu'il y aura plusieurs membranes à fixations redondantes au-dessus des digesteurs ainsi qu'un entretien et une vérification réguliers de ces équipements. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer que ces mesures préventives seraient insuffisantes ou inefficaces.

52. En deuxième lieu, les requérants n'indiquent pas en quoi la toxicité de l'hydrogène sulfuré (SH2) aurait davantage dû être prise en compte, alors que l'étude d'impact prévoit, notamment, à titre préventif, un contrôle de l'origine des déchets afin de prévenir la formation d'hydrogène sulfuré en cas de mélange avec d'autres matières présentes sur le site, ainsi qu'une surveillance constante de la qualité du gaz avant injection et en particulier de sa teneur en sulfure d'hydrogène.

53. En troisième lieu, si des déchets carnés seront traités par le méthaniseur à hauteur de 20 % des intrants, la société Agri Métha Nacre devra à ce titre obtenir un agrément sanitaire en application du règlement européen n° 1069/2009 du 21 octobre 2009 avant de pouvoir exploiter l'unité de méthanisation. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, notamment de l'étude de dangers, que le fonctionnement de l'installation pourrait produire une bactérie botulique mortelle.

54. En dernier lieu, aucune disposition n'exige que l'exploitation d'une unité de méthanisation soit dirigée en permanence par un ingénieur spécialiste des gaz explosifs ou que soit effectué un contrôle quotidien de la composition et de la qualité des intrants par des organismes indépendants. Enfin, alors que l'article 2.10.1.13 de l'arrêté contesté impose à la société Agri Métha Nacre de contrôler trois fois par jour la teneur en méthane (CH4) et en hydrogène sulfuré (SH2) du biogaz, il ne résulte pas de l'instruction que la prévention des accidents ne serait pas assurée par l'autorisation contestée.

Quant aux nuisances pour les tiers :

55. En premier lieu, afin de réduire les nuisances olfactives de l'unité de méthanisation, la société Agri Métha Nacre a prévu de l'implanter sur un site éloigné des habitations, celles-ci étant situées à environ un kilomètre des installations - en excluant la ferme de Beauvais habitée par l'un des porteurs du projet. Il résulte de l'instruction, notamment de l'étude d'impact et de l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale Normandie, que la méthanisation aura lieu dans des réacteurs fermés et étanches dont l'atmosphère intérieure sera contrôlée, que les matières entrantes odorantes seront reçues dans un bâtiment fermé raccordé au dispositif de traitement des odeurs par biofiltres, que le temps de séjour moyen des matières dans les digesteurs sera suffisamment long pour permettre une dégradation adaptée de la matière organique en évitant ainsi aux digestats de repartir en fermentation lors du stockage ultérieur. En outre, les flux d'odeurs seront captés par mise en dépression générale des locaux, puis envoyés vers deux biofiltres. Si les requérants soutiennent que l'installation provoquera des fuites de méthane, il résulte de l'instruction que l'ensemble du biogaz produit sera capté puis valorisé par injection dans le réseau ou utilisation sur le site ou brûlé dans la torchère. L'arrêté contesté prescrit par ailleurs des mesures de contrôle et de surveillance des odeurs. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la sollicitation par des vents forts des deux membranes situées au-dessus des digesteurs n'aurait pas été prise en compte, l'article 2.10.1.17 de l'arrêté d'autorisation d'exploiter prévoyant qu'elles seront conçues pour des vents de région 2 selon la norme dite " Eurocode 1 ". Si les requérants affirment que les données de modélisation de la dispersion des odeurs sont " irréalistes ", ils ne l'établissent pas par les pièces versées au dossier. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la valeur limite de concentration d'odeurs imputables à l'installation prévue par l'article 2.3.2.3 de l'arrêté d'autorisation d'exploiter, qui ne doit pas dépasser 5 uoE/m³ plus de 175 heures par an dans un rayon de 100 mètres des limites clôturées de l'installation, serait excessive alors, au surplus, que les premières habitations des personnes étrangères au projet sont situées à un kilomètre de l'unité de méthanisation.

56. S'agissant ensuite des digestats solides et liquides, il résulte de l'instruction, notamment de l'étude d'impact, qu'ils seront très réduits en odeurs, en particulier dans les ouvrages déportés de stockage, tandis que lex digestatx épandux seront enfouis immédiatement après l'épandage ou, au plus tard, dans les douze heures.

57. En second lieu, en ce qui concerne le trafic routier, la création de plusieurs ouvrages de stockage de digestats délocalisés, à proximité des lieux d'épandage, permettra de lisser le surcroît de circulation généré par le projet et de limiter les pics de transports en période d'épandage. Ainsi, alors que l'étude d'impact a évalué le trafic routier moyen annuel engendré par le projet à 18 trajets quotidiens de camions et à 10 véhicules légers quotidiens, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la moyenne quotidienne de dix-huit camions correspondrait, en période d'épandage, à une centaine de camions. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des pièces versées au dossier, que le surcroît de circulation généré par le projet serait de nature à compromettre la sécurité routière, alors que, comme il a été dit au point 24, des itinéraires spécifiques seront prévus pour les poids lourds de 30 tonnes et que les voies prévues pour le transport des matières entrantes et sortantes par les engins agricoles et camions de 10 à 20 tonnes n'apparaissent pas inadaptées pour la rotation de ces véhicules. Quant aux réceptions des déchets et expéditions des digestats par camions et engins agricoles, l'étude d'impact prévoit qu'elles seront réalisées en période diurne entre 7h et 22h du lundi au samedi, et exceptionnellement le dimanche en cas d'urgence.

58. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le projet litigieux n'assure pas la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté.

S'agissant du principe de précaution :

59. Aux termes du 1° du II de l'article L. 110-1 du code de l'environnement, relatif au principe de précaution, " l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ".

60. Si l'installation de méthanisation et l'épandage projetés présentent de graves dangers ou inconvénients pour l'environnement, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de l'état des connaissances scientifiques et techniques ainsi que de ce qui vient d'être dit aux points 13 à 26 et 47 à 58, que le principe de précaution impliquait que la société pétitionnaire réalise, ainsi que le soutiennent les requérants, " des démarches supplémentaires pour permettre à l'autorité compétente d'évaluer véritablement les risques ", ni que ce principe impliquait d'assortir l'arrêté contesté d'autres prescriptions particulières que celles déjà prévues par celui-ci. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de précaution ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la compatibilité du projet avec les plans locaux d'urbanisme des communes concernées :

61. Selon l'article R. 181-34 du code de l'environnement, le préfet peut rejeter la demande d'autorisation environnementale " lorsque cette réalisation est subordonnée à l'obtention d'une autorisation d'urbanisme qui apparaît manifestement insusceptible d'être délivrée eu égard à l'affectation des sols définie par le document d'urbanisme local en vigueur au moment de l'instruction, à moins qu'une procédure de révision, de modification ou de mise en compatibilité de ce document ayant pour effet de permettre cette réalisation soit engagée ". En vertu de l'article L. 514-6 du même code, " la compatibilité d'une installation classée avec les dispositions () d'un plan local d'urbanisme () est appréciée à la date de l'autorisation () ".

62. En premier lieu, l'article A 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Biéville-Beuville interdit " toute nouvelle construction ou installation dès lors qu'elle n'est pas liée et nécessaire à une exploitation agricole, ou aux activités autorisées à l'article A2 ". L'article A 2 de ce règlement autorise " les équipements d'intérêt général () dès lors que du fait de leur nature ou de leur destination, ils ne sauraient être édifiés ailleurs. "

63. En vertu de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime, sont réputées agricoles les activités de production et de commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d'exploitations agricoles. Selon l'article D. 311-18 du même code, " pour que la production et, le cas échéant, la commercialisation de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation soient regardées comme activité agricole en application de l'article L. 311-1, l'unité de méthanisation doit être exploitée et l'énergie commercialisée par un exploitant agricole ou une structure détenue majoritairement par des exploitants agricoles. "

64. Il résulte de l'instruction que le projet litigieux vise à permettre à la société Agri Métha Nacre, détenue majoritairement par des exploitants agricoles, de valoriser des déchets agricoles, provenant à 80 % d'exploitations agricoles, dont celles des six membres fondateurs de la société, pour produire du biogaz par méthanisation ainsi que des digestats destinés à être épandus pour amender les sols d'une vingtaine d'exploitations agricoles, dont celles des porteurs du projet, en complément de l'activité de ces derniers. Ainsi, l'unité de méthanisation projetée et les ouvrages de stockage déportés constituent des constructions liées et nécessaires à des exploitations agricoles au sens de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme de Biéville-Beuville. En tout état de cause, dès lors que l'unité de méthanisation permettra d'injecter du biogaz dans le réseau public de distribution de gaz, elle constitue un équipement d'intérêt général au sens de l'article A 2 du même règlement, qui ne saurait être édifié en zone d'habitation compte tenu des risques et inconvénients qu'elle comporte.

65. En second lieu, si les requérants soutiennent que les maires de Saint-Contest et de Thaon ont refusé les demandes de permis de construire déposées par la société Agri Métha Nacre pour la construction d'une fosse couverte pour le stockage de digestat liquide sur leur territoire, il résulte de l'instruction que les permis de construire sollicités ont finalement été accordés par arrêté du maire de Thaon du 25 juin 2019 et, à la suite de l'annulation d'un précédent refus par un jugement nos 1901795-1902648 du 5 novembre 2020 du tribunal administratif de Caen, par arrêté du 4 janvier 2021 du maire de Saint-Contest. En tout état de cause, alors même que, par arrêt de ce jour no 21NT00149, la cour administrative d'appel de Nantes annule, pour un motif étranger aux règles d'affectation des sols, ce jugement du 5 novembre 2020 du tribunal administratif de Caen en tant qu'il a annulé l'arrêté du 26 juin 2019 du maire de Saint-Contest refusant de délivrer à la société Agri Métha Nacre un permis de construire une fosse couverte destinée au stockage de digestats liquides, il ne résulte pas de l'instruction que les autorisations d'urbanisme requises pour la réalisation des diverses constructions de l'installation litigieuse étaient, à la date de l'arrêté contesté, manifestement insusceptibles d'être délivrées eu égard à l'affectation des sols définis par les documents d'urbanisme applicables sur le territoire des communes concernées.

66. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 181-34 du code de l'environnement doit être écarté.

S'agissant des mesures de contrôle et de surveillance :

67. En premier lieu, l'autorisation contestée comporte, à son chapitre 2.11, un ensemble de mesures de surveillance des émissions et de leurs effets, incluant une surveillance annuelle des émissions atmosphériques, un contrôle semestriel du biogaz, une surveillance annuelle des eaux résiduaires et une surveillance des niveaux sonores tous les trois ans. L'article 2.6.2.4 de l'arrêté contesté prescrit la réalisation d'un programme prévisionnel annuel d'épandage, incluant une analyse des sols afin de caractériser leur valeur agronomique, ainsi qu'un bilan annuel de l'épandage et une analyse des sols sur chaque point de référence au moins tous les dix ans. Les digestats doivent en outre être analysés, selon une fréquence variable pour chaque type d'analyse, afin de détecter des éléments-traces métalliques, des composés-traces organiques et des éléments microbiologiques. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que ces mesures de contrôle et de surveillance seraient insuffisantes au regard des risques générés par l'installation.

68. En second lieu, l'autorisation contestée comporte, à ses articles 2.3.2.3 et 2.3.2.4, des prescriptions relatives aux contrôles à effectuer par la société Agri Métha Nacre pour respecter les valeurs limites fixées par ce même article en termes d'odeurs, à savoir une limite de 5 uoE/m3 plus de 175 heures par an dans un rayon de 100 mètres des limites clôturées de l'installation, soit une fréquence de dépassement de 2 % intégrant les pannes éventuelles des équipements de l'installation. Est notamment prévue la réalisation, avant la mise en service de l'unité de méthanisation, d'un état initial des odeurs perçues dans l'environnement immédiat selon la méthode du jury de nez, suivi d'un nouvel état selon la même méthode dans un délai d'un an après la mise en service. Des mesures de débit d'odeurs et une étude de dispersion atmosphérique devront également être réalisées dans les dix-huit mois suivant la mise en service de l'installation. Cette étude devra ensuite être actualisée tous les cinq ans sur la base d'une nouvelle campagne de mesures de débit d'odeurs. En cas de plaintes répétées pour gêne olfactive, qui devront être consignées dans un registre tenu par l'exploitant, le préfet pourra prescrire une mise à jour anticipée de l'étude de dispersion voire un nouvel état des odeurs, ainsi qu'un programme de surveillance renforcée. Un registre spécifique sera tenu pour les nuisances olfactives liées aux pratiques d'épandage. Enfin, l'exploitant fera procéder par un organisme qualifié au contrôle annuel des équipements de traitement des odeurs, tels que les laveurs de gaz et biofiltres. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne résulte pas de l'instruction que ces prescriptions ne seraient pas adaptées et proportionnées pour prévenir les nuisances olfactives de l'installation litigieuse, alors même que l'autorisation contestée ne prévoit aucun arrêt de l'installation ni aucune pénalité financière en cas de dépassement des valeurs limites fixées par l'arrêté. De même, il ne résulte pas de l'instruction qu'une valeur limite de 1 uoE/m3 aurait dû être retenue au lieu de celle de 5 uoE/m3.

69. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de mesures de contrôle et de surveillance au regard des dispositions des articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté.

70. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées à la requête d'appel et à la demande de première instance, que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Caen a rejeté leur demande.

Sur les frais liés au litige :

71. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux à l'occasion du litige soumis au juge.

72. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Agri Métha Nacre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la société Agri Métha Nacre présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. AI D, M. AY et Mme AG DE, Mme CD CN, Mme N CR, l'association Groupement régional des associations de protection de l'environnement (GRAPE) et M. AD CZ, à la société Agri Métha Nacre et au ministre de la transition écologique et la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Buffet, présidente de chambre,

- Mme Montes-Derouet, présidente-assesseure,

- M. Bréchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 août 2023.

Le rapporteur,

F.-X. BréchotLa présidente,

C. Buffet

La greffière,

A. Lemée

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21NT00177

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