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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT01108

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT01108

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT01108
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGANGLOFF ANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une requête n° 2109927, Mme B E a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours, formé contre la décision du 20 avril 2021 de l'autorité consulaire française en Guinée et Sierra Leone refusant de délivrer à Mme G D et aux enfants F C et H C des visas de long séjour en qualité de membres de famille d'un ressortissant étranger bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Par une requête n° 2110817, Mme B E a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours, formé contre la décision du 20 avril 2021 de l'autorité consulaire française en Guinée et Sierra Leone refusant de délivrer à Mme G D et aux enfants F C et H C des visas de long séjour en qualité de membres de famille d'un ressortissant étranger bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Par un jugement n°s 2109927 et 2110817 du 21 mars 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 8 septembre 2021 en tant que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les demandes de visa présentées pour Mme D et pour l'enfant Makoto C (article 1er), a enjoint sous astreinte au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme D et à l'enfant Makoto C les visas demandés (articles 2 et 3) et a rejeté le surplus des conclusions des requêtes (article 4).

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 avril, 16 juin et 12 octobre 2022 (ce dernier non communiqué), Mme B E, représentée par Me Gangloff, demande à la cour :

1°) d'annuler l'article 4 de ce jugement du tribunal administratif de Nantes ;

2°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle a rejeté la demande de visa de long séjour présentée pour l'enfant Bountouraby C ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa demandé ou de réexaminer la demande, dans un délai d'un mois à compter du prononcé de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gangloff, son avocat, de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France attaquée est entachée d'erreur dans l'appréciation de son lien de filiation avec l'enfant pour lequel le visa est demandé, lequel est établi par les actes d'état civil produits ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Dahani, substituant Me Gangloff, pour Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 21 mars 2022, le tribunal administratif de Nantes a, d'une part, annulé la décision du 8 septembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle a rejeté les demandes de visa présentées pour Mme D et pour l'enfant Makoto C et a, d'autre part, rejeté les conclusions des requêtes, tendant à l'annulation de la même décision en tant qu'elle refuse de délivrer un visa à l'enfant Bountouraby C. Mme E relève appel dans cette dernière mesure de ce jugement.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

3. Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

6. A l'appui de la demande de visa déposée pour l'enfant Bountouraby C ont été produits son passeport, un extrait de l'acte de naissance transcrit sur le fondement d'un jugement supplétif rendu le 2 juillet 2019 par le tribunal de première instance de Kaloum-Conakry, ainsi que la décision du 31 mars 2020 portant délégation de l'autorité parentale. Ayant relevé que le numéro de passeport guinéen délivré en 2016 ne correspondait pas au numéro de cet acte de naissance, Mme E a produit le précédent acte de naissance, dressé le 5 avril 2016 en transcription d'un jugement supplétif rendu le même jour par le tribunal de première instance de Kaloum-Conakry et sur la base duquel le passeport a été établi et portant un numéro correspondant à l'acte de naissance de 2016. La circonstance que l'acte de naissance de 2016 produit devant la cour n'ait pas fait l'objet d'une légalisation n'est pas de nature à elle seule à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif rendu le 5 avril 2016. Dans ces conditions, en estimant que l'identité du demandeur de visa, et partant son lien familial à l'égard de Mme E, n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions citées aux points 2 et 3.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que Mme E est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 8 septembre 2021 en tant qu'elle a rejeté la demande de visa présentée pour l'enfant Bountouraby C.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement la délivrance du visa demandé à l'enfant Bountouraby C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-mer d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gangloff, avocate de Mme E, d'une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 4 du jugement du tribunal administratif de Nantes du 21 mars 2022 et la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 8 septembre 2021 refusant la délivrance d'un visa de long séjour à l'enfant Bountouraby C sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à l'enfant Bountouraby C le visa d'entrée et de long séjour en France sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera à Me Gangloff, avocat de Mme E, une somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Francfort, président de chambre,

- M. Rivas, président assesseur,

- Mme Ody, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

J. FRANCFORT Le greffier,

C. GOY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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