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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT01213

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT01213

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT01213
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Par un jugement n° 2107278 du 10 novembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. B, représenté par Me Neraudau, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, a été prise sans un examen particulier de sa situation personnelle, méconnaît les dispositions du 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, celles de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Neraudau, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. La demande d'asile de M. B, de nationalité gambienne, né le 15 octobre 1993, ayant été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 septembre 2020 puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, par arrêté du 17 juin 2021, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays de destination. M. B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler cet arrêté. Par un jugement du 10 novembre 2021, dont M. B relève appel, la magistrate désignée par le président du tribunal a rejeté sa demande.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il est fait application, a rappelé les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile, mentionné les éléments de la vie privée et familiale de M. B non en France mais dans son pays d'origine, précisé que l'intéressé n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne en cas de retour et indiqué que, compte tenu des déclarations et éléments produits au dossier, il n'existe aucun obstacle à ce que l'intéressé quitte le territoire français. Il n'était pas nécessaire pour le préfet de la Loire-Atlantique, contrairement à ce que soutient le requérant, de motiver davantage son arrêté en mentionnant son recours formé le 2 juin 2021 contre le précédent arrêté préfectoral du 24 août 2020 refusant la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales ou en précisant quels sont les éléments produits au dossier. En outre, compte tenu de ce qui sera dit au point 7, le préfet n'était pas tenu de motiver son arrêté au regard du 9° de l'article L. 611-3 du même code et de préciser les éléments de l'état de santé de l'intéressé. Dès lors, la motivation en fait et en droit de la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisante et n'est pas stéréotypée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté contesté que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français. La circonstance que M. B a déposé auprès du préfet de la Loire-Atlantique une demande de délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales alors que son recours présenté devant la Cour nationale du droit d'asile était pendant est sans incidence au regard de l'objet même de l'arrêté contesté, qui a été pris à la suite du rejet de sa demande d'asile. M. B n'établit pas avoir informé le préfet de l'existence de problèmes de santé après ce rejet et ce, indépendamment de sa demande de délivrance d'un tel titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que M. B a été privé du droit d'être entendu, résultant du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B, qui invoque la gravité de son état de santé du fait de son asthme et d'une lomboradiculalgie droite, et qui produit des certificats médicaux pour faire obstacle à son éloignement, n'est pas fondé, compte tenu de ce qu'il a été dit au point 6, à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre sa décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 7, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Enfin, M. B reprend devant la cour, sans apporter d'élément de droit ou de fait nouveau, le moyen soulevé en première instance et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif, d'écarter ce moyen.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Si M. B, dont, comme il a été rappelé au point 1, la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile, invoque le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément de justification à l'appui de ses moyens de nature à démontrer la réalité des risques personnels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine.

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Geffray, président,

- M. Penhoat, premier conseiller,

- Mme Picquet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le président,

J.-E. C

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

A. Penhoat

La greffière,

A. Marchais

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

22NT012130

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