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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-21NT02377

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-21NT02377

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-21NT02377
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDERAISON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C épouse F a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 4 novembre 2020 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 8 juillet 2020 des autorités consulaires françaises à Bamako refusant de lui délivrer, ainsi qu'à son fils E F, les visas de long séjour qu'ils sollicitaient au titre du regroupement familial.

Par un jugement n° 2013609 du 28 juin 2021, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 4 novembre 2020 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme C épouse F et au jeune E F les visas sollicités.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 juin 2021 du tribunal administratif de Nantes ;

2°) de rejeter la demande présentée par Mme A C épouse F devant le tribunal administratif de Nantes.

Il soutient que les documents d'état-civil produits comportent des incohérences qui leur ôtent tout caractère probant, ne permettent pas d'établir le lien familial allégué et révèlent une intention frauduleuse ; aucun élément caractérisant une possession d'état n'est établi ; les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant seront écartés en conséquence.

Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2022, Mme A C épouse F, représentée par Me Deraison, soutient qu'il n'y pas plus lieu à statuer dès lors qu'elle a obtenu, ainsi que son fils, un visa leur ayant permis d'entrer en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, ressortissant malien, a obtenu par décision du 23 novembre 2017 du préfet du Val-de-Marne une autorisation de regroupement familial au profit de Mme A C épouse F et d'Abdoulaye F, leur enfant mineur né le 7 août 2013. Ces derniers ont sollicité le 20 juin 2018 des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial auprès du consul général de France à Bamako (Mali). Par une décision du 8 juillet 2020, cette autorité a rejeté ces demandes. Par une décision du 4 novembre 2020, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Par un jugement du 28 juin 2021, dont le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 4 novembre 2020.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si par une décision du 26 octobre 2021, postérieure à l'introduction du recours du ministre et prise en exécution du jugement du 7 juin 2021, des visas d'entrée et de long séjour ont été délivrés à Mme A C et à Abdoulaye F, lesquels sont entrés sur le territoire français le 29 novembre 2021, cette circonstance ne rend pas sans objet l'appel du ministre de l'intérieur contre le jugement annulant la décision du 4 novembre 2020 refusant aux intéressés la délivrance de tels visas.

3. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur () ". Aux termes de l'article L. 211-2-1 du même code, alors en vigueur : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code, alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Si la venue en France de ressortissants étrangers a été autorisée au titre du regroupement familial, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'autorité consulaire use du pouvoir qui lui appartient de refuser leur entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur des motifs d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits.

4. L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, prévoit par ailleurs, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Il n'appartient par ailleurs pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.

6. La décision de refus des visas de long séjour sollicités par Mme A C et le jeune E F au titre du regroupement familial est fondée sur le fait que leurs actes de naissance de 2013 et 2016 produits à l'appui de leurs demandes de visa ne permettent pas d'établir leur identité et partant leur lien familial avec M. F.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de visa, ainsi que devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, Mme C a produit un acte de naissance établi le 23 mars 2016 par l'officier d'état civil de la commune de Kassaro (Mali) en transcription d'un jugement supplétif rendu le même jour par le tribunal de grande instance de Kita, ainsi qu'une copie de ce jugement. La circonstance que cet acte de naissance a été établi quarante-deux ans après la naissance de l'intéressée n'est pas de nature à établir l'existence d'une situation de fraude, eu égard à l'objet d'un jugement supplétif. Compte tenu de l'intervention du jugement supplétif du 23 mars 2016, la circonstance que l'intéressée s'est mariée six ans auparavant avec M. F alors que les intéressés auraient dû présenter préalablement, selon le code des personnes et de la famille du Mali, un extrait d'acte de naissance ou une pièce en tenant lieu n'est dès lors pas davantage de nature à établir une situation de fraude. Mme C explique du reste qu'elle détenait précédemment des copies qu'elle produit de son extrait d'acte de naissance initial, aux mentions concordantes avec celles figurant sur l'acte de naissance établi en 2016. Ces seuls documents, produits postérieurement à la décision contestée, n'établissent pas le caractère frauduleux du jugement supplétif du 23 mars 2016.

8. Par ailleurs si la transcription de ce jugement supplétif dans les registres d'état-civil maliens est intervenu le jour même du jugement, une telle célérité n'est pas de nature à établir le caractère frauduleux de ce jugement, alors même que le délai d'appel contre ce type de décision juridictionnelle serait de quinze jours selon la législation malienne.

9. D'autre part, la circonstance que l'acte de naissance de l'enfant Abdoulaye F a été dressé en 2013, année de sa naissance mais trois ans avant l'acte de naissance de 2016 de sa mère, n'est pas de nature à établir l'existence d'une situation de fraude.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 4 novembre 2020 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme A C épouse F.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Francfort, président de chambre,

- M. Rivas, président assesseur,

- M. Frank, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

J. FRANCFORT

Le greffier,

C. GOY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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