mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-21NT03049 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ARES GARNIER DOHOLLOU SOUET ARION ARDISSON GREARD COLLET LEDERF-DANIEL LEBLANC |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par deux requêtes distinctes M. et Mme F, d'une part, et M. et Mme D C, d'autre part, ont demandé au tribunal administratif de Rennes d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel la maire de Rennes a délivré à la société Tobie Delalandes Holding (TDH) un permis de construire portant sur l'édification de quatre maisons et sur la démolition de constructions existantes sur les parcelles cadastrées section CD n°s 142 et 717, situées rue de Riaval.
Par un jugement n°s 2002900 et 2002901 du 27 septembre 2021, le tribunal administratif de Rennes, faisant application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel la maire de Rennes a délivré un permis de construire à la société TDH en tant qu'il autorise la construction des maisons nos 2, 3 et 4, a fixé à deux mois le délai imparti à la société TDH pour demander la régularisation de ce permis de construire et a rejeté le surplus des conclusions des requêtes.
Procédure devant la cour :
I. Sous le n° 21NT03049 :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021 et 24 février 2022, la commune de Rennes, représentée par Me Donias, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4 et a imparti à la société TDH un délai de deux mois pour demander la régularisation de ce permis de construire ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. et Mme F et M. et Mme D C devant le tribunal administratif de Rennes ;
3°) de mettre à la charge de M. et Mme F, d'une part, et de M. et Mme D C, d'autre part, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le permis de construire contesté ne méconnaît pas les dispositions de l'article UD 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Rennes ;
- aucun des autres moyens invoqués par les époux F et D C n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, M. et Mme F, représentés par Me Collet, concluent au rejet de la requête et demandent à la cour de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que l'arrêté du 29 janvier 2020 contesté ait été signé par une autorité compétente ;
- le permis de construire contesté a été pris en violation des dispositions de l'article 3.1 du règlement littéral du plan local d'urbanisme applicable à toutes les zones ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 7 du règlement littéral applicable à toutes les zones ;
- il ne respecte pas les dispositions de l'article 2.2 du règlement littéral applicable à la zone UD1.
Par un mémoire enregistré le 15 avril 2022, la société Tobie Delalandes Holding (TDH) et la société Primoterre, représentées par Me Le Derf-Daniel, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4 et a imparti à la société TDH un délai de deux mois pour demander la régularisation de ce permis de construire ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. et Mme F et M. et Mme D C devant le tribunal administratif de Rennes ;
3°) de mettre à la charge solidaire de M. et Mme F et de M. et Mme D C la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que le permis de construire contesté ne méconnaît pas les dispositions de l'article UD 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Rennes.
II. Sous le n° 21NT03290 :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2021 et 15 avril 2022, la société Tobie Delalandes Holding (TDH) et la société Primoterre, représentées par Me Le Derf-Daniel, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4 et a imparti à la société TDH un délai pour régulariser ce permis de construire ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. et Mme F et M. et Mme D C devant le tribunal administratif de Rennes ;
3°) de mettre à la charge solidaire de M. et Mme F et de M. et Mme D C la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- le permis de construire contesté ne méconnaît pas les dispositions de l'article UD 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Rennes ;
- aucun des autres moyens invoqués par les époux F et D C n'est fondé.
Par une intervention enregistrée le 22 décembre 2021, la commune de Rennes, représentée par Me Donias, demande à la cour de faire droit aux conclusions de la requête de la société TDH tendant à l'annulation du jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4 et a imparti à la société TDH un délai pour régulariser son permis de construire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, M. et Mme F, représentés par Me Collet, concluent au rejet de la requête de la société TDH et demandent à la cour de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que l'arrêté du 29 janvier 2020 contesté ait été signé par une autorité compétente ;
- le permis de construire contesté a été pris en violation des dispositions de l'article 3.1 du règlement littéral applicable à toutes les zones ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 7 du règlement littéral applicable à toutes les zones ;
- il ne respecte pas les dispositions de l'article 2.2 du règlement littéral applicable à la zone UD1.
III. Sous le n° 21NT03303 :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2021 et 29 mars 2022, M. et Mme F, représentés par Me Collet, demandent à la cour, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler le jugement en tant qu'il n'a fait droit que partiellement à leurs conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la maire de Rennes en date du 29 janvier 2020 portant permis de construire ;
2°) d'annuler dans son intégralité l'arrêté de la maire de Rennes du 29 janvier 2020 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel la maire de Rennes a délivré à la société Primoterre un permis de construire modificatif ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- l'arrêté du 29 janvier 2020 contesté méconnaît les dispositions de l'article 7 du règlement littéral applicable à toutes les zones ;
- la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2 du règlement littéral applicable à la zone UD1 constitue un vice qui n'est pas régularisable et les premiers juges ne pouvaient légalement mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire modificatif du 1er février 2022 n'a pas été signé par une autorité compétente ;
- il ne régularise pas le vice tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2 du règlement littéral applicable à la zone UD1.
Par des mémoires, enregistrés les 16 décembre 2021 et 14 avril 2022 (ce dernier non communiqué), la commune de Rennes, représentée par Me Donias, conclut au rejet de la requête et demande à la cour de mettre à la charge de M. et Mme F le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par les requérants n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2022, la société Tobie Delalandes Holding (TDH) et la société Primoterre, représentées par Me Le Derf-Daniel, concluent au rejet de la requête et demandent à la cour de mettre à la charge de M. et Mme F le versement de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent qu'aucun des moyens invoqués par les requérants n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Mas, rapporteur public,
- les observations de Me Laville Collomb, substituant Me Donias, pour la commune de Rennes, celles de Me Lecaplain, substituant Me Collet, pour les époux F et celles de Me Balloul, substituant Me Lederf-Daniel, pour la société TDH et la société Primoterre.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 27 septembre 2021, le tribunal administratif de Rennes a, à la demande de M. et Mme F et de M. et Mme D C, annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel la maire de Rennes a délivré un permis de construire à la société Tobie Delalandes Holding (TDH) en tant seulement qu'il autorise la construction des maisons nos 2, 3 et 4. Faisant application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, le tribunal a fixé à deux mois le délai imparti à la société TDH pour demander la régularisation de ce permis de construire. Par les requêtes n°s 21NT03049 et 21NT03290, la commune de Rennes, d'une part, et la société TDH et la société Primoterre, cette dernière bénéficiant d'un arrêté du 5 février 2021 portant transfert à son profit du permis de construire initial, d'autre part, relèvent appel de ce jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4. Par la requête n° 21NT03303, M. et Mme F, d'une part, relèvent appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de leurs conclusions tendant à l'annulation du permis de construire du 29 janvier 2020 dans son intégralité et, d'autre part, demandent l'annulation de l'arrêté du 1er février 2022 par lequel la maire de Rennes a délivré à la société Primoterre un permis de construire régularisant le vice relevé par le jugement du 27 septembre 2021.
2. Les requêtes n°s 21NT03049, 21NT03290 et 21NT03303 sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.
Sur la procédure contentieuse applicable :
3. Aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, issu de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, qui est entré en vigueur le 1er janvier 2019 : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. "
4. Lorsqu'un tribunal administratif, après avoir écarté comme non fondés les autres moyens de la requête, a retenu l'existence d'un ou plusieurs vices entachant la légalité du permis de construire, de démolir ou d'aménager dont l'annulation lui était demandée et, après avoir estimé que ce ou ces vices étaient régularisables par un permis modificatif, a décidé de faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme en prononçant une annulation partielle du permis attaqué et en fixant, le cas échéant, le délai dans lequel le titulaire du permis en cause pourra en demander la régularisation, l'auteur du recours formé contre le permis est recevable à faire appel du jugement en tant qu'en écartant certains de ses moyens et en faisant usage de l'article L. 600-5, il a rejeté sa demande d'annulation totale du permis, le titulaire du permis et l'autorité publique qui l'a délivré étant pour leur part recevables à contester le jugement en tant qu'en retenant l'existence d'un ou plusieurs vices entachant la légalité du permis attaqué, il n'a pas complètement rejeté la demande du requérant. Lorsque le juge d'appel est saisi dans ces conditions d'un appel contre le jugement du tribunal administratif et qu'un permis modificatif a été délivré aux fins de régulariser les vices du permis relevés par ce jugement, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme que le bénéficiaire ou l'auteur de cette mesure de régularisation la lui communique sans délai, les parties de première instance comme les tiers, en application des dispositions de l'article R. 345-1 du code de justice administrative, ne pouvant contester cette mesure que devant lui tant que l'instance d'appel est en cours.
5. Il appartient alors au juge d'appel de se prononcer, dans un premier temps, sur la légalité du permis initial tel qu'attaqué devant le tribunal administratif. S'il estime qu'aucun des moyens dirigés contre ce permis, soulevés en première instance ou directement devant lui, n'est fondé, le juge d'appel doit annuler le jugement, rejeter la demande d'annulation dirigée contre le permis et, s'il est saisi de conclusions en ce sens, statuer également sur la légalité de la mesure de régularisation. Si au contraire, il estime fondés un ou plusieurs des moyens dirigés contre le permis initial mais que les vices affectant ce permis ne sont pas régularisables, le juge d'appel doit annuler le jugement en tant qu'il ne prononce qu'une annulation partielle du permis et annuler ce permis dans son ensemble, alors même qu'une mesure de régularisation est intervenue postérieurement au jugement de première instance, cette dernière ne pouvant alors, eu égard aux vices affectant le permis initial, avoir pour effet de le régulariser. Il doit par suite également annuler cette mesure de régularisation par voie de conséquence.
6. Dans les autres cas, c'est-à-dire lorsque le juge d'appel estime que le permis initialement attaqué est affecté d'un ou plusieurs vices régularisables, il statue ensuite sur la légalité de ce permis en prenant en compte les mesures prises le cas échéant en vue de régulariser ces vices, en se prononçant sur leur légalité si elle est contestée. Au terme de cet examen, s'il estime que le permis ainsi modifié est régularisé, le juge rejette les conclusions dirigées contre la mesure de régularisation. S'il constate que le permis ainsi modifié est toujours affecté d'un vice, il peut faire application des dispositions de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour permettre sa régularisation.
Sur les appels formés contre le jugement du tribunal administratif de Rennes :
En ce qui concerne les appels formés par la commune de Rennes et par la société TDH et la société Primoterre :
S'agissant du moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif :
7. Aux termes des dispositions alors en vigueur de l'article 2.2 du règlement littéral applicable aux zones UD1, relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Fond de terrain / Dans le cas où un fond de terrain s'applique, la construction doit respecter une distance supérieure ou égale à sa hauteur (L = H) avec une distance minimale de 6 m par rapport aux limites de fond de terrain () ". Lorsque l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives est régie par rapport à la hauteur des bâtiments, cette hauteur est mesurée à l'égout du toit, en l'absence de dispositions contraires figurant au plan local d'urbanisme
8. D'une part les dispositions du titre I du règlement littéral définissant les termes utilisés dans l'ensemble du règlement du plan local d'urbanisme de Rennes alors en vigueur prévoient : " Le fond de terrain et les limites latérales s'apprécient par rapport au terrain sur lequel est édifiée la construction. / Dans le cas d'un terrain situé à l'angle de voies ou d'un terrain triangulaire, il n'existe pas de fond de terrain. / Il n'y a pas de fond de terrain dans la bande de constructibilité principale ". En outre, les dispositions de l'article 7 du titre II du même règlement, relatives aux modalités d'application de ce règlement, prévoient : " Division / Dans le cas () de la construction de plusieurs bâtiments, sur une unité foncière ou plusieurs unités foncières contigües, dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, les règles du présent PLU sont applicables à l'ensemble du projet dans les zones UO et 1AU. / Dans les autres zones, les règles du présent PLU sont applicables à chacun des terrains créés. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux porte sur la construction de quatre maisons individuelles, après division du terrain d'assiette du projet en quatre parcelles distinctes, et que la parcelle n° 1 est à l'angle de la rue Dom Morice et de la rue de Riaval. Il résulte des dispositions citées au point précédent, d'une part les dispositions précitées de l'article UD 2.2 ne s'appliquent pas à la parcelle n° 1, et d'autre part le respect de ces dernières règles d'urbanisme doit s'apprécier indépendamment sur chacun des trois autres terrains compris dans le projet autorisé par l'arrêté du 29 janvier 2020.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. () ". Aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. () ". En outre, aux termes de l'article L. 151-4 du même code : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements notamment sportifs, et de services. / () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ". Il résulte de ces dispositions que, si les indications contenues dans le rapport de présentation d'un plan local d'urbanisme ne sont pas, par elles-mêmes, opposables pour la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, elles peuvent être prises en considération par le juge pour interpréter les dispositions d'un règlement du plan local d'urbanisme, lorsque cette interprétation ne ressort pas clairement de la seule lecture du texte de ces dispositions.
11. Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de Rennes alors applicable précisait que " L'implantation du bâti par rapport aux limites séparatives se calcule perpendiculairement à la limite séparative afin de faciliter l'instruction des autorisations de construire. Toutefois, pour certaines zones, notamment en fond de terrain dans les zones UB1 et UD1, le recul minimal imposé dans la zone est entendu en fonction de la hauteur de la construction. Sur cette limite, le calcul s'établit alors en tout point de la construction permettant des variations de volume qui font varier les distances de retrait en conséquence dans le but de limiter les vues sur les terrains voisins et d'enrichir les formes bâties produites ". Il en résulte que les règles de distance d'implantation du bâti par rapport aux limites de fond de terrain énoncées à l'article 2.2 du règlement applicable aux zones UD1 doivent s'apprécier en tout point de la construction, ce qui ne ressortait pas clairement de la seule lecture du texte des dispositions concernées.
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents graphiques de la demande de permis, que s'agissant du terrain n° 2, la partie la plus basse de la construction présente une hauteur de 2,77 m et est implantée à 6,36 m de distance par rapport à la limite de fond de terrain, tandis que la partie la plus haute de la construction atteint 7,57 m de hauteur à l'égout du toit et est distante de 7,38 m de la limite de fond de terrain. S'agissant du terrain n° 3, la partie la plus basse de la construction présente une hauteur de 2,77 m et est implantée à 6,27 m de distance par rapport à la limite de fond de terrain, tandis que la partie la plus haute de la construction culmine à 7,38 m de hauteur à l'égout du toit et est distante de 7,51 m de la limite de fond de terrain. S'agissant enfin du terrain n° 4, la partie la plus basse de la construction présente une hauteur de 2,77 m et est implantée à 6,06 m de distance par rapport à la limite de fond de terrain, tandis que la partie la plus haute de la construction culmine à 7,38 m de hauteur à l'égout du toit et est distante de 8,10 m de la limite de fond de terrain. Dans ces conditions, le permis de construire initial du 29 janvier 2020 respecte les dispositions de l'article 2.2 du règlement littéral applicable aux zones UD1 du plan local d'urbanisme de Rennes alors en vigueur.
13. Il résulte de ce qui précède que c'est à tort que le tribunal administratif de Rennes s'est fondé sur ce motif pour annuler l'arrêté de la maire de Rennes en date du 29 janvier 2020 en tant qu'il autorise la société TDH à construire les maisons n°s 2, 3 et 4.
14. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. et Mme F tant devant le tribunal administratif de Rennes que devant la cour.
S'agissant des autres moyens invoqués par M. et Mme F :
15. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par l'arrêté du 20 septembre 2017, affiché et transmis à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 26 septembre 2017, la maire de Rennes a donné délégation à M. E, premier adjoint délégué à l'urbanisme et au développement durable et signataire de l'arrêté du 29 janvier 2020, à l'effet de signer notamment les autorisations d'urbanisme. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait pas été signé par une autorité compétente manque en fait et doit dès lors être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes des dispositions alors en vigueur de l'article 3.1 du règlement applicable à toutes les zones, relatives à la hauteur des constructions principales : " () La hauteur d'un niveau de construction se mesure du dessus du plancher bas au-dessus du plancher haut directement supérieur. / () Pour les étages courants à usage principal d'habitation, leur hauteur est de 3,20 m maximum () ".
17. Il est constant que les constructions litigieuses présentent trois niveaux, un rez-de-chaussée, un étage courant et un comble. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents graphiques du dossier de demande de permis de construire, que les constructions projetées présentent une hauteur d'étage courant d'environ 2,90 m et qu'en tout état de cause, cette hauteur est inférieure à 3,20 m. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article 3.1 du règlement littéral applicable à toutes les zones manque en fait et doit dès lors être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes des dispositions alors en vigueur de l'article 7 du règlement applicable à toutes les zones, relatives aux espaces libres : " Coefficient de végétalisation / Dans certains secteurs, un coefficient de végétalisation est appliqué afin de renforcer la part de surfaces éco-aménagées par rapport à la surface totale du terrain. / () Dans le cas d'un terrain d'angle, dans les zones UB1 et UD1, le coefficient de végétalisation indiqué au plan thématique " coefficient de végétalisation " du règlement graphique ne s'applique pas. () ". Il ressort en outre du plan thématique du règlement graphique que les parcelles d'assiette des constructions projetées se voient appliquer un coefficient de végétalisation de 30 % (20 % de pleine terre et 10 % de surface éco-aménageable).
19. La parcelle n° 1 étant située à l'angle de la rue Dom Morice et de la rue de Riaval, les dispositions précitées ne s'y appliquent pas. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment des documents graphiques du dossier de demande de permis, que, s'agissant du terrain n° 2 d'une superficie de 147 m², le projet prévoit une surface de pleine terre de 55 m². S'agissant du terrain n° 3 d'une superficie de 148 m², le projet prévoit une surface de pleine terre de 54 m². S'agissant enfin du terrain n° 4 d'une superficie de 169 m², le projet prévoit une surface de pleine terre de 73 m². Il suit de là que pour chacun des trois terrains auxquels s'appliquent les dispositions précitées de l'article 7 du règlement littéral applicable à toutes les zones, le coefficient de végétalisation qu'elles prévoient est respecté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Rennes et la société TDH sont fondées à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a annulé l'arrêté de la maire de Rennes en date du 29 janvier 2020 en tant qu'il autorise la société TDH à construire les maisons n°s 2, 3 et 4.
En ce qui concerne l'appel formé par M. et Mme F :
21. Pour demander l'annulation du jugement du tribunal administratif de Rennes en tant qu'il a rejeté le surplus de leurs conclusions, ainsi que l'annulation dans sa totalité de l'arrêté de permis de construire du 29 janvier 2020, M. et Mme F soutiennent que, outre le vice retenu par ce jugement, cet arrêté est entaché d'autres vices, tirés de l'incompétence du signataire du permis de construire contesté et de la méconnaissance des articles 3.1 et 7 du règlement littéral applicable à toutes les zones du plan local d'urbanisme de Rennes.
22. Il résulte des motifs énoncés aux points 10 à 14 du présent arrêt que ces moyens doivent être écartés. Par voie de conséquence les époux F ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Rennes a rejeté le surplus des conclusions de leur requête tendant à l'annulation dans son intégralité du permis de construire du 29 janvier 2020.
Sur les conclusions dirigées contre le permis de construire de régularisation du 1er février 2022 :
23. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 7 juillet 2020, affiché et transmis à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le jour même, la maire de Rennes a donné délégation à M. B, premier adjoint délégué à l'urbanisme et signataire de l'arrêté du 1er février 2022, à l'effet de signer notamment les autorisations d'urbanisme. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'aurait pas été signé par une autorité compétente manque en fait et doit être écarté.
24. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 2.2 du règlement applicable aux zones UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes Métropole approuvé le 19 décembre 2019, applicable au permis de régularisation du 1er février 2022 : " Limite de fond de terrain / Dans le cas où une limite de fond de terrain s'applique, la construction doit respecter une distance supérieure ou égale à sa hauteur (L = H) avec une distance minimale de 6 m par rapport aux limites de fond de terrain () ". Lorsque l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives est régie par rapport à la hauteur des bâtiments, cette hauteur est mesurée à l'égout du toit, en l'absence de dispositions contraires figurant au plan local d'urbanisme. En outre, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes Métropole précise que " L'implantation du bâti par rapport aux limites séparatives se calcule perpendiculairement à la limite séparative afin de faciliter l'instruction des autorisations de construire. Toutefois, pour certaines zones, notamment en fond de terrain dans les zones UB1 et UD1, le recul minimal imposé dans la zone est entendu en fonction de la hauteur de la construction. Sur cette limite, le calcul s'établit alors en tout point de la construction permettant des variations de volume qui font varier les distances de retrait en conséquence dans le but de limiter les vues sur les terrains voisins et d'enrichir les formes bâties produites ". Selon les motifs déjà exposés aux points 5 et 6 il en résulte que les règles de distance d'implantation du bâti par rapport aux limites de fond de terrain énoncées à l'article 2.2 du règlement applicable aux zones UD1 doivent s'apprécier en tout point de la construction.
25. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents graphiques annexés au dossier de demande, que le permis de construire de régularisation délivré le 1er février 2022 autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4, lesquelles présentent les mêmes hauteurs que celles prévues dans le permis de construire initial, tout en disposant que les distances d'implantation de ces constructions par rapport à la limite de fond de terrain sont augmentées de 0,10 m par rapport au permis initial. Dans ces conditions, le permis de construire de régularisation du 1er février 2022 respecte les dispositions de l'article 2.2 du règlement applicable aux zones UD1 du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes Métropole.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les époux F ne sont fondés à demander l'annulation ni du permis de construire initial du 29 janvier 2020, ni du permis de construire de régularisation du 1er février 2022.
Sur les frais liés au litige :
27. D'une part les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Rennes, de la société TDH et de la société Primoterre, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, le versement aux époux F de la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme F le versement à la commune de Rennes, à la société TDH et à la société Primoterre d'une somme au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Rennes du 27 septembre 2021 est annulé en tant qu'il a annulé l'arrêté du 29 janvier 2020 en ce qu'il autorise la construction des maisons n°s 2, 3 et 4.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. et Mme F tendant à l'annulation des arrêtés de la maire de Rennes en date des 29 janvier 2020 et 1er février 2022 portant respectivement permis de construire et permis de construire de régularisation en tant qu'elles portent sur la construction des maisons n°s 2, 3 et 4 sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Rennes, la société Tobie Delalandes Holding, la société Primoterre et les époux F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme F, à la société Tobie Delalandes Holding, à la société Primoterre, et à la commune de Rennes.
Copie en sera adressée pour information aux époux D C.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Francfort, président de chambre,
- M. Rivas, président assesseur,
- Mme Ody, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
C. A
Le président,
J. FRANCFORT
Le greffier,
C. GOY
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 21NT03049
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026