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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-21NT02334

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-21NT02334

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-21NT02334
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSALIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et M. E B ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 25 février 2020 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à M. E B un visa d'entrée et de long séjour au titre du regroupement familial.

Par un jugement n°2012928 du 14 juin 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 août 2021, M. A B et M. E B, représentés par Me Salin, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes ;

2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2020 de la commission de recours ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à M. E B le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Les requérants soutiennent que :

- le jugement du tribunal administratif de Nantes est irrégulier pour s'être fondé sur des éléments nouveaux non soumis au débat contradictoire, sans prendre en compte l'acquiescement aux faits de l'administration ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le lien de filiation est établi par les actes d'état civil produits qui sont authentiques et par la possession d'état ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Montes-Derouet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 1er mars 1986, a obtenu, par une décision du 22 novembre 2018 du préfet d'Ille-et-Vilaine, une autorisation de regroupement familial au profit de son fils allégué le jeune E B né le 27 avril 2002. Ce dernier a sollicité un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial, auprès du consul général de France à Bamako (Mali). Par un jugement du 14 juin 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande de M. A B et de M. E B tendant à l'annulation de la décision du 14 octobre 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Bamako rejetant la demande de visa de long séjour présentée par M. E B. M. A B et M. E B relèvent appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 612-3 du code de justice administrative : " () lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti en exécution des articles R. 611-10, R. 611-17 et R. 611-26, le président de la formation de jugement () peut lui adresser une mise en demeure. ". Aux termes de l'article R. 612-6 du même code : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à un telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. Il ressort des pièces du dossier de première instance que le tribunal administratif de Nantes a, le 12 janvier 2021, adressé au ministre de l'intérieur sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois ses observations en réponse à la requête de M. G B et de M. E B, enregistrée le 15 décembre 2020. Ce courrier, qui a été notifié au ministre de l'intérieur le 13 janvier 2021, rappelait en outre qu'en vertu de l'article R. 612-6 du même code, il serait réputé avoir acquiescé aux faits, dès lors qu'il ne produirait pas de mémoire en défense dans le délai imparti par la mise en demeure. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'a, malgré cette mise en demeure, produit son mémoire en défense que le 12 mai 2021, postérieurement à la clôture de l'instruction, et que ce mémoire n'a pas été communiqué. Contrairement à ce qui est soutenu, les premiers juges ne se sont pas fondés sur les éléments contenus dans ce mémoire du ministre mais se sont bornés à vérifier l'exactitude des faits exposés par les requérants dans leurs écritures au regard des pièces du dossier versées par ses derniers à l'appui de leur requête introductive d'instance. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité du jugement pour méconnaissance de la " règle de l'acquiescement aux faits " et du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " () Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. / Pour l'application du troisième alinéa du présent II, ils produisent les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 721-3 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. (). ".

5. Aux termes de l'article L. 111-6 du même code, alors en vigueur : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa rédaction alors applicable : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée en faveur de Youssouf B, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité et son lien de filiation avec M. A B n'étaient pas établis.

8. En premier lieu, pour justifier de son identité et du lien de filiation l'unissant à M. A B, M. E B a produit, à l'appui de sa demande de visa, la copie, certifiée conforme le 19 février 2020, du volet n° 1 de son acte de naissance, dont la numérotation est illisible, mentionnant M. A B comme son père et Mme C D comme sa mère ainsi que comme déclarante de sa naissance et comme exerçant la profession de ménagère. A également été produite la copie du volet n° 3 de l'acte de naissance de l'intéressé, présentant également une numérotation illisible et mentionnant la même filiation parentale. Les requérants se prévalent encore de la copie littérale, certifiée conforme le 9 mars 2020, de l'acte de naissance de l'intéressé, portant le n° 540/registre n° 10, qui mentionne désormais M. A B comme déclarant de la naissance de M. E B et Mme C D comme exerçant l'activité " d'élève ". Enfin, ils produisent un certificat du 19 mai 2020, par lequel le maire délégué du centre secondaire de l'état-civil de Sabalibougou atteste de l'authenticité de l'acte de naissance de M. E B, et précise que l'erreur qui affecte la numérotation du volet n° 3 de l'acte de naissance et de la copie littérale de l'acte de naissance, à savoir l'indication du numéro 540 en lieu et place du numéro 510, " a été commise par inadvertance par le secrétaire dont l'écriture est pratiquement indéchiffrable ". Ce " certificat d'authenticité " n'explique toutefois pas le caractère incohérent des mentions relatives à l'identité du déclarant de la naissance de M. E B, portées sur les copies d'actes pourtant certifiées conformes à l'acte de naissance original. Les requérants produisent également devant la cour, une nouvelle copie littérale d'acte de naissance, certifiée conforme le 12 juillet 2021, portant désormais le numéro 510/registre n° 10 et mentionnant Mme C D comme ayant déclaré la naissance de M. E B ainsi qu'un nouveau certificat d'authenticité établi à la date du 2 juillet 2021 par le maire délégué du centre secondaire de l'état-civil de Sabalibougou. Ces actes ne permettent pas davantage de justifier des incohérences affectant la numérotation comme l'identité des parents déclarants. En outre, le ministre fait valoir qu'en réponse à la demande de levée d'acte présentée par le consul français à Bamako les autorités maliennes ont indiqué, par lettre du 11 septembre 2019, que le registre n° 10 de l'année 2002 ne comporte que 500 feuillets à raison de 50 par registre. Il en résulte que les actes produits par les requérants ne peuvent être regardés comme présentant un caractère probant et, dès lors, comme établissant l'identité de M. E B et sa filiation avec M. A B.

9. En deuxième lieu, si M. A B soutient avoir vécu avec son fils de 2002 à 2005, date de son départ du Mali, avoir alors confié son fils à sa grand-mère paternelle et avoir adressé des mandats financiers à la mère de l'enfant pour subvenir à ses besoins et s'être rendu au Mali en 2011, 2017 et 2019, il ne produit à l'appui de ses allégations que deux photographies qui le représenteraient avec son fils. Les éléments ainsi produits ne permettent pas d'établir la possession d'état alléguée.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux point 8 et 9 que le moyen tiré de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 5, en rejetant la demande de visa en litige au motif que l'identité de M. E B et le lien de filiation à l'égard de M. A B n'étaient pas établis, doit être écarté.

11. En troisième lieu, le lien de filiation n'étant pas établi, ainsi qu'il vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil des requérants de la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A B et de M. E B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à M. E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Buffet, présidente de chambre,

- Mme Montes-Derouet, présidente-assesseure,

- M. Bréchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

La rapporteure,

I. MONTES DEROUETLa présidente,

C. BUFFET

La greffière,

K. BOURON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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