vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-21NT01258 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TALL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. F B et Mme E B ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 16 décembre 2019 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme A D, Mme E B et à l'enfant Aliou G B des visas d'entrée et de long séjour en qualité de membre de famille de réfugiés.
Par un jugement n° 2006443 du 8 mars 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 mai 2021, 23 septembre 2022 et 6 décembre 2022 et un mémoire, non communiqué, enregistré le 8 décembre 2022, M. B et Mme E B, représentés par Me Tall demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes ;
2°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 de la commission de recours ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le lien de filiation est établi par les actes d'état civil produits qui sont authentiques et par des éléments de possession d'état ; la décision contestée de la commission de recours a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 752-1 et L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme H a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F B, ressortissant mauritanien, né en 1965, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 janvier 2004. Le 11 juillet 2019, Mme A D, son épouse alléguée, Mme E B et Aliou G B, leurs enfants allégués, nés respectivement les 20 novembre 2001 et 7 novembre 2008, ont sollicité un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié auprès du consul général de France à Dakar (Sénégal). Par une décision du 16 décembre 2019, cette autorité a rejeté leurs demandes de visas. Par un jugement du 8 mars 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande de M. F B et de Mme E B tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Dakar rejetant les demandes de visas de long séjour présentées pour Mme A D, Mme E B et l'enfant Aliou G B. M. F B et Mme E B relèvent appel de ce jugement.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. En premier lieu et d'une part, aux termes du I de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans () ". Le II du même article dispose que : " () Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. / Pour l'application du troisième alinéa du présent II, ils produisent les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 721-3 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-3 du même code, alors en vigueur : " L'office est habilité à délivrer, après enquête s'il y a lieu, aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire les pièces nécessaires pour leur permettre soit d'exécuter les divers actes de la vie civile, soit de faire appliquer les dispositions de la législation interne ou des accords internationaux qui intéressent leur protection, notamment les pièces tenant lieu d'actes d'état civil. / Le directeur général de l'office authentifie les actes et documents qui lui sont soumis. Les actes et documents qu'il établit ont la valeur d'actes authentiques. / Ces diverses pièces suppléent à l'absence d'actes et de documents délivrés dans le pays d'origine. Les pièces délivrées par l'office ne sont pas soumises à l'enregistrement ni au droit de timbre ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 111-6 du même code, alors en vigueur : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa rédaction alors applicable : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".
5. Il résulte des dispositions citées aux points 2 à 4 que les actes établis par l'Office français des réfugiés et des apatrides sur le fondement des dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence d'acte d'état civil ou de doute sur leur authenticité, et produits à l'appui d'une demande de visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois, présentée pour les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire dans le cadre d'une réunification familiale, ont, dans les conditions qu'elles prévoient, valeur d'actes authentiques qui fait obstacle à ce que les autorités consulaires en contestent les mentions, sauf en cas de fraude à laquelle il appartient à l'autorité administrative de faire échec.
En ce qui concerne Mme D :
6. Pour justifier de son mariage avec Mme D, M. B produit un certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état-civil établi le 3 septembre 2004 par l'Office français des réfugiés et des apatrides (OFPRA), complété le 16 février 2016, sur instruction du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris, par la mention marginale de son mariage le 16 octobre 1989 avec Mme A D. Ni les anomalies dont le ministre soutient que serait affecté l'acte de mariage délivré par les autorités sénégalaises, ni le silence gardé par M. B sur sa situation matrimoniale lors de la présentation de sa demande d'asile ne sont de nature à établir la fraude alléguée par le ministre. Par ailleurs, si le ministre soutient que l'identité de Mme D n'est pas établie, il n'assortit ses allégations d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les jeunes E B et C G :
7. Pour justifier de son lien de filiation à l'égard de M. B, la jeune E B a produit devant la commission de recours un passeport ainsi que la copie littérale de l'acte de naissance n° 5/2001 établi le 31 décembre 2001, délivrée le 13 mai 2019 par le centre secondaire d'état-civil de Grand Dakar Darabis. D'une part, la naissance de la jeune E ayant été déclarée le 31 décembre 2001, soit dans le délai d'un mois et quinze jours après la naissance prévu par les dispositions de l'article 51 du code de la famille sénégalais, le ministre ne peut soutenir que l'acte de naissance aurait dû comporter, en application de ces dispositions, une mention de déclaration tardive. D'autre part, ni la circonstance que la déclaration de la naissance de la jeune E a été faite le 31 décembre 2001, dernier jour ouvré de l'année, ni les énonciations de la note des autorités sénégalaises du 17 février 2014 ne sont de nature à faire regarder l'acte de naissance dont la copie littérale a été délivrée le 13 mai 2019 comme dépourvu de valeur probante.
8. Pour justifier du lien de filiation de l'enfant Aliou G à l'égard de M. B, ont été produites la copie d'un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 23 octobre 2014 par le tribunal départemental hors classe de Dakar et la copie littérale de l'acte de naissance n° 89/15 établi par les autorités locales le 13 janvier 2015 en transcription de ce jugement. Les circonstances alléguées par le ministre de l'intérieur que M. B ne pouvait ignorer l'obligation de déclarer la naissance de l'enfant dans les délais légaux et que ce dernier ne pouvait être scolarisé dès 2012 sans présentation d'un acte de naissance, ne suffisent pas à démontrer le caractère frauduleux de ce jugement supplétif.
9. Il résulte des points 6 à 8 ci-dessus que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que l'identité de Mme D ainsi que celle de la jeune E B et de l'enfant Aliou G B et dès lors le lien matrimonial liant Mme D à M. B et le lien de filiation unissant les enfants à M. B n'étaient pas établis et en refusant de leur délivrer, pour ces motifs, les visas sollicités.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B et la jeune E B sont fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande tendant à l'annulation de la décision du 15 juillet 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus de délivrer les visas sollicités.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement la délivrance du visa sollicité à Mme A D ainsi qu'à la jeune E B et à l'enfant Aliou G B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par les requérants.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du 8 mars 2021 du tribunal administratif de Nantes est annulé.
Article 2 : La décision du 15 juillet 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) du 16 décembre 2019 refusant de délivrer à Mme A D, à la jeune E B et à l'enfant Aliou G B des visas d'entrée et de long séjour est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme A D, à la jeune E B et à l'enfant Aliou G B des visas d'entrée et de long séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'Etat versera à M. F B et à Mme E B une somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. F B, à Mme E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Buffet, présidente de chambre,
- Mme Montes-Derouet, présidente-assesseure,
- M. Bréchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
La rapporteure,
I. MONTES DEROUETLa présidente,
C. BUFFET
La greffière,
Karine BOURON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026