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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT01669

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT01669

jeudi 16 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT01669
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme M'Piké A et Mme D E ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 6 mai 2021 contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme D E et aux enfants F, B et C E.

Par une ordonnance n° 2112826 du 17 mai 2022, la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes a donné acte du désistement de Mme A et Mme E.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, Mme A et Mme E, représentées par Me Régent, demandent à la cour :

1°) de suspendre cette ordonnance de la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes ;

2°) de suspendre la décision du 5 août 2021 de la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de donner instruction à l'autorité consulaire française à Abidjan de procéder au réexamen des demandes de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard au regard des difficultés récurrentes d'exécution en matière de visas ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en faveur de Me Régent, sous réserve pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elles soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que :

- la juridiction administrative considère que le refus illégal de délivrer un visa aux membres de la famille de réfugiés permet, par principe, de regarder la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative comme remplie ;

- Mme A est toujours dans l'impossibilité de trouver protection auprès de sa famille, des autorités traditionnelles ou de la police ivoirienne ainsi que l'avait constatée la Cour nationale du droit d'asile lorsqu'elle lui a reconnu le bénéfice de la protection subsidiaire ;

- elle est privée de ses quatre enfants âgés de 20, 16, 13 et 5 ans depuis juillet 2017 ;

- ses enfants sont seuls, sans représentant légal depuis le décès brutal de leur grand-mère survenu le 6 novembre 2021 ;

- l'ordonnance du 17 mai 2022 de la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de dénaturation des pièces du dossier, le courrier du 16 décembre 2021 adressé par le conseil des requérantes au tribunal aurait dû être considéré comme une manifestation de leur volonté de maintenir leur recours en annulation ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dans la mesure où :

- la décision de la commission de recours est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ; Mme A a produit un jugement du 19 mai 2021 du tribunal de Grand Bassam lui accordant l'exclusivité de l'autorité parentale sur ses enfants mineurs ; elle a manifesté sa volonté d'engager une procédure de réunification familiale bien avant le 21 août 2019 ;

- la décision contestée méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; l'intérêt supérieur des enfants mineurs et la protection de leur vie privée et familiale commande que l'aînée de la fratrie puisse bénéficier du droit de rejoindre sa cellule familiale en France ; Mme A qui s'est vu reconnaître la protection subsidiaire et souffre actuellement d'un syndrome dépressif sévère, doit bénéficier du droit d'être rejointe par les membres de sa famille cellulaire, isolée en Côte d'Ivoire, par le biais de la procédure de réunification familiale.

- la possession d'état est établie.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu la requête enregistrée sous le n°22NT01668 tendant à l'annulation de l'ordonnance du 17 mai 2022 de la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 29 janvier 1982, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par la Cour nationale du droit d'asile le 16 juillet 2019. Elle demande au juge des référés de la cour de prononcer la suspension d'une part de l'ordonnance du 17 mai 2022 par laquelle la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes a donné acte du désistement d'office de sa requête tendant à l'annulation de la décision du 5 août 2021 par laquelle la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer des visas de long séjour à ses enfants allégués G D E et F, B et C E et d'autre part de la décision du 5 août 2021.

3. D'une part, il n'appartient pas au juge administratif de prononcer la suspension d'une décision juridictionnelle sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. D'autre part, le jugement de la requête, enregistrée le 1er juin 2022 au greffe de la Cour sous le n°22NT01668, par laquelle Mme A et Mme D E demandent l'annulation de l'ordonnance du 17 mai 2022 de la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Nantes, devrait intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans ces conditions, compte tenu du caractère rapproché de la date de l'examen de la requête au fond par la cour, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent une mesure de suspension, ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, la requête à fin de suspension du refus de visas opposé à Mme D E et aux jeunes F, B et C E que Mme A présente comme ses enfants doit être rejetée ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A et Mme D E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme M'Piké A et Mme D E.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 16 juin 2022.

A. PEREZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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