mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-21NT02392 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C F D et M. E D B ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 8 février 2021 des autorités consulaires françaises refusant de délivrer à Godefroy Dominique D B et à Josée Rita Meyousse Heubo les visas de long séjour qu'ils demandaient au titre du regroupement familial.
Par un jugement n° 2102290 du 26 juillet 2021, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 19 août 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 26 juillet 2021 du tribunal administratif de Nantes ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme C F D et M. E D B devant le tribunal administratif de Nantes.
Il soutient que l'identité des demandeurs de visa n'est pas établie au regard des documents d'état-civil et des éléments de possession présentés ; l'intention frauduleuse de Mme F D est établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, Mme C F D et M. E D B, représentés par Me Cabioch, concluent au rejet de la requête et demandent de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les moyens soulevés par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne sont pas fondés ;
- la décision est intervenue en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- subsidiairement, si le jugement devait être annulé, en raison de l'absence de toute justification de la tenue d'une réunion collégiale de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, la décision de cette commission est illégale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C F D, ressortissante camerounaise né le 7 décembre 1986, a obtenu, par une décision du 15 avril 2020 du préfet de Maine-et-Loire, le regroupement familial pour ses enfants allégués, E D B, né le 16 février 2003 et Josée Rita Meyousse Heubo, née le 29 juillet 2005. Toutefois, les demandes de visas de long séjour déposées pour ces personnes auprès des autorités consulaires françaises au Cameroun ont été implicitement rejetées. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 8 décembre 2020 contre ces refus consulaires, par une décision implicite. Par un jugement du 26 juillet 2021, dont le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel, le tribunal administratif de Nantes a annulé cette décision implicite et a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer aux intéressés les visas sollicités.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur () ". Aux termes de l'article L. 211-2-1 du même code, alors en vigueur : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code, alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Si la venue en France de ressortissants étrangers a été autorisée au titre du regroupement familial, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'autorité consulaire use du pouvoir qui lui appartient de refuser leur entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur des motifs d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes d'état civil produits.
3. L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, prévoit par ailleurs, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux.
5. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la décision contestée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est motivée par le fait que les documents d'état-civil produits ne permettent pas d'établir l'identité des deux demandeurs de visa, partant le lien de filiation allégué avec Mme F D, dont l'intention frauduleuse est établie. Il ajoute que les éléments présentés n'établissent pas un tel lien par possession d'état.
6. D'une part, afin d'établir l'identité et les liens de filiation de M. E D B il a été produit un jugement du 2 juin 2017 du tribunal de première instance de Yaoundé (Cameroun) décidant d'ordonner la reconstitution de l'acte de naissance perdu de l'intéressé, après constat par le tribunal de l'existence de la souche de l'acte de naissance établi à son nom dans le registre n° 14 de l'année 2003 de la mairie de Yaoundé VIème, ainsi que l'acte de naissance établi le 30 janvier 2018 sur le fondement de ce jugement. La seule interrogation exprimée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur l'existence même de ce jugement au motif que l'intéressé aurait simplement pu demander une copie de son acte de naissance dès lors que la souche existait ne permet pas d'établir une situation de fraude alors qu'il résulte explicitement de la décision de justice camerounaise que la demande de Mme F D était recevable et que la législation camerounaise prévoit dans l'hypothèse d'une perte de l'acte de naissance initialement délivré de recourir à un jugement de reconstitution comme en l'espèce. Si le jugement du 2 juin 2017 mentionne que la requête de Mme F D date du 21 juin 2017 alors que les frais de justice ont été acquittés le 31 mai 2017 et que la première audience s'est tenue le 8 juin 2017, une telle discordance sur la seule date d'enregistrement des écritures s'explique par une erreur de plume. Par ailleurs, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne peut utilement soutenir que l'acte de naissance dressé le 30 janvier 2018 sur le fondement de ce jugement serait entaché d'anomalies remettant en cause sa valeur probante.
7. D'autre part, pour établir l'identité et les liens de filiation de Josée Rita Meyousse Heubo il a été produit un jugement du 28 août 2017 du tribunal de premier degré de Yaoundé-Ekounou décidant d'ordonner l'établissement de l'acte de naissance de l'intéressée et son placement dans un registre régulier en respectant l'ordre chronologique, après constat du fait que l'acte de naissance déjà en sa possession n'avait pas été enregistré par le centre d'état-civil compétent en respectant cet ordre chronologique imparti par la législation camerounaise, ainsi que l'acte de naissance établi le 26 octobre 2018 sur le fondement de ce jugement. La seule circonstance que les juges camerounais n'ont pas, par le même jugement du 28 août 2017, décidé d'annuler l'acte de naissance précédent de Josée Rita Meyousse Heubo n'est pas de nature à établir le caractère frauduleux de ce jugement.
8. Il résulte des deux points précédents que l'identité et les liens de filiation unissant Mme F D à M. E D B et à Josée Rita Meyousse Heubo sont établis. Dès lors, en confirmant les refus de visas opposés à ces deux personnes au motif que les liens de filiation n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions citées aux points 2 et 3.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les frais d'instance :
10. Il convient, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme F D.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme F D une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C F D et à M. E D B.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Francfort, président de chambre,
- M. Rivas, président assesseur,
- M. Frank, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
Le rapporteur,
C. A
Le président,
J. FRANCFORT
Le greffier,
C. GOY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026