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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT01054

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT01054

vendredi 13 mai 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT01054
TypeDécision
Recourssuspension sursis
PublicationD
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A I, Mme G K D et Mme B L D ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 21 avril 2021 des autorités consulaires françaises au Rwanda refusant de délivrer des visas de long séjour à Mme H J, à Mme G K D, à Mme B L D et aux jeunes M Mariza D, N F D et C F au titre de la réunification familiale.

Par un jugement n° 2108352 du 14 février 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 21 avril 2021 en tant qu'elle refuse de délivrer un visa de long séjour à Mme B L D et aux jeunes M Mariza D, N F D et C F et a rejeté le surplus des conclusions à fin d'annulation.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 15 avril 2022, M. A I, Mme H J et Mme G D représentés par Me Pronost, demandent au juge des référés de la cour :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 21 avril 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle a rejeté le recours présenté contre le refus des autorités consulaires françaises au Rwanda de délivrer des visas de long séjour à Mme H J et Mme G D ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard au-delà de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros, à titre principal à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à M. I au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent :

- que l'urgence est justifiée d'une part que le tribunal administratif de Nantes a enjoint la délivrance de visas aux autres enfants de M. I, si bien que les autres membres de famille vont se retrouver isolés dans un pays qui n'est pas le leur ;

- que sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

. d'une part le moyen tiré de ce que Mme J a suffisamment justifié de son identité, notamment par la photographie produite à l'appui de sa demande de visa, laquelle confirme la photographie produite auprès du bureau de famille des réfugiés et comporte des informations concordantes avec l'acte de mariage dressé par l'OFPRA ;

- d'autre part le moyen tiré de ce qu'Ornella K D, qui n'est plus aujourd'hui étudiante, a toujours vécu avec ses parents, étant à leur charge, ainsi qu'et avec l'ensemble de ses frères et sœurs, ainsi que le confirment les déclarations constantes de son père à l'OFPRA ; le refus qui lui a été opposé méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- que l'urgence n'est pas constituée dès lors que les requérants ne font état d'aucune circonstance particulière de nature à caractériser une telle situation au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative

- qu'il n'y a aucun doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué ; c'est seulement au moment du recours contentieux que les requérants ont fourni des actes d'état-civil issu d'un pays où le système d'état-civil n'est pas sécurisé ; au surplus ces actes ne sont pas sécurisés ; le jugement supplétif produit n'a pas été rendu par la juridiction compétente et ont été transcrits avant l'expiration du délai d'appel ; les éléments versés au dossier sont insuffisants à établir la filiation par possession d'état ; de ce fait ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'ont été méconnus.

M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2022.

Vu la requête enregistrée au greffe de la cour le 28 mars 2022, sous le n° 22NT00944, par laquelle M. I, Mme J et Mme K D demandent à la cour d'annuler le jugement n° 2108352 du 14 février 2022 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il rejette leur demande tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 21 avril 2021 en ce qu'elle refuse de délivrer un visa de long séjour à Mme H J et à Mme G K D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 1er septembre 2022 désignant M. Francfort, président de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mai 2022 :

- le rapport de M. Francfort, juge des référés ;

- les observations de Me Pronost, représentant les requérants,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : "Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ()".

2. M. I, Mme J et Mme K D, ressortissants congolais, ont formé appel du jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 février 2022 en tant qu'il rejette leur demande tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 21 avril 2021 en ce qu'elle refuse de délivrer un visa de long séjour à Mme H J et à Mme G K D en qualité de membres de famille de réfugié statutaire. Ils demandent à la cour, par la présente requête, d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 avril 2021 dans cette mesure.

Sur le moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux :

3. Lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état-civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial des intéressés avec le réfugié ou d'une situation contraire à l'ordre public français.

4. En l'état de l'instruction et au vu notamment des photocopies des dossiers de demandes de visa, agrémentés de photographies, communiquées au ministre de l'intérieur dans la présente instance, le moyen tiré de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation en estimant que l'identité et le lien familial des demandeuses de visa avec M. I n'étaient pas établis est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Sur l'urgence :

5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Par le jugement du 14 février 2022 mentionné ci-dessus le tribunal administratif de Nantes a annulé les refus de visa opposés à quatre des enfants de M. I et fait injonction au ministre de l'intérieur de délivrer les visas correspondant dans un délai de deux mois qui résultent. D'autre part la requête à fin de de sursis à exécution de ce jugement que le ministre de l'intérieur a présentée sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative a été rejetée par ordonnance de ce jour. Il en résulte que Mme B L D et aux jeunes M Mariza D, N F D et C F étant autorisés à entrer en France, la situation de Mme H J et Mme G D, membres de famille de réfugié, qui demeureraient isolées au Rwanda alors qu'elles sont originaires du Congo, caractérise une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du 21 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer des visas de long séjour à Mme H J et Mme G D en qualité de membres famille de réfugié doit être suspendue.

8. Par ailleurs et compte tenu de l'office du juge des référés, la présente ordonnance, n'implique le prononcé d'aucune mesure d'injonction à destination du ministre de l'intérieur.

9. Enfin il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du 21 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme H J et Mme G D en qualité de membres famille de réfugié est suspendue.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A I, à Mme H J, à Mme G D et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 13 mai 2022.

Le juge des référés. Le greffier,

J. FRANCFORT C. GOY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22NT01054

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