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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT00893

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT00893

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT00893
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du

10 février 2020 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2008180 du 22 septembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022 M. C, représenté par Me Le Roy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2020 du préfet de la Vendée ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et sous astreinte de 10 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en se croyant lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la gravité de son état de santé, de l'indisponibilité de soins adaptés en Géorgie et du coût des traitements dans ce pays ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022 le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Le Roy, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité géorgienne, né le 4 juillet 1966, relève appel du jugement du 22 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 février 2020 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 313-22 du même code, alors applicable : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié et effectif dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect du secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et d'établir l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et de la possibilité pour l'intéressé d'y accéder effectivement.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par son avis du 20 décembre 2019, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pouvait cependant bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce pays. Il ne ressort pas des motifs de la décision en litige que le préfet de la Vendée, qui a précisé qu'il s'est prononcé en tenant compte de l'ensemble des éléments à sa disposition, se serait cru lié par les termes de l'avis du collège des médecins pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de

M. C. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'une erreur de droit doit être écarté.

5. M. C soutient qu'il est atteint d'une insuffisance rénale chronique de stade V, correspondant au stade terminal et nécessitant une suppléance soit par transplantation soit par hémodialyse et, dans l'attente d'une transplantation, une dialyse trois fois par semaine, qu'il souffre également d'une cardiopathie et suit un traitement antituberculeux, et qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement adapté en Géorgie. A cette fin, il produit des certificats médicaux qui confirment cette situation médicale et une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, ces certificats n'apportent aucun élément sur l'indisponibilité en Géorgie de soins adaptés à l'état de santé de l'intéressé. Il ressort en outre des factures produites par le requérant qu'il a pu bénéficier de dialyses en Géorgie. Les documents généraux émanant de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés sur l'offre de soins en Géorgie ne démontrent pas que M. C ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. De son côté, le préfet de la Vendée fait valoir l'existence en Géorgie d'un programme d'Etat spécifique en matière de traitement de l'insuffisance rénale, proposant et finançant des prestations de dialyse et de transplantation et ayant accueilli 1 640 bénéficiaires au cours de l'année 2013. Si M. C soutient que le coût du traitement approprié à son état de santé constitue un obstacle à sa prise en charge en Géorgie, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas accéder au programme d'Etat, ni qu'il serait sans ressources dans son pays d'origine et ne pourrait pas bénéficier de l'aide de l'État géorgien réservée aux plus démunis. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Si les deux enfants du requérant, nés en 2013 et 2014 en Géorgie, sont scolarisés en France, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale, comprenant également son épouse qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, se reconstitue en Géorgie. Par suite, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Perrot, présidente de chambre,

- M. Geffray, président-assesseur,

- M. Penhoat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

Le rapporteur

J.E. BLa présidente

I. Perrot

La greffière

A. Marchais

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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